Quel est aujourd’hui le seuil d’équilibre, le prix d’un baril qui permet à l’Algérie de ne pas puiser dans ses réserves de devises, mais de les reconstituer ?

Dr. Abderrahmane Mebtoul: Les réserves de change proviennent principalement des exportations d’hydrocarbures (98% avec les produits dérivés) dont le prix moyen du baril de pétrole algérien est passé de 112 dollars en juin 2014 à 45 dollars par an en 2016 à 53,97 dollars en 2017. Ils ont évolué comme suit: 2010, 182 en 2011, 190 en 2012, 194 en 2013, 180 en 2014, 144 en 2015, 114 en 2016 et 96 milliards de dollars (hors DTS) à fin 2017 et hors réserves d’or, l’Algérie détenant 173 tonnes d’un Cela vaut, au prix actuel, d’environ 7 milliards de dollars et, selon le FMI dans son rapport du 20 juillet 2018, qui devrait se terminer entre 12 et 13 milliards de dollars fin 2022 avec une très forte récession économique. Selon le Fonds monétaire international (FMI), dans son nouveau rapport sur les perspectives de croissance dans la région Moyen-Orient-Afrique du Nord-Afghanistan-Pakistan (MENAP), l’Algérie avait besoin d’un baril à 87. 6 USD pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2016 contre 60 dollars-baril en 2007, 80 dollars en 2009, 125 dollars en 2010, 140 dollars en 2012, 110 dollars en 2015. Pour 2017, en vertu de la loi de finances pour 2017, le niveau est proche à 75 dollars sur la base des dépenses et du déficit clôturé. Pour 2018, le projet de loi de finances complémentaire de 2018, approuvé le 5 juin 2018 par le Conseil des ministres, prévoit une enveloppe de 500 milliards de dinars supplémentaires (environ 4,4 milliards de dollars) d’autorisations de programmes pour relancer une série de projets qui ont été gelés ces dernières années en raison des contraintes financières pesant sur le budget de l’État et qui seront financés par le Fonds national d’investissement (FNI). Cela comprendra des voies ferrées et des rocades à construire ou à moderniser au profit du nouveau centre portuaire d’El Hamdania (Cherchell) et une exploitation accrue des mines de phosphate ainsi que la modernisation du port d’Annaba dans le cadre du même projet et de la méga projet du Port Center d’El Hamdania.

Ce projet a été confié à une société mixte de droit algérien composée du groupe public de services portuaires et de deux entreprises chinoises que sont le CSCEC (China State Construction Corporation) et le CHEC (China Harbour Engineering Company) dans le but d’être également un pôle de développement industriel connecté aux réseaux ferroviaires et autoroutiers et bénéficiant, à proximité immédiate, de deux sites totalisant 2 000 hectares destinés à accueillir des projets industriels. D’ici 2050, Le trafic de marchandises portuaires dans la région centrale du pays devrait atteindre 35 millions de tonnes de marchandises par an et 2 millions de conteneurs de 20 pieds par an, contre 10,5 millions de tonnes actuellement traitées par les ports d’Alger et de Ténès. Le projet de 3,3 milliards de dollars sera financé par un crédit chinois à long terme, d’une durée totale de sept ans.

Pour répondre directement à votre question, compte tenu des dépenses publiques actuelles, des dépenses improductives, des subventions généralisées sans ciblage, des coûts supplémentaires et de la mauvaise gestion pour ne pas dire la corruption, il faut environ 100 dollars pour ne pas puiser dans les réserves de change. Mais avec une grande discipline budgétaire, une meilleure gouvernance, un changement de la politique économique actuelle, avec un baril entre 60 et 70 dollars, l’Algérie peut s’en sortir, car elle dispose d’actifs. L’endettement est faible, 20% du PIB, la dette extérieure 2,5% du PIB et le secteur bancaire reste capitalisé, le ratio de solvabilité s’établissant à 17% au 1er janvier 2017.

Comment évolue ce seuil ?  Je comprends que cela augmente avec le temps, le gouvernement augmentant les dépenses publiques année après année.

