Le classement annuel du The Global Competitiveness Report, du World Economic Forum concerne les contraintes du milieu des affaires et l’efficacité économique dans le monde est établi sur la base d’une centaine d’indicateurs quantitatifs émanant des Etats membres et des organisations internationales (Banque mondiale, FMI, UIT, CCI, Unesco…) ainsi que d’enquêtes qualitatives réalisées par le WEF lui-même. Pour rendre possible l’agrégation de données hétérogènes, tous les résultats sont convertis sur une échelle de notes de 1 à 7. Ces 110 notes sont ensuite regroupées en 12 catégories appelées «piliers», eux-mêmes répartis entre grands «sous-indices».  Quel diagnostic pour l’économie mondiale et quel enseignement pour l’Algérie ? Que peut-on déduire de l’évolution des trois rapports du World Economic Forum de 2015/2016, celui de 2016/2017 et celui de 2017/2018 ? 

La définition de la compétitivité retenue pour établir ce classement englobe les critères suivants : institutions, infrastructures, niveau d’éducation et de recherche, environnement macro-économique, politiques économiques, innovation, système de santé, ou encore fonctionnements des marchés (marché du travail, marché financier etc.

 Le climat des affaires est apprécié et évalué sur la base d’une série d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs, mesurables pour faciliter la comparabilité. Le but recherché par cette évaluation est de donner des informations sur l’état général et sur des aspects spécifiques d’un environnement donné : un pays, une région, un marché…

Ces informations portent aussi bien sur des aspects politiques qu’économiques, sociaux et réglementaires. Les indicateurs d’appréciation du climat des affaires permettent, en fonction d’une série d’indices, de classer les pays ou les régions, du meilleur, c’est-à-dire un environnement qui facilite la création d’entreprises et permet d’investir sans contraintes, au plus mauvais ; un environnement contraignant où la bureaucratie fait loi et où l’instabilité politique et économique est omniprésente. Il existe plusieurs institutions qui évaluent périodiquement le climat des affaires par pays, pour donner une idée sur les difficultés administratives, sur l’attractivité et la compétitivité de chaque environnement ciblé. La Banque mondiale, le FMI, le Forum économique de Davos, nous fournissent annuellement ou trimestriellement des rapports sur le climat des affaires.

Je rappelle les critères retenus par le Doing Business qui est une référence en la matière pour les détenteurs de fonds qui cherchent des opportunités d’investissements, les exportateurs qui veulent s’attaquer à un nouveau marché, les d’entreprises qui, pour des raisons de rentabilité, optent pour la délocalisation ont tous besoin de données sur le lieu qu’ils veulent investir. Les études et les bases de données pour évaluer des critères, sont notamment : la facilité de faire des affaires ; la création des entreprises ; l’octroi de permis de construire ; le transfert de propriété ; l’obtention de prêts ; la protection des investissements et le paiement des impôts.

Ces premiers indicateurs ont été par la suite complétés par les indicateurs suivants : raccord d’électricité ; le commerce transfrontalier ; l’exécution de contrat,  le traitement de l’insolvabilité. Comme on peut le constater, ces indicateurs concernent de très près l’entreprise et surtout le créateur d’entreprise ou l’investisseur. Si les indicateurs d’un pays ne sont pas bons, le promoteur est informé sur les difficultés qui caractérisent l’environnement économique, politique et réglementaire de ce pays où il n’est pas intéressant d’investir. Des données sur les paramètres suivants permettent d’apprécier la situation globale et par type d’indicateurs et attribuer un classement par pays :  l’instabilité économique, le  déficit, la dette publique, le taux d’inflation, l’instabilité politique (elle influe sur les aspects économiques), la qualité des institutions financières, la concurrence, l’information sur l’insolvabilité, l’efficacité ou non des services publics, le poids du secteur informel dans l’économie, la corruption et le marché de l’emploi et sa flexibilité

