Selon le document officiel présenté par le premier ministre à l’APN fin 2017, les programmes de développent ont nécessité durant la période allant de 2001 à 2017, une enveloppe de  531,8 milliards de dollars dont une grande partie en devises et  le budget de fonctionnement et de gestion pour la même période une dépense de l’ordre de 649,9 milliards de dollars, soit au total 1187,7 milliards de dollars

 En dépit d’un ajustement budgétaire important en 2017, les déficits budgétaires et du compte courant extérieur demeurent élevés.  Bien qu’il faille ne pas confondre l’acte de gestion, gérer c’est prendre des risques si l’on veut développer les énergies créatrices, avec l’acte de corruption préjudiciable à la société, la majorité des cadres étant honnêtes, cela pose la problématique d’un véritable contrôle qui doit être global.

Il doit concerner en plus du contrôle routinier des services de sécurité, l’ensemble de la société supposant un Etat de droit la réhabilitation du contrôle de la société civile, du parlement, de la Cour des comptes, institution dépendante de la présidence de la République car l’Inspection générale des finances dépendant du ministre des Finances ayant un impact limité car relevant de l’exécutif.

Le guide de management des grands projets d’infrastructures économiques et sociales élaboré par la Caisse nationale d’équipement pour le développement (CNED) et la soumission de toute réévaluation des projets au-delà de 15%, à l’aval du Conseil des ministres, contribuera-t-il à affiner l’action des pouvoirs publics en matière d’efficience des dépenses publiques ? Mais qu’en sera-t-il sur le terrain l’expérience montrant un divorce moyen de réalisation-objectifs avec des surcoûts exorbitants ?

Le constat est que  les déficiences observées dans son processus budgétaire et les goulets d’étranglement institutionnels ont souvent  entraîné une mauvaise exécution des programmes d’investissement  aboutissant  à une mauvaise programmation, à la surestimation des dépenses et à de longs retards dans l’exécution des projets.  Parmi les carences importantes observées, on peut citer :

– l’existence d’un décalage entre la planification budgétaire et les priorités sectorielles ;

– l’absence d’interventions efficaces dues à un morcellement du budget résultant de la séparation entre le budget d’investissement et le budget de fonctionnement (récurrent) ;

– des passifs éventuels potentiellement importants, des écarts considérables entre les budgets d’investissement approuvés et les budgets exécutés ;

– des longs retards et des surcoûts pendant l’exécution des projets, ce qui témoigne de la faiblesse de la capacité d’exécution des organismes d’exécution.

Pour la formulation, l’Algérie utilise un système de classification obsolète. Concernant l’exécution, la lenteur dans l’exécution  est due à la lourdeur des procédures lourdes qui empêchent la clôture rapide de la période de fin d’exercice pour l’arrêt du budget. Dès lors,  le système de gestion budgétaire a besoin d’être considérablement amélioré.

De nombreuses décisions de projet ne sont pas fondées sur des analyses socio-économiques. Ni les ministères d’exécution ni le ministère des Finances n’ont suffisamment de capacités techniques pour superviser la qualité de ces études, se bornant au contrôle financier effectué par le ministère des Finances, le suivi technique (ou physique) exercé par les entités d’exécution étant inconnu ou au mieux insuffisant. Il n’existe aucune évaluation a posteriori permettant de comparer ce qui était prévu avec ce qui a été réalisé et encore moins de comparer le coût-avantage ou l’efficacité avec la situation réelle.

Le non-respect de normes minimales, dans l’analyse du ratio coûts-avantages, rentabilité sociale et profils des projets  a de graves conséquences en termes de ressources gaspillées, de duplication des activités et de problèmes de passations de marchés. Le système  des investissements publics comporte plusieurs lacunes :

Premièrement, les coûts des projets sont importants ;

 Deuxièmement, la préparation technique du personnel d’exécution et la qualité des projets sont généralement faibles et inégales, les projets contribuant ainsi faiblement à l’atteinte des objectifs stratégiques sectoriels ;

Troisièmement, de nombreuses faiblesses trouvent leur origine dans l’urgence qui accompagne la préparation de projet à cette échelle, la myriade de demandes spécifiques auxquelles les projets sont supposés répondre. Aussi les enjeux institutionnels et de gouvernance contribuent aussi largement à limiter les impacts malgré d’importantes dépenses monétaires.

Le grand défi est aujourd’hui de  dynamiser le système financier, poumon du développement,  afin qu’il ne soit plus un acteur passif de la redistribution de la rente des hydrocarbures dans le sillage des sphères de clientèle. Le système financier algérien est actuellement dans l’incapacité  d’autonomiser la sphère financière de la sphère publique, cette dernière étant  totalement articulée à la sphère publiqueLa totalité des activités quelques soient leur nature se nourrissent de flux budgétaires c’est à dire que l’essence même du financement lié à la capacité réelle ou supposée du trésor via la rente des hydrocarbures.  On peut considérer que les conduits d’irrigation, les banques commerciales et d’investissement en Algérie opèrent non plus à partir d’une épargne puisée du marché, éventuellement un reliquat du travail mais par les avances récurrentes (tirage : réescompte) auprès de la banque d’Algérie pour les entreprise publiques qui sont ensuite refinancées par le trésor public sous la forme d’assainissement.

La bourse d’Alger, qui aurait pu dynamiser le secteur productif,  création administrative en 1996 est en léthargie, les  plus grandes sociétés algériennes comme Sonatach  et Sonelgaz et plusieurs grands groupes privés n’étant pas  cotées en bourse.  L’important pour une bourse fiable est le nombre d’acteurs fiables au niveau de ce marché pour l’instant limité. Imaginez-vous un très beau stade de football pouvant accueillir plus de 100.000 spectateurs sans équipe pour disputer la partie.

C’est que  la richesse ne peut apparaître que dans le cadre de la transformation du stock de monnaie en stock de capital, et là est toute la problématique du développement. Le recours  à la planche à billets pour financer le déficit budgétaire  doit être maîtrisé et destiné aux secteurs créateur de valeur ajoutée afin de ne pas avoir  un impact négatif à terme.

Selon la banque d’Algérie, les montants prêtés au Trésor seraient de l’ordre de  5723,1 milliards de dinars à fin mars 2018 (plus de 40 milliards de dollars) faute de quoi   ce  mode de financement  aura aussi atteint ses limites à partir de 2020 avec des taux d’inflation  et de chômage  élevé. Aussi pour éviter toute dérive, il y a urgence de  la synchronisation  de la sphère réelle et de la sphère financière, de la dynamique économique et de la dynamique sociale au sein d ‘une stratégie tenant compte de des enjeux géostratégiques et de la transformation rapide du monde assistant à un bouleversement de la chaîne des valeurs mondiale posant cette question : dans quels segments de filières l’Algérie peut avoir un avantage comparatif pour résoudre le lancinant problème du chômage et éviter des tensions sociales.

En résumé, le déblocage de l’investissement en Algérie  ne réside pas en des changements de lois ou  d’élaboration de stratégies utopiques, mais en s’attaquant au fonctionnement de la société, favoriser la bonne gouvernance, la valorisation du savoir, le dialogue des cultures combattant toute forme d’intolérance.

 

Par le Professeur des  universités et expert international : le Docteur Abderrahmane MEBTOUL