Les chiffres figurant dans le plan d’action du gouvernement actuel montrent des dépenses publiques de 70 milliards de dollars entre 2000 et 2004, 193,8 milliards de dollars entre 2005 et 2009, 202,41 milliards de dollars entre 2009 et 2014 et 64,3 milliards de dollars de 2015 à 2017. les programmes de développement ont exigé une enveloppe de 531,8 milliards de dollars entre 2001 et 2017, dont une grande partie en devises et le budget de fonctionnement et de gestion pour la même période ont nécessité des dépenses d’environ 649,9 milliards de dollars.

L’Algérie fait toujours face à des défis importants, liés à la baisse des prix du pétrole il y a quatre ans. Malgré un important ajustement budgétaire en 2017, les déficits budgétaires et le compte courant extérieur restent élevés. La loi de finances 2018 prévoit une forte augmentation des dépenses budgétaires par rapport à 2017. Ces dépenses devraient s’élever à plus de 8 600 milliards de dinars (près de 75 milliards de dollars), ce qui entraînera également une forte augmentation du déficit budgétaire programmé à 2 100 milliards de dinars (environ 18 milliards de dollars). Les dépenses publiques liées à la croissance dépendront donc de l’évolution des prix du pétrole et du gaz. Cependant, je mets en garde le gouvernement contre l’utilisation excessive de la monnaie d’impression sans objectifs spécifiques (voir le cas du Venezuela, première réserve pétrolière mondiale, certainement du pétrole lourd, mais un pays en semi-faillite) qui aura un impact inflationniste et accélérera les échanges sortent indirectement par le biais des importations, nous enfermant dans un cercle vicieux pénalisant les couches les plus défavorisées et les tensions sociales se font sentir. Contrairement à certains discours populistes, ce mode de financement a un effet inflationniste, L’Algérie souffre de rigidités structurelles contraires aux pays développés où se trouve une flexibilité des facteurs de production.

Ainsi, malgré toutes les mesures souvent bureaucratiques sans une vision stratégique , entre 2009/2017, des restrictions à l’importation qui ont paralysé plusieurs secteurs et ont favorisé le processus inflationniste, le résultat est très mitigé. Cette récente augmentation du prix, si elle est maintenue, limiterait l’utilisation de financements non conventionnels de 17/18 milliards de dollars prévus pour la seule année 2018. En effet, la loi de finances établie à 50 dollars le baril pour un prix moyen de 70 dollars tout au long de l’année se traduirait par environ 12 milliards de dollars par rapport à ce plafond. D’où l’importance pour l’Algérie de comprendre l’évolution des changements énergétiques mondiaux cruciaux pour son économie, avec un quota de l’OPEP de 1,2 million de barils par jour. Le prix de Brent était le 10 juin 2018, à 76,40 dollars le Brent et 65,57 dollars le WTI, toujours que les recettes algériennes à 33% proviennent du gaz naturel dont le cours pour juin 2018 était de 2,90 dollars. Le MBTU (en forte baisse par rapport à avril 2017) est déconnecté du pétrole, notamment avec le développement accéléré du marché au comptant mondial.

J’identifie plusieurs facteurs déterminants interdépendants des prix du pétrole 2018/2020/2030 pour évaluer l’évolution du seuil, des facteurs essentiellement exogènes pour lesquels l’Algérie dispose d’une marge d’action limitée.

Premièrement, il y a les tensions géostratégiques au Moyen-Orient, en particulier en Syrie, la position des États-Unis en ce qui concerne l’accord avec l’Iran, certainement atténuée par la position européenne et le fait que le monde ait connu un froid sans précédent. Ensuite, comme vient de le souligner le rapport de janvier 2018 de la Banque mondiale, il y a une reprise de la croissance pour 2018, mais avec un ralentissement prévu pour 2019 sans réformes de l’économie mondiale en Europe, aux États-Unis et en Chine. Inde. Une autre raison est le respect dans l’ensemble, le quota des membres de l’OPEP a été décidé en décembre 2016 à Vienne, avec des perspectives de renouvellement de l’accord, en particulier de l’Arabie Saoudite.

L’OPEP, dans son ensemble, représente 33% du marketing mondial, 67% étant hors OPEP, l’introduction du schiste bitumineux américain ayant bouleversé l’ensemble de la carte mondiale de l’énergie. Selon les observateurs internationaux, le prix souhaitable ne devrait pas être de 70 pour ne pas pénaliser la croissance mondiale afin d’éviter l’afflux massif de pétrole et de gaz de schiste américains dont les champs marginaux, les plus nombreux, sont rentables à plus de 60 dollars. inondant ainsi le marché. L’AIE vient d’ annoncer en Janvier 2018, que la production des États – Unis pour 2018, et si le prix reste supérieur à 60 dollars, dépassant pour la première fois la production de l’Arabie Saoudite.