 Le classement  2015–2016 du World Economic Forum

Ce rapport  a concerné 140 Etats a été publié le 30 septembre 2015 à Genève,  la Suisse occupant  la première place, suivie du Singapour, des Etats-Unis, l’Allemagne, la Finlande et le Japon. Pour le classement des 20 pays africains les plus compétitifs nous avons par ordre : -Maurice (46) – -Afrique du Sud (49) – -Rwanda (58)- -Bostwana   (71)-Maroc (72) –Namibie (85) – -Algérie (87) – -Côte d’Ivoire (91) – -Tunisie (92) – -Zambie (96) –Seychelles (97) –Kenya (99) -Gabon (103) – Ethiopie (109) -Sénégal (110) -Cap vert (112) -Lesotho (113) -Cameroun (114) -Ouganda (115)-Egypte (116). Parmi les plus fortes progressions en Afrique par rapport à 2014, nous avons la Côte d’Ivoire qui gagne 24 places, l’Ethiopie qui gagne 9 places, l’Afrique du Sud 7 places et le Rwanda qui gagne 4 places. Ce sont deux pays africains qui sont à la dernière place, le Tchad 139e et la Guinée 140eme.

Pour l’Algérie, nous avons une bonne note seulement pour deux critères. Par contre, pour tout ce qui concerne l’attrait de l’investissement nécessitant des réformes micro-économiques et structurelles, le classement est dérisoire, loin des potentialités du pays. La taille du marché 37e, -l’équilibre macro-économique mais l’enquête a été réalisé avant l’analyse de l’impact de la baisse des recettes de Sonatrach sur les équilibres financiers, 38e place. Pour l’efficacité des institutions le classement est 99e, les  infrastructures 105e, la sophistication des facteurs d’innovation 124e, l’enseignement supérieur/formation 99e, le  marché des biens 134e, l’éducation/santé 99e, le développement du marché financier 135e, l’efficacité du marché dut travail 135e, la préparation technologique 126e,  l’innovation 119e.

Globalement, dans ce dernier rapport (2015-2016), l’Algérie a perdu 8 points, passant du 79e au 87e rang sur un total de 140 pays. Dans la onzième édition de ce rapport, l’Algérie a obtenu un total de points de 3,97 sur 7 contre 4,08/7 points lors de l’édition précédente. L’Algérie devance la Mauritanie 137e, la Tunisie, classée 92e, mais reste derrière le Maroc classé à la 72e place, la Libye ayant été exclue du classement.

Le classement  2016–2017 du World Economic Forum

A l’échelle mondiale, le trio gagnant du classement 2015-2016 occupe encore les premières places de celui de 2016-2017, soit la Suisse, Singapour et les Etats-Unis. Ces trois pays sont suivis par les Pays-Bas, l’Allemagne, la Suède, le Royaume-Uni, le Japon, Hongkong et la Finlande. Parmi les pays émergents, la Chine reste première et occupe globalement la 28è place alors que l’Inde a fait une énorme percée, gagnant 16 rangs, pour se positionner au 39è rang. Voici le classement de certains  pays africains. L’Ile Maurice (45è  au classement mondial) reste le pays le plus compétitif en Afrique, selon le rapport sur la compétitivité mondiale 2016-2017 publié le 28 septembre 2017 à Genève par le  Forum économique mondial (WEF).

A l’échelle africaine, l’Ile Maurice est suivie par  l’Afrique du Sud (47è),  le Rwanda  (52è), le Botswana (64è), le Maroc (70è), la Namibie (84è) et l’Algérie (87è). La Tunisie (95è), le Kenya (96è), la Côte d’Ivoire (99è) complètent le Top 10 africain. Les pays africains ont connu des évolutions différenciées par rapport au classement 2015-2016. Certains ont progressé comme le Rwanda qui a gagné 6 places, la Sierra Leone (+5) et le  Ghana (+5). D’autres ont fortement reculé comme la Zambie, qui a perdu 22 places passant du 96è rang à l’échelle mondiale dans le classement 2015-2016 au 118è  rang  dans le classement 2016-2017, le Lesotho (-7) et le Nigeria (-3 L’Algérie a perdu 7 places par rapport à la précédente édition (2014-2015), où le pays était classé 79e et avait gagné 21 places par rapport à l’année 2013-2014 (100e).

