Avec un territoire de 2,5 millions de km2, et une démographie dynamique (taux de croissance de 2% par an, avec 37 millions d’habitants fin 2011), l’Algérie dispose du PIB le plus élevé de l’Afrique du Nord (189,3 Mds USD en 2011)83, et le quatrième du continent africain.

Les richesses de son sous-sol (pétrole et surtout gaz naturel : 4ème exportateur
mondial) génèrent 98% des recettes d’exportation (73,4 Mds USD en 2011) et 70% des
recettes budgétaires (rente pétrolière). La hausse des prix des hydrocarbures sur les marchés internationaux, depuis le début des années 2000, a donné aux autorités et au pays, des moyens croissants, pour la réalisation de leurs ambitions de développement économique et social.

L’Algérie dispose d’une situation macroéconomique avantageuse avec une dette
extérieure de moins de 3% du PIB, des réserves de change de plus de 180 Mds USD (couvrant 3 ans d’importations), une inflation sous contrôle (autour de 4%), mais un taux de chômage à 10%85. La diversification de l’économie, la modernisation et le développement des infrastructures, l’investissement et la création d’emplois sont les grands axes de sa politique de développement.

Un vaste plan d’investissements sur la période 2009-201486 de 286 Mds USD a été réalisé. Le savoir faire des investisseurs étrangers est apprécié, mais ne peut se mettre en place que sous la forme d’un partenariat minoritaire depuis 2009 (règle des 51/49%, sujette à discussion). Avec une part de marché de 15% et des exportations d’un montant de
5,75 Mds € en 2011, la France est un des principaux fournisseurs de l’Algérie. Elle y exporte principalement des biens d’équipement (22% du total), des céréales (13%) et des produits pharmaceutiques.

En retour, ses importations en provenance d’Algérie (4,4 Mds € en 2011) se composent à 95% d’hydrocarbures. La France est également l’un des tous premiers investisseurs en Algérie avec un stock d’investissements directes étrangers estimé à 1,9 Md € (Banque de France) en 2010. 450 entreprises françaises sont présentes sur le territoire, et génèrent 35 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects.

 

L’Algérie est le principal client de la France dans le monde arabe, et le troisième client
hors OCDE après la Chine et la Russie. Cette intégration grandissante dans l’économie
mondiale soulève de nouveaux défis pour le secteur productif algérien, notamment pour le
secteur industriel. Confrontée au phénomène de la mondialisation économique, le pays est
appelé à utiliser correctement ses atouts, pour la réalisation d’une croissance économique
durable qui devrait lui permettre de conquérir sa place sur le marché mondial. Avec un taux
de croissance de 2,5% en 2011 selon les estimations du FMI, l’économie algérienne a
enregistré une performance en retrait par rapport à 2010 (3,30%).

Les facteurs de production que sont le capital et le travail, contribuent de façon décisive à la croissance économique, que ce soit en termes quantitatifs ou par l’amélioration de la qualité. Mais la totalité de la croissance ne peut s’expliquer par ces seules contributions.

Les comptes de la croissance laissent apparaître, pour tout pays, un résidu contribuant à la croissance de manière plus ou moins intensive. Ce résidu est assimilable aux effets du progrès technique et des innovations, facteur de gains de productivité et d’amélioration de la compétitivité des entreprises, et résultat de la recherche et développement.

Augmenter le stock de capital revient à augmenter les capacités de production, lorsqu’il s’agit d’un investissement de capacité. La Banque Mondiale a admis, que la contribution du plan de soutien à la relance économique (PSRE) à la croissance, a été de 2% en moyenne par an pendant la période 2001 – 2005. Le programme complémentaire de soutien à la croissance (PCSC), exécuté sur la période 2005-2009, intègre un financement de près de
500 milliards de DA sous forme de prêt du Trésor à long terme à des conditions favorables,
dont 405 milliards de DA au profit des secteurs des transports et des travaux publics.

Ce programme a induit une hausse significative de la demande, dont la satisfaction aurait eu pour effet une hausse correspondante de l’offre globale. C’est un effet décelable à court terme. A long terme, la dépense générée par la croissance a un effet durable sur l’offre, grâce à l’amélioration du stock de capital.