Considérons également l’accord non-OPEP entre l’Arabie Saoudite et la Russie, ces deux pays produisant plus de 10 millions de barils / jour. Il y a aussi la situation politique en Arabie Saoudite, les marchés boursiers pas encore clairs dans l’action du prince héritier dans la lutte contre la corruption, avec la crainte de tensions politiques internes, mais surtout la vente de 5% des parts d’une partie du capital. grande entreprise Aramco, pour maintenir le stock à un niveau élevé – vente qui a été reportée. Ajoutons la tension au Kurdistan, cette zone produisant environ 500 000 barils par jour, le déclin de la production vénézuélienne et les tensions en Libye et au Nigeria. Il y a aussi la faiblesse du dollar face à l’euro. Et enfin, nous devons considérer le déclin ou la hausse des stocks américains,

Quels efforts ont été déployés ces dernières années pour sortir de la dépendance aux exportations de pétrole et avec quel résultat?

En août 2018, il faut être réaliste, Sonatrach est l’Algérie et l’Algérie est Sonatrach. L’Algérie est le premier producteur de gaz africain et le troisième producteur de pétrole derrière le Nigeria et l’Angola. En matière d’énergie renouvelable, le programme national vise à installer une capacité de 22 000 mégawatts et à économiser 9% d’énergie d’ici 2030. Bien que les objectifs fixés par le gouvernement soient ambitieux, ils semblent réalisables dans un délai plus long les efforts déployés par l’Algérie dans ce domaine et s’ils persistent. Cependant, l’Algérie possède un potentiel non hydrocarboné important: plus de 1 000 km de côtes, un paysage diversifié (nord-hauts plateaux, désert), de nouvelles technologies et une agriculture importante (tout en étant réaliste car l’Algérie est un pays semi-aride). Le développement industriel selon le programme du gouvernement vise à promouvoir l’ activité industriellepar la mise en place d’une dynamique territoriale autour des centres techniques industriels, des consortiums etclusters, pour permettre le renforcement des capacités et la diversification des produits des secteurs industriels. Dans le cadre des politiques de développement industriel, les secteurs prioritaires devant bénéficier des avantages fiscaux sont les suivants: sidérurgie, mécanique et métallurgique, électrique et électronique, agro-alimentaire, fabrication, chimie-plastique (Sonatrach souhaite développer ce secteur avec de grandes entreprises) ) et le secteur pharmaceutique (le secteur de l’industrie pharmaceutique est estimé à 3,3 milliards d’euros à fin 2016), les matériaux de construction (en 2017, nous avons connu l’autosatisfaction dans le ciment et la filiale Lafarge Alger a commencé l’exportation).

Les projets de clusters encourageront la création, la participation et le renforcement des associations professionnelles constituant un espace intermédiaire de consultation, afin d’identifier des vues consensuelles sur le support etlong termeconcernant le développement industriel ainsi que l’émergence d’une véritable sous-traitance, actuellement embryonnaire, par le renforcement des relations industrielles, universitaires et collégiales pour la promotion de la recherche, du développement et de l’innovation dans les entreprises industrielles. Les efforts de recherche relayés par les clusters permettront aux entreprises de persévérer et de rester dans le contexte de l’innovation pour une meilleure compétitivité au niveau national et international. Mais nous devons être réalistes, leur part dans les exportations est très faible, car nous devons prendre en compte à la fois une concurrence internationale très dure (la mondialisation est une réalité), des normes de coût et de qualité, la solution étant de travailler en réseau gagner des partenariats avec des multinationales renommées pour pénétrer les marchés et acquérir le transfert de technologie. L’objectif est la création de consortiums d’exportation compétitifs combinant savoir-faire, portée internationale et adaptabilité.

