Ould Kaddour à Annaba : « Nous avons fait des bêtises ! »

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Ould Kaddour était, hier, en visite de travail à Annaba pour visiter le complexe Fertial mais aussi pour animer une conférence et exposer la stratégie de Sonatrach SH-2030, notamment, le volet E-learning qui constitue «un système et un outil de travail extrêmement importants devant permettre de développer la formation continue du personnel».

Pour Ould Kaddour, la présence de Sonatrach à travers sa filiale Asmidal est très importante, car Asmidal produit des engrais indispensables à l’agriculture «qui est un facteur de développement extrêmement important pour l’économie du pays. L’Algérie a une réserve très importante en phosphate, mais malheureusement ce n’est pas exploité. C’est, d’ailleurs, pour cela qu’on est en négociation avec un partenaire pour pouvoir, avant la fin de l’année, signer un contrat pour la réalisation d’un projet intégré qui va de la mine (Djebel El-Onk) jusqu’au port d’Annaba en passant par Souk-Ahras et Skikda».

Le projet en question implique le développement des mines, du chemin de fer, le dessalement d’eau et la production d’ammoniac. Un projet très complexe mais aussi très important et son impact direct sur la société sera tout aussi important, avait indiqué le premier responsable de la plus importante entité économique du pays. –

 

La transformation, une activité très lucrative

Le PDG de la Sonatrach a mis le doigt là où ça fait mal en abordant le sujet de la transformation de la matière première. «La transformation est une activité très rémunératrice, c’est elle qui ramène le plus d’argent. Si l’on vend notre gaz ou notre phosphate brut, on ne gagnera pas beaucoup d’argent. Mais si on les vend transformés, comme le plastique ou bien l’ammoniac et les engrais, le gain est important. Donc la transformation est un axe stratégique dans notre activité», a-t-il déclaré.

Ceci justifie, d’ailleurs, le choix de l’acquisition de la raffinerie d’Augusta en Italie. A la question de savoir où en étaient les travaux de réhabilitation de la raffinerie de Sidi R’Zine à Berraki (Alger), M. Ould Kaddour a répondu qu’il espère que celle-ci sera opérationnelle dès le début de l’année 2019. Le premier responsable de la Sonatrach a par ailleurs affirmé que des bêtises ont été faites à ce niveau.

«A la raffinerie de Sidi R’Zine, nous avons fait des bêtises, il n’y a aucun doute à cela. D’abord retaper une vieille raffinerie qui était dans un état lamentable n’était pas la bonne solution. Il fallait construire une nouvelle raffinerie et cela aurait été beaucoup moins cher. La deuxième défaillance dans notre stratégie, était d’arrêter la réalisation en cours de route pour changer de constructeur», a-t-il avoué, avant d’ajouter «ce changement a eu un impact sur les délais de réalisation et encore plus sur les coûts ; on est, peut-être, à 1 milliard de dollars de plus que ce qui était prévu. C’est quand même beaucoup d’argent et de temps perdu. Je parle de l’argent qu’on a investi dans la raffinerie, mais aussi de celui de l’importation, car l’on importe encore des produits raffinés».

Sonatrach avait une organisation minimaliste

Revenant sur le sujet du changement de l’organigramme de la plus importante société algérienne, M. Ould Kaddour a parlé de spéculation de certaines parties, avant d’expliquer avec beaucoup de détails et d’exemples lesdits changements.

«J’ai vu qu’il y avait beaucoup de spéculation sur l’organisation de Sonatrach. Quand je suis venu, il y avait deux vice-présidents et deux directeurs généraux. Je me disais, l’entreprise d’envergure que nous avons, ne peut être en face de partenaires étrangers en ayant cette organisation minimaliste. C’était une organisation de petites entreprises. C’est donc à ce titre là que nous avons revu l’organisation pour séparer la liquéfaction du raffinage. Quand on parle à des partenaires étrangers, ils voient toujours comment vous êtes organisés ; et l’ancien organigramme n’avait aucun sens», a-t-il expliqué. Et d’ajouter : «les finances qui gèrent des milliards de dollars étaient une direction exécutive. La stratégie aussi était une direction exécutive alors que c’est elle qui met en place le plan d’action de l’entreprise sur le long terme, Le business développement, qui permet d’étudier, d’évaluer et de saisir les opportunités». M. Ould Kaddour a mis l’accent sur la nécessité d’élever certains services, comme le business développement, au rang de vice-présidence.

«Je vous donne un exemple très simple : nous avons réalisé une unité de liquéfaction à Skikda qui nous a coûté 4 ou 5 milliards de dollars, malheureusement, dans notre conception, on n’a pas réalisé la jetée nécessaire pour permettre aux méthaniers d’aborder pour nous permettre de les remplir. Actuellement, les méthaniers restent au large et des petits bateaux font le va et vient entre ceux-ci et l’unité de liquéfaction. C’est du non-sens parce qu’on perd énormément d’argent dans ces opérations. Le business développement qui est là pour étudier ce genre de détails est devenu une vice-présidence, pour éviter justement ces erreurs».

Sonatrach dispose aujourd’hui de 8 vice-présidences, à savoir l’amont, la liquéfaction, le raffinage et la pétrochimie, le transport, les finances, la stratégie, le commercial et le business développement.

Par Mustapha Bendjama