Les investissements représentent le support matériel de la croissance économique.
Leurs dimensions, leur rythme, la manière d’allocation dans les secteurs d’activité économique et leur efficience orientent la croissance économique. La théorie de la croissance endogène met en évidence quatre facteurs principaux agissant sur le taux de croissance d’une économie :

l’accumulation de capital physique (Romer 1986); la recherche-développement (Romer 1990); l’accumulation de capital humain (Lucas 1988) et l’effet bénéfique des infrastructures publiques (Barro 1990 et Barro, Sala-i-Martin 1992). L’apport majeur du modèle Harrod et Domar est l’approche par le capital ; et une variation de l’investissement augmente le revenu, mais libère aussi des capacités supplémentaires de production. Domar arrive à déterminer le taux de croissance nécessaire de l’investissement, qui fait que l’augmentation du revenu qui en découle est suffisante pour combler les capacités de production dégagées par ce même accroissement de l’investissement.

Harrod montre l’instabilité de ce chemin de croissance équilibrée ; et tout écart mènera à une expansion ou à une dépression cumulative qui s’écartera de plus en plus de l’équilibre.
L’intérêt du modèle de Slow est de mettre en avant le rôle crucial du progrès technique
dans la croissance économique. Selon ce modèle, le développement économique s’explique
par trois paramètres : les deux premiers sont l’accroissement des deux principaux facteurs de production, le capital et le travail, le troisième est le progrès technologique. Solow pense qu’à long terme l’économie tendrait vers une situation d’équilibre. L’une des faiblesses théoriques du modèle de Solow vient du fait qu’il considère le progrès technique comme exogène. Solow a accepté, plus tard, l’idée que la formation pouvait être un des facteurs d’amélioration de l’efficacité du travail humain, donc de la croissance.

Le taux d’épargne, contrairement au modèle de Solow où il est exogène et constant, est
dans le modèle de Ramsey variable durant la transition. Théoriquement, à la transition, le taux de rendement réel diminue, ce qui provoque par un effet de substitution, une baisse de l’incitation à épargner. Mais durant la transition, la production augmente, ce qui provoque un effet revenu qui dépend de l’élasticité de l’utilité marginale de la consommation. Si l’élasticité est élevée, l’agent à tendance à lisser sa consommation, donc à ne pas trop épargner tant qu’il est pauvre puis à épargner quand il devient riche et saturé. Les rendements décroissants poussent l’épargne à la baisse ; la saturation à la hausse.

Selon notre étude, seul un élargissement des capacités de production peut générer de
la croissance. L’effet de l’investissement public peut générer de la croissance économique
sous cette condition. En agissant sur la demande globale, l’investissement public a un effet
positif sur la production dans le court et le moyen terme. L’investissement est un élément
particulier de la demande, puisqu’il permet d’augmenter le stock de capital et est donc
susceptible d’augmenter les capacités de production.

La croissance économique désigne la variation positive de la production. Mais cette
croissance ne peut se justifier par la seule augmentation de la quantité de travail et de capital. Elle est de plus que jamais obtenue par l’introduction d’innovations qui agissent sur la croissance et sur l’efficacité des facteurs de production.

Dans cette thèse, nous avons examiné sur le plan économétrique les déterminants
macroéconomiques de la fonction de production algérienne, à l’aide des techniques de
cointégration, et du modèle à correction d’erreur. L’étude économétrique sur séries
temporelles qui a été entreprise dans notre étude a confirmé la contribution productive du
capital et du travail à la formation du PIB en Algérie. En ce qui concerne la dynamique à
court terme, cette étude a apporté un éclairage sur la manière dont le capital et le travail
influencent les décisions de production.

Notre étude confirme la contribution significative de l’accumulation du capital par
tête, à la production par tête. Cette contribution est de 24%. On montre que la croissance de la production par tête s’exprime relativement à la croissance de la quantité de capital par tête.

Il faut raisonner en termes de contributions des facteurs. La croissance de la production est la somme pondérée de la croissance de la quantité de capital utilisée, et d’un ensemble de
composants non liés à la variation de cette quantité de facteur. Ce facteur résiduel est
assimilable au progrès technique.

Les deux premières composantes de la production relèvent de la croissance extensive,
la dernière de la croissance intensive. Cette dernière partie ne peut se mesurer que comme un résidu statistique. Ce sont les innovations de produits et de procédés qui sont à l’origine de l’augmentation à long terme du PIB. En effet, ces innovations permettent d’introduire de
nouveaux produits, qui suscitent une nouvelle demande et de nouveaux marchés (l’ordinateur et les marchés liés à internet), et de nouveaux procédés (techniques, organisation de la production et du travail), qui augmentent l’efficacité du système productif.