En effet, le tissu économique selon l’OSN se compose de 83% de petits commerces-services avec une prédominance juridique en termes de partenariats et de SARL et très peu de sociétés par actions. Tout d’abord, la majorité des PME algériennes privées sont souvent gérées avec la famille restreinte quia d’ouvrir leur capital si elles veulent être compétitifs avant qu’ils ne veulent entrer dans le capital des entreprises publiques. Le secteur industriel représente 6,3% du produit intérieur brut (PIB) et sur ces 6,3% , 95 à 97% sont de petites PME-PMI peu engagées dans la gestion stratégique et l’innovation technologique, la concentration du secteur privé étant dans le secteur de la construction. des œuvres qui dépendent fondamentalement sur les dépenses publiques. Le secteur privé productif dans la sphère réelle, en particulier la majorité des PME-PME, connaît un niveau d’endettement assez élevé auprès des banques. Le secteur exportateur privé est marginal; les quelques cas qui exportent sont également confrontés à de nombreuses contraintes. Ils ne peuvent à eux seuls donner un coup de fouet à la production hors hydrocarbures, nécessitant des milliers d’entrepreneurs dynamiques. Bien que le secteur privé génère 80% de la valeur ajoutée hors hydrocarbures du pays, soit moins de 2/3% des exportations totales, contre 97/98% pour Sonatrach, sa part dans l’investissement productif est négligeable, certaines sources 2/3% par an de l’investissement total entre 2010/2017.

En général, que représente le secteur privé algérienface au chiffre d’affaires de Sonatrach, qui contribue directement et indirectement, via les dépenses publiques, via les hydrocarbures, à plus de 80% du produit intérieur brut? En outre, les secteurs public et privé dépendent de plus de 75% de l’équipement et des matières premières importés, qui dépendent donc de la ressource en hydrocarbures. Un exemple clair pour l’assemblage de voitures uniquement pour 2017: la vitesse de croisière n’a pas été atteinte; nous nous dirigeons vers des importations de près de 2 milliards de dollars, le montant peut même doubler, voire tripler.

Quel sera le taux d’intégration et les perspectives d’exportation? En ce qui concerne le secteur public commercial autre que les hydrocarbures, il ne s’agit pas uniquement d’une question de financement puisque le secteur public a été stabilisé à plus de 70 milliards de dollars entre 1971 et 2017 et que plus de 75% sont revenus au départ. Il s’agit d’une  économie  sans laquelle aucun développement n’est possible au 21ème siècle.

Enfin, le secteur informel représente plus de 50% du produit intérieur brut hors hydrocarbures, à ne pas confondre avec la masse monétaire en circulation. En ce qui concerne la sphère informelle, il existe des données contradictoires alors que trois méthodes d’évaluation existent: par rapport au PIB, par rapport à la masse monétaire en circulation et par rapport à l’emploi détenu à des taux différents (voir l’étude du professeur Abderrahmane Mebtoul au Institut français des relations internationales – IFRI – Paris, décembre 2016: « le poids de la sphère informelle au Maghreb »).

Pour répondre à votre question, il suffit d’analyser à la fois la balance commerciale et la balance des paiements. La valeur des exportations (sources douanières algériennes) était de 45 milliards de dollars en 2005, 54,6 en 2006, 60,1 en 2007, 79,3 en 2008, 45,2 en 2009 (avec la crise mondiale), 57,0 en 2010 et 73,5 milliards en 2011. En 2012: 71,8 milliards de dollars, dont 69,8 (hydrocarbures – H -), en 2013: 64,8 milliards de dollars, dont 63,8 (H) en 2014: 60,1 milliards de dollars, dont 58 (H), en 2015: 34,5 milliards de dollars 33,1 $ (H); en 2016: 29,3 milliards, dont 27,9 (H), en 2017: 34,5 milliards USD dont 33 (H). Les dernières données des trois premiers mois de 2018 montrent que les hydrocarbures représentent la majeure partie des ventes algériennes à l’étranger (93,6% du total des exportations), soit 10,03 milliards USD par rapport aux États-Unis.8,388 milliards de dollars de janvier à mars 2017, soit une augmentation de 1,64 milliard de dollars (19,6%). La valeur des importations était de 20 milliards de dollars en 2005, 21,4 en 2006, 27,6 en 2007, 36,5 en 2008, 39,3 en 2009, 40,5 en 2010 et 47,2 en 2011. Selon les différents rapports officiels de 2012 à fin mars 2018 l’évolution de la balance commerciale, les importations ont évolué comme suit: 2012: 51,5 milliards de dollars; 2013: 54,9 2014: 59,6; 2015: 52,6; 2016: 49,7; 2017: 48,7 milliards de dollars.