Les critères d’évaluation de l’éducation et de l’enseignement ont contribué à l’amélioration du classement de l’Algérie, notamment en ce qui concerne le taux de scolarisation des enfants (51e place mondiale), le taux d’élèves admis aux centres de formation au cycle secondaire (47e place mondiale).

L’importance du marché a contribué également à l’amélioration du classement (36e place mondiale), bien que certains indicateurs continuent à impacter négativement la compétitivité de l’économie algérienne, notamment la transparence, les politiques adoptées (121e place mondiale), l’efficacité des conseils d’administration des entreprises (135e place), qualité des infrastructures aéroportuaires (107e place), le déficit du budget (127e place) et les règles appliqués aux investissements étrangers directs (131e place). Les prestations et les institutions financières ont aussi impacté ces résultats notamment en matière de garantie des prestations financières (126e place au niveau mondial).

 Le classement  2017–2018 du World Economic Forum

Dans son rapport 2017/2018, l’étude du WEF, réalisée auprès de 14.000 chefs d’entreprises de 137 pays, fournit un classement mondial des pays les plus compétitifs. Pour établir le classement de compétitivité de l’Algérie, le Forum s’est basé sur 114 indicateurs regroupés dans les 12 catégories suivantes. L’Algérie est classé  88e, loin derrière le Maroc (49e position) et la Tunisie (80e position). Quant au niveau de corruption,(85ème place)  l’Algérie est très mal  classée,  la corruption étant  le deuxième plus grand écueil qui se dresse sur le chemin des investisseurs.

Pour  la performance du secteur public le pays arrive au 81e rang  et en matière de sécurité,  (54e place).L’indice de l’ouverture de l’économie algérienne à l’investissement privé,  le classement est   la 128e place, l’économie étant  jugée trop peu diversifiée et l’initiative privée et  l’une des moins compétitives du monde arabe. Concernant les infrastructures, malgré d’importantes dépenses  l’Algérie est classée à la 93e place. Brièvement, nous avons le classement suivant : Institutions : 88ème rang  -Infrastructures : 93ème rang- Environnement macro économique : 71ème rang- Sante/Education : 71ème rang- Enseignement Supérieur et Formation : 92ème rang- Marchandises et Efficacité du marché : 129ème rang- Efficacité du marché du travail : 133ème rang- Développement du marché financier : 125ème rang- Etat de préparation technologique : 98ème rang- Taille du marché : 36ème rang – Sophistication des affaires : 122ème rang- Innovation : 104ème rang.

S’agissant des mesures incitatives à l’investissement, le pays se situe à la 98ème position sur les 137 pays évalués, ce qui est une performance qui se situe dans la moyenne

Quelle conclusion : urgence pour l’Algérie , des stratégies d’adaptation loin des utopies du passé 

Le forum mondial regroupant les principaux décideurs mondiaux pays développés et pays émergents, ces dernières années a abordé plusieurs thèmes stratégiques qui interpellent l’Algérie, notamment la question de la 4ème révolution industrielle, du climat, des migrations, du pétrole et  les impacts du terrorisme. Pour le professeur Klaus Schwab, président-fondateur du WEF, je cite : « la 4ème révolution industrielle fait référence à la fusion des technologies, notamment dans le monde digital, ce qui a des effets très importants sur les systèmes politiques économiques et sociaux, il s’agira de mettre en place un système de compréhension commun de cette révolution industrielle »Ainsi, verra t –on des thèmes aussi variés comme, comment nos vies seront changés par la quatrième révolution industrielle, comment les entreprises seront modifiées par les nouvelles technologies comment le changement technologique rapide va révolutionner le travail quel est l’avenir des services financiers, comment redémarrez l’économie mondiale, des débats  sur l’impact possible de l’intelligence artificielle sur les systèmes de défense et  l’avenir des énergies combustibles sur les changements climatiques.