Dans un rapport publié en 2003, la Banque Mondiale procède à une analyse de l’action
de l’Etat qui est désigné comme responsable des décisions qui ont modelé l’économie
algérienne. Selon ce rapport, la productivité totale des facteurs (PTF) a été négative du début des années 80 à 1994, avant de devenir légèrement positive suite à l’application du
programme d’ajustement structurel (PAS) au développement du secteur privé.

En comparant l’Algérie à des pays semblables, la Banque mondiale conclut que de
1971 à 2000, la croissance du PIB par tête a été de 0,9% par an en moyenne au lieu de 3,2%, soit une croissance perdue de 2,3% par an en moyenne. Sur trois décennies le pays aurait subit 60% de revenus en moins par tête. Les facteurs à l’origine de la croissance manquante sont : la volatilité liée à la macroéconomie, principalement les termes de l’échange ; la faiblesse des institutions, la faiblesse du capital humain et les distorsions des prix relatifs.

La faiblesse de la PTF n’a pas été compensée par les investissements massifs du secteur public. L’exportation de matières premières conduit à une hausse du taux de change réel qui détériore la compétitivité du secteur manufacturier et conduit à une désindustrialisation du pays.

La volatilité des prix des matières premières est une cause principale de la faible
croissance car elle entraîne des incertitudes et des risques. Aussi, la captation de
la rente générée par la vente des matières premières conduit à des luttes qui déstabilisent
l’activité économique des pays riches en ressources naturelles.

De l’indépendance à la fin des années 1970, les entreprises publiques algériennes
avaient deux missions essentielles : valoriser les matières premières disponibles sur le sol
national et mettre en place une industrie de base susceptible d’avoir un effet d’entraînement, un effet « industrialisant » sur les autres secteurs d’activités. Durant cette période, les entreprises enquêtées, à l’instar des autres entreprises publiques algériennes, étaient aussi en phase d’apprentissage industriel et se consacraient simultanément à la production, à la formation de la main d’œuvre qualifiée et à la mise en place d’une infrastructure industrielle.

Tous les éléments de décision stratégique étaient pris au niveau du gouvernement, qu’il
s’agisse de plans de carrière, de rémunération ou de formation, de mode de production ou de procédure de gestion.

C’est au début des années 80 que la fonction R&D a commencé à prendre forme dans
des structures des entreprises appelées Départements Études et Développement (DED), qui étaient centrées sur des activités d’« engineering ». Ces unités ont ensuite évolué
différemment dans chacune des entreprises. En 1985, SONELGAZ a créé une Unité d’Étude
et de Recherche (UER) avec pour mission de s’occuper de la recherche appliquée dans le
domaine des énergies renouvelables. La même année, SAIDAL crée son unité de recherche en médicaments et techniques pharmaceutiques (URMTP) et l’ENIEM met en place une
Direction Développement et Industrie (DDI) qui devait étudier les conditions techniques et
commerciales de faisabilité pour l’installation de nouvelles usines. L’objectif poursuivi était
plus l’intégration du tissu industriel et la sous-traitance que l’innovation au sens de création
technologique.

La productivité est le facteur clé dans la détermination du niveau de vie à long terme.
Lorsque le capital augmente, la productivité marginale du capital diminue. Le fait que la
fonction de production est à productivité marginale décroissante assure l’existence d’un état stationnaire unique. L’état stationnaire désigne une économie dont les activités sont
relativement stables. C’est une solution qui prévaut à long terme pour toute économie. Si
celle-ci s’éloigne de son état stationnaire, elle reviendra par la suite pour s’en rapprocher. Cet état est caractérisé par une non variation du capital par unité de travailleur efficace.
Il y a une limite aux bienfaits de l’accumulation du capital, car il arrive un moment où
l’effort d’investissement ne sert qu’à compenser la dépréciation du capital existant; il n’y a alors plus d’investissement net productif et donc pas de croissance à long terme.

Décidément, il y a accumulation du capital dans ce pays tant et aussi longtemps que l’investissement par habitant est supérieur à la dépréciation du capital existant, ce qui limite l’accumulation du capital à un niveau qui correspond à l’état stationnaire.