Pour le premier trimestre de 2018, les importations ont légèrement diminué à 11,2 milliards de dollars contre 11,92 milliards de dollars de la même période l’an dernier, c’est – à – dire, soit une baisse de 714 millions de dollars (seulement – 6%), ce qui nous donnerait une tendance annuelle fin 2018: environ 45 milliards de dollars. Le seul document de référence n’étant pas la balance commerciale, mais la balance des paiements. Les sorties de devises étrangères d’environ 45 milliards de dollars à la fin de 2018 devraient être complétées par des paiements en devises pour les services, qui fluctuaient annuellement entre 10/11 milliards de dollars entre 2010 et 2017 et les transferts légaux de capitaux, ce qui nous donnerait un chiffredes sorties de devises fluctuant entre 55 et 60 milliards de dollars pour 2018. Compte tenu des exportations, le solde net des sorties serait compris entre 15 et 16 milliards de dollars à fin 2018, soit entre 83 et 85 milliards de dollars. C’est pourquoi la Banque mondiale prévoit que le déficit budgétaire s’aggravera en 2018 en raison de la persistance de niveaux élevés de dépenses publiques non compensés par une augmentation des recettes. Le déficit budgétaire devrait atteindre 11,4% du PIB. Les perspectives sont encore pire pour les réserves de change dont le montant (17 mois d’importations à la fin de 2017) ne pouvait pas représenter plus de cinq mois d’importations à la fin de 2020, c’est – à – dire, un niveau proche de 30 milliards de dollars. Même analyse du côté de la COFACE et du FMI français qui ne voient pas une amélioration significative du déficit des paiements courants de l’Algérie qui continuera à être porté à 9,3% du PIB en 2018 puis à 9,7% % en 2019.

Comment stimuler les secteurs non hydrocarbures en Algérie?

Comme discuté précédemment, cela dépasse le cadre strictement économique. Énorme défi du pouvoir, le grand défi est de dynamiser le système financier, poumon du développement, pour qu’il ne soit plus un acteur passif de la redistribution des rentes d’hydrocarbures à la suite des sphères de clientèle. L’Algérie a une économie publique avec une gestion centralisée et les réformes structurelles tardent à se concrétiser sur le terrain. Le système financier algérien est actuellement incapable d’autonomiser la sphère financière de la sphère publique car elle est totalement articulée à la sphère publique. Toutes les activités, quelle qu’en soit la nature, se nourrissent des flux budgétaires, c’est-à-dire que l’essence même du financement est liée à la capacité réelle ou supposée du trésor via la rente des hydrocarbures. On peut considérer que les conduites d’irrigation, les banques commerciales et d’investissement en Algérie, ne pas opérer à partir d’une épargne du marché, éventuellement un résidu du travail, mais par des avances récurrentes de la banque algérienne pour les entreprises publiques qui sont ensuite refinancées par le trésor public sous forme d’assainissement puisque pour l’Algérie, cette transformation n’est plus dans le domaine de l’entreprise mais évolue dans le domaine institutionnel (distribution des revenus des hydrocarbures), dans cette relation, le système financier algérien est passif. Ainsi, le marché bancaire algérien est totalement dominé par les banques publiques, les banques privées, malgré leur nombre, étant marginales dans le volume des transactions, avec, au niveau public, la domination du BEA, communément appelé la banque de Sonatrach.

La Bourse d’Alger, la création administrative de 1996 qui aurait pu stimuler le secteur productif, est en léthargie, Les plus grandes entreprises algériennes telles que Sonatrach, Sonelgaz et plusieurs grands groupes privés n’étaient pas cotés en bourse. L’important pour un marché boursier fiable est le nombre d’acteurs fiables sur ce marché, pour le moment limités. Imaginez un beau stade de football pouvant accueillir plus de 200 000 spectateurs sans équipe pour jouer. Les autorités algériennes se sont donc contentées de construire le stade, mais sans joueurs. Cela implique la synchronisation de la sphère réelle et de la sphère financière, des dynamiques économiques et des dynamiques sociales, dans une stratégie qui prenne en compte les enjeux géostratégiques et la transformation rapide du monde face à une rupture de la chaîne de valeur mondiale. Quels secteurs de secteurs l’Algérie peut-elle avoir un avantage comparatif? En outre,couple de démonopolisation / privatisation. La privatisation et ladémonopolisation complémentaire ne doivent pas être confondues, les deux étant des processus hautement politiques conduisant le désengagement de l’État de la sphère économique pour se consacrer à son rôle de régulateur stratégique.