Face à la nouvelle révolution mondiale 2020/2030/2040, notamment le développement de l’intelligence artificielle et du  digital, l’Algérie a besoin tant dans le domaine politique, militaire, sécuritaire, social, culturel et économique de stratégies d’adaptation qui n’avance pas  recule forcément , le statique n’existant pas, tout est en dynamique,  si elle veut éviter sa marginalisation au sein de ce nouveau monde. . Alors que le monde avance, l’intelligence artificielle  et le digital révolutionnant tant les relations internationales, la gestion des Etats, des instituons, des entreprises que les relations  que personnelles,  bon nombre de nos responsables  ont besoin d’une révolution culturelle (une mise à niveau) pour s’adapter aux arcanes de la nouvelle économie. La majorité des organisations doit  s’éloigner des schémas utopiques du passé des années 1970/1980/1990, étant à l’aube d’une véritable révolution planétaire 2020/2030.

L’Algérie n’a  pas  d’avenir si elle ne favorise pas  la bonne gouvernance et l’économie du savoir, devant s’adapter à ces nouvelles mutations qui sont les deux piliers fondamentaux du développement du XXIème siècle.

Pour l’Algérie,  les  bilans  2016/2018 du Wolrd Economic Forum, est très loin des potentialités du pays et elles sont énormes. La leçon que l’on peut tirer  pour l’Algérie est que le bilan est très mitigé malgré l’importance de la dépense publique.  Selon un rapport de l’OCDE l’Algérie dépenserait  deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats par rapport à des pays similaires au sein de la région Mena. L’Algérie souffre d’un environnement des affaires contraignant que l’on croit résoudre par des lois alors qu’il s’agit de s’attaquer au fonctionnement de la société : bureaucratie- système financier et système socio-éducatif inadapté, le foncier, occasionnant des coûts de transaction élevés.

Il reste encore beaucoup d‘efforts à faire, renvoyant tant à des facteurs politiques, sociaux, culturels qu’économiques pour libérer les énergies créatrices, attirer les véritables créateurs de richesses privés locaux et internationaux confrontés à la lourdeur bureaucratique et au manque de visibilité et de cohérence de la politique socio-économique. Cela implique un objectif stratégique précis, s’adaptant au nouveau monde sur dix ans au moins et une autre organisation institutionnelle gouvernementale autour de grands ministères et de grands éco-pôles régionaux.

Certains responsables, font  fausse route dans leur politique économique, pouvant conduire le pays à terme dans l’impasse et des pertes financières considérables, ignorant les nouvelles n mutations mondiales 2018/2030 fondées sur l’économie de la connaissance, richesse bien plus importante que toutes les richesses d’hydrocarbures.  Ainsi s’impose  un nouveau modèle de consommation, (une lourde erreur stratégique de raisonner en modèle de consommation linéaire au niveau mondial, continuent de vivre de l’illusion de l’ère  matérielle)  comme ces slogans dépassés des industries industrialisantes et quand le bâtiment va, tout va.  Cela  rend urgent une mutation culturelle de certains responsables.

J’attire l’attention du gouvernement que la  politique actuelle sans cohérence  risque de conduire le pays à accélérer l’épuisement de ses réserves de change, sans résoudre les véritables problèmes du développement du pays, à savoir l’accumulation technologique et managériale dans le cadre des valeurs internationales car le capital-argent n’étant finalement qu’un moyen devant éviter l’illusion monétaire.

Par le Professeur des  universités et expert international : le Docteur Abderrahmane MEBTOUL