La paisible Djanet, une oasis et principale ville du sud-est du Sahara située à 2 300 km d’Alger, a été secouée dans la nuit du dimanche à lundi par des manifestations et des affrontements qui ont opposé des manifestants et habitants aux forces armées, a-t-on appris de plusieurs sources locales. 

Ces affrontements ont éclaté dans le sillage de la mort troublante d’un jeune homme originaire de Djanet. Intercepté par les soldats de l’ANP lors d’un point de contrôle dressé sur la route menant vers le lieu-dit Tinalkoum, l’un des trois postes de contrôle qui ponctuent les quelque 980 km de frontière que l’Algérie partage avec la Libye, les deux autres étant le poste de Debdeb et celui de Fort Tarat, tous situés dans la wilaya d’Illizi.

Refusant de se plier aux sommations des militaires, le jeune homme soupçonné d’être un passeur essuie des tirs et les balles transpercent le corps du jeune conducteur qui transportait effectivement des passagers non-identifiés.  Le jeune homme décède des suites de ses blessures. A Djanet, ce drame soulève une vague d’indignation et plusieurs habitants dénoncent une “bavure militaire” et un “acte criminel” refusant d’admettre le bien-fondé de la réaction musclée des soldats de l’ANP chargés de surveiller les frontières avec la Libye voisine, un pays ravagé ces dernières années par les violences civiles.

Un rassemblement de protestation s’organise spontanément autour du siège du secteur militaire de Djanet et des citoyens en colère réclament une entrevue avec des hauts gradés pour leur réclamer des explications et des excuses face à ce qu’ils ont qualifié de “bavure criminelle”. Le dialogue ne fonctionne pas et la protestation tourne à l’affrontement. Des soldats interviennent pour disperser les manifestants et procèdent encore une fois par des tirs de sommation. La situation dérape rapidement et toute la ville de Djanet plonge, par la suite, dans l’instabilité et les troubles à l’ordre public.

Signalons enfin que, jusqu’à maintenant, le ministère de la Défense Nationale n’a pas communiqué la moindre information sur ces incidents qui risquent de prendre une ampleur tragique. Quant aux autorités locales, des vidéos amateurs et des images prises par des témoins oculaires et diffusées sur les réseaux sociaux montrent des élus alarmés et mobilisés sur le terrain pour tenter d’éteindre les feux de la discorde. Certaines sources avancent un bilan dramatique de trois personnes tuées lors de ces affrontements. Mais il demeure, jusqu’à maintenant, impossible de confirmer la véracité de ces informations.