La privatisation est un transfert de propriété des unités existantes au secteur privé et la démonopolisation encourage de nouveaux investissements privés. L’objectif de la démonopolisationet la privatisation doit renforcer le changement systémique dans la transition d’une économie administrée vers une économie de marché compétitive. Nous sommes dans l’incertitude en raison des discours contradictoires de certains responsables et du manque de vision stratégique. Historiquement, le secteur privé algérien s’est longtemps développé dans l’ombre du secteur public, selon le célèbre slogan, facteur complémentaire du secteur privé du secteur privé. Un secteur privé réellement productif a besoin d’autonomie. Cependant, tous les rapports internationaux sont unanimes: entre 2010 et 2017, le monde des affaires contraignant, dont la bureaucratie paralysante et la sphère informelle dominante, a freiné les vrais entrepreneurs producteurs de richesse. La principale raison est liée aux contraintes environnementales: la bureaucratie à plus de 50%, un système financier administré (plus de 90% des crédits accordés sont effectués par des banques publiques), un système socio-éducatif inadapté et enfin le problème épineux de la terre. À cela s’ajoute une méfiance à l’égard du secteur privé local et international, les détenteurs de revenus ayant peur de perdre des parcelles de pouvoir. Cela explique également ces alliances entre la sphère bureaucratique et certaines sphères privées spéculatives motivées par des gains à court terme via les revenus.

Cependant, le véritable dynamisme de l’entreprise, qu’elle soit publique ou privée, présuppose une autonomie de décision face aux contraintes internes et internationales, évoluant au sein de la mondialisation caractérisée par l’incertitude, la turbulence et l’urgence de prendre des décisions en temps réel. Il est nécessaire de s’attaquer à l’essentiel que constitue le renouvellement de la gouvernance, liée à une profonde moralisation de ceux qui dirigent la ville. Sans vision stratégique, comment l’Algérie peut-elle s’adapter à la mondialisation par davantage d’espaces de liberté, en relevant les contraintes environnementales pour permettre l’épanouissement de l’entreprise créatrice de richesses? Nous ne devons pas nous attendre à une véritable reprise économique fondée sur l’accélération des réformes qui doivent être fondées sur une transparence totale et un large soutien social. En l’absence d’une vision stratégique axée sur la concurrence, le processus de libéralisation, qui doit être contrôlé par le en relevant les contraintes environnementales pour permettre l’épanouissement de l’entreprise créatrice de richesses? Nous ne devons pas nous attendre à une véritable reprise économique fondée sur l’accélération des réformes qui doivent être fondées sur une transparence totale et un large soutien social.

En l’absence d’une vision stratégique axée sur la concurrence, le processus de libéralisation, qui doit être contrôlé par le en relevant les contraintes environnementales pour permettre l’épanouissement de l’entreprise créatrice de richesses? Nous ne devons pas nous attendre à une véritable reprise économique fondée sur l’accélération des réformes qui doivent être fondées sur une transparence totale et un large soutien social. En l’absence d’une vision stratégique axée sur la concurrence, le processus de libéralisation, qui doit être contrôlé par l’Etat, sera un échec évident avec le risque d’un nouveau spéculateur de monopole privé, favorisé par le monopole, la source de l’inefficacité. Comme nous l’avons montré dans plusieurs contributions nationales et internationales récentes en posant le problème du rôle futur de l’État dans ses relations avec le marché, il s’agit de donner naissance au marché dans un contexte non marchand à travers ce changement de changement systémique. la cohérence des anciens réseaux pour créer une nouvelle dynamique à travers de nouveaux réseaux acquis aux réformes (nouvelles forces sociales) dans le cadre d’une nouvelle cohérence synchronisée avec les mutations de l’économie mondiale. Cette dynamique sociale est le seul moyen d’éviter ce manque de cohérence et de visibilité dans la politique socio-économique, dont les changements perpétuels des cadres juridiques (fonction du rapport de force au niveau du pouvoir) sont l’illustration où plusieurs centres de décision politique, les décisions d’atomisation, rendent volontairement opaque les décisions.

