La religion est le principal sujet de diversion des hommes politiques algériens en cette période pré-électorale à la veille d’une déterminante élection présidentielle prévue en avril 2019. Dans un entretien accordé au quotidien français La Croix, la sociologue et politiste rattachée au Groupe Sociétés, religions, laïcités (Paris-Sorbonne), auteur de « Convertir le monde arabe. L’offensive évangélique » (CNRS Éditions, 2018), Fatiha Kaouès a décrypté les enjeux de l’instrumentalisation de la religion dans le débat politique en Algérie. 

« La situation politique et économique du pays est extrêmement difficile, à l’heure où on annonce un possible 5e mandat du président actuel, dont l’état de santé est très précaire. Cette crise de légitimité pousse fréquemment les hommes politiques à trouver des sujets de diversion ; le christianisme en fait partie, comme le chiisme », a analysé ainsi la sociologue française.

Selon cette chercheuse CNRS au LabexMed, Maison méditerranéenne des sciences de l’Homme, ses travaux portent notamment sur les « Pasteurs missionnaires itinérants, entre Occident et Orient arabe, la transnationalisation du protestantisme évangélique », les Algériens sont pas spécialement intolérants et hostiles aux autres religions.

« Je crois qu’une majorité d’Algériens ne sont nullement opposés au développement d’un christianisme spécifiquement algérien. D’ailleurs, les faits graves de violences contre des fidèles chrétiens ou des églises sont très rares. Les médias eux-mêmes ont largement adouci le discours très virulent qu’ils portaient, au début des années 2000, sur les chrétiens convertis », décrypte cette spécialiste d’après laquelle « le cas de l’Algérie est unique dans le monde arabe : c’est le seul pays massivement musulman à avoir autorisé officiellement l’existence d’un christianisme de conversion ».

Néanmoins, la même sociologue recnnaît enfin que le discours religieux actuel de l’Etat algérien « sert aussi à cautionner une forme d’uniformisation, au détriment des expressions religieuses plurielles, à l’intérieur ou à l’extérieur de l’islam ».