Au fur et à mesure de l’accumulation du capital, la productivité diminue, cette
accumulation devient de moins en moins rentable et doit donc cesser tôt ou tard. La
croissance doit donc s’arrêter. Le pays atteint l’état stationnaire lorsque l’investissement est
égal à la dépréciation du capital.

Le progrès technique, qui permet d’accroître la productivité du travail, est d’autant
plus nécessaire que l’accumulation du capital par travailleur, se heurte à la loi des rendements décroissants lorsque le facteur travail est fixe. C’est le cas dans les pays ayant réalisé leur transition démographique depuis longtemps. Seul le progrès technique permet de surmonter ces rendements décroissants du capital et d’assurer une croissance durable de la productivité du travail.

Les déterminants de cette croissance à long terme sont donc le taux démographique et
le progrès technique. Le progrès technique induit un accroissement de l’efficacité du travail.
Selon notre fonction de production, le progrès technique est constant et la population active croit au taux , ce qui implique une diminution de la productivité total des facteurs.

L’accroissement de la population ne permet pas une élévation du niveau de vie. La
croissance démographique est plus rapide que la croissance de la production, si bien que la
production par tête diminue. Cette économie à fort taux de croissance démographique aura un revenu par habitant plus faible. En fait, plus la population croit rapidement, plus la part de l’épargne qui sert simplement à maintenir le capital par tête constant doit être élevé.

Le pays peut repousser sa limite en termes d’accumulation du capital en augmentant
son taux d’épargne. De cette épargne s’engage une dynamique qui provoque une
augmentation du capital et donc une hausse de production. Ce processus se termine lorsque l’économie aura atteint un nouvel état stationnaire qui se caractérise par des taux de croissance par tête supérieure à zéro.

Mais il y a une limite à la hausse du taux d’épargne. Une hausse du taux d’épargne stimule la croissance mais pas indéfiniment. Généralement on renonce à la consommation présente pour la consommation future parce que l’épargne donne un rendement qui permet de consommer davantage dans le futur. Une hausse du taux d’épargne peut apparaître parce que le rendement espéré s’accroît. En revanche, on ne peut sacrifier toute la consommation présente pour le futur. Il y a un niveau minimum de consommation présente que même un taux d’intérêt réel élevé ne pourra diminuer.

Depuis près d’une décennie, l’Etat algérien dégage une épargne nette importante. La
fiscalité sur les hydrocarbures, qui est une bonne approximation de la rente, permet de
dégager une épargne budgétaire importante et d’offrir par conséquent un rôle de tout premier plan à l’Etat qui peut entreprendre des dépenses d’infrastructures économiques et sociales importantes.

Certains théoriciens ainsi que le FMI et la Banque mondiale conseillent de placer cette
épargne et n’en utiliser que le revenu dans l’esprit de garder constante la richesse nette en
invoquant à la fois la réussite du fonds norvégien et l’échec d’utilisation des revenus  pétroliers dans d’autres pays. Cet argument est quelque peu inacceptable sachant que
l’Algérie souffre d’un chômage important, touchant les jeunes, d’un manque de croissance
économique et d’un recul industriel important. Imiter la Norvège, pays industriel, développé et proche du plein emploi revient à priver le pays d’un potentiel important.

Le stock de capital par travailleur est un facteur qui permet de comprendre les
différences observées dans le niveau de vie des pays. Le niveau initial d’un pays serait
également un déterminant de la croissance, en effet, plus un pays est riche au départ, moins il va croître rapidement et inversement. C’est le processus de convergence conditionnelle.

La convergence implique une relation négative entre le niveau du PIB réel par habitant et le taux de croissance du PIB réel. En absence du progrès technologique, l’économie algérienne est appelée à rattraper les pays plus riches en termes de niveaux de vie.

A la différence de l’hypothèse de Solow concernant la baisse du taux de rentabilité de
l’investissement, les modèles de croissance endogène affirment que l’investissement dans le savoir pourrait avoir un taux de rentabilité constant, voire croissant, car il y a plus de chances qu’une base de connaissances plus large engendre davantage d’innovations à l’avenir.

Il n’y a pas de limite aux bienfaits de l’augmentation de la compétence et surtout, de l’avancement des connaissances. Autrement dit, l’accumulation du capital humain et du capital de savoir n’est pas soumise à la Loi des rendements décroissants.

Par Achour Tani Yamna, Docteur en sciences économiques et commerciales, diplômé de l’université de Tlemcen