En outre, l’insertion du secteur privé sans distinction avec le secteur public, comme le prévoit la nouvelle Constitution, suppose une volonté politique de libéralisation conciliant l’efficacité économique et une justice sociale profonde, ce qui ne signifie pas la fin des entreprises publiques dotées de cadres brillants. évoluer dans un cadre concurrentiel en supposant leur autonomie de gestion dans ce monde turbulent et incertain et devant prendre des décisions de gestion stratégique en temps réel. Cependant, le retour à la gestion administrée ne peut que bloquer les énergies créatives. La revitalisation réussie du secteur économique, le secteur étatique compétitif, le secteur privé national et international, est étroitement lié à l’approfondissement de la réforme mondiale, dont le succès dépend de la plus grande visibilité de la politique socioéconomique, de l’état de droit et de la démocratisation des décisions économiques. Nous devons éviter ce slogan creux de vendre le patrimoine public; éviter de diaboliser le secteur privé national et international qui crée de la richesse.

En résumé, l’État entrepreneurial et l’opérateur direct doivent progressivement disparaître pour laisser la place à un État exerçant un pouvoir public et seront renforcés dans leurs missions naturelles d’arbitrage et de réglementation. D’une manière générale, ce qui est stratégique aujourd’hui peut ne pas l’être demain. Car ce que nous entendons par secteur stratégique et non stratégique doit être compris non pas en statique mais en dynamique à la fois en raison de l’évolution du monde et de la structure de l’économie algérienne. Ainsi, la règle des 51/49%, qui repose sur une vision idéologique dépassée, a fait fuir les investisseurs étrangers potentiels pour créer de la valeur ajoutée à long terme, en particulier les PME innovantes. Cela se reflète dans le World Investment Report de 2018, publié le 6 juin 2018 par la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Les IDE (investissements directs étrangers) ont chuté de 26%, soit 1,2 milliard en 2017, malgré la série d’incitations accordées dans le cadre de la nouvelle loi sur l’investissement, alors qu’ils s’établissaient à 1,665 milliard de dollars en 2016; être supporté par l’Algérie, toujours via la rente,voir l’interview A. Mebtoul dans Jeune Afrique 2012 ).

Le blocage de l’investissement en Algérie ne réside pas dans des changements de lois ou dans le développement de stratégies utopiques, une vision bureaucratique, car nous ne combattons pas la sphère informelle par des mesures administratives autoritaires mais en attaquant le fonctionnement de la société. la société participative et civique, en un mot, établir la démocratie sans nier notre authenticité, le dialogue des cultures luttant contre toutes les formes d’intolérance.

Quelles sont les raisons des retards et des coûts supplémentaires accumulés sur l’autoroute Est-Ouest et comment expliquer les déficiences administratives?

L’autoroute est-ouest a une distance de 1 216 km avec un profil transversal: voies 2 × 3 où 24wilayas sont desservies par des aires de repos, des stations-service, des arrêts de camions et des centres d’entretien et d’exploitation de la route. L’autoroute Est-Ouest n’a pas changé le paysage routier national puisqu’elle a essentiellement suivi le tracé des 4 et 5 nationaux, qui rallient Alger à Oran et Alger à Constantine. En revanche, il risque de perturber la vie économique des 19 Wilayas traversées directement et 24 servies. Dans un pays où 85% des échanges se font par la route, l’impact se fera probablement rapidement sentir. Onze tunnels ont été forés sur deux voies à trois voies et 390 ouvrages d’art, dont 25 viaducs, ont été achevés pour rejoindre les frontières tunisiennes, à l’est et marocaines à l’ouest. Le programme d’équipement comprend la construction de 42 stations-service, 76 aires de repos (motels, aires de stationnement, aires de jeux, etc.), 57 postes de péage, 70 échangeurs et 22 postes de garde de la gendarmerie, ainsi que des postes de sécurité. A cela, il faudra prévoir les coûts de maintenance car on oublie souvent qu’une route est entretenue et, selon les normes internationales, elle varie entre 84 000 dollars et 135 000 dollars / an et par km.

Cela pose le problème des coûts de péage. Initialement programmé à 7 milliards de dollars et devant être livré en 2010, le dernier segment livré au début de l’année 2019 avec 12 voies pour relier l’autoroute est-ouest au projet d’autoroute Highlands avec un coût estimé par le gouvernement en 2017 à environ 13 milliards de dollars pour 1 216 kilomètres, ce qui fixe le prix d’achèvement moyen d’un kilomètre d’autoroute à près de 11 millions de dollars. Pour les 13 milliards de dollars déjà dépensés, il faudra ajouter des coûts de maintenance annuels.

Ces montants seront sans doute supérieurs à la normale en raison des nombreux dysfonctionnements commis lors de sa mise en œuvre et du retard dans la transition vers le plan de paiement. Les automobilistes paieront pour le voyage sur le le dernier segment livré au début de l’année 2019 avec 12 voies pour relier l’autoroute est-ouest au projet d’autoroute Highlands avec un coût estimé par le gouvernement en 2017 à environ 13 milliards de dollars pour 1 216 kilomètres, ce qui fixe l’achèvement moyen prix d’un kilomètre d’autoroute à près de 11 millions de dollars. Pour les 13 milliards de dollars déjà dépensés, il faudra ajouter des coûts de maintenance annuels. Ces montants seront sans doute supérieurs à la normale en raison des nombreux dysfonctionnements commis lors de sa mise en œuvre et du retard dans la transition vers le plan de paiement.

Les automobilistes paieront pour le voyage sur le le dernier segment livré au début de l’année 2019 avec 12 voies pour relier l’autoroute est-ouest au projet d’autoroute Highlands avec un coût estimé par le gouvernement en 2017 à environ 13 milliards de dollars pour 1 216 kilomètres, ce qui fixe l’achèvement moyen prix d’un kilomètre d’autoroute à près de 11 millions de dollars. Pour les 13 milliards de dollars déjà dépensés, il faudra ajouter des coûts de maintenance annuels. Ces montants seront sans doute supérieurs à la normale en raison des nombreux dysfonctionnements commis lors de sa mise en œuvre et du retard dans la transition vers le plan de paiement. Les automobilistes paieront pour le voyage sur le Pour les 13 milliards de dollars déjà dépensés, il faudra ajouter des coûts de maintenance annuels. Ces montants seront sans doute supérieurs à la normale en raison des nombreux dysfonctionnements commis lors de sa mise en œuvre et du retard dans la transition vers le plan de paiement. Les automobilistes paieront pour le voyage sur le Pour les 13 milliards de dollars déjà dépensés, il faudra ajouter des coûts de maintenance annuels. Ces montants seront sans doute supérieurs à la normale en raison des nombreux dysfonctionnements commis lors de sa mise en œuvre et du retard dans la transition vers le plan de paiement. Les automobilistes paieront pour le voyage sur l’Autoroute Est-Ouest à partir de 2018.

Selon le projet préparé par le ministère des Travaux publics et des Transports, le péage sur cette autoroute sera calculé sur la base d’un tarif de 1,2 DA par kilomètre. Certains directeurs de travaux publics justifient le retard dans la livraison de l’autoroute est-ouest par des problèmes liés à l’indemnisation des propriétaires qui ont été expropriés. Pour illustrer leurs propos, certains de ces directeurs ont déclaré que dans la ville de Médéa, le prix du mètre carré ne dépassait pas 450 dinars (prix moyen 115 dinars = un dollar en 2017) et entre 700 et 1 000 dinars à Béjaïa. Dans la wilayade Tizi-Ouzou, les services des domaines offraient la somme expropriée de 1 200 dinars par mètre carré et entre 700 et 900 dinars à Bouira.

Une grande partie des propriétaires ont refusé le prix proposé. Pour revenir au coût de l’autoroute Est-Ouest, tout projet fiable doit clairement mettre en évidence la hiérarchie des objectifs, les résultats attendus par secteur, la portée, les indicateurs de performance, les indicateurs d’objectifs et de délais spécifiques et enfin l’hypothèse de risque. Cependant, les responsables de ce projet suivent vaguement la description technique sans se soucier des coûts, qui devraient en principe être la principale préoccupation du gouvernement, du ministre et les gérants Pour les comparaisons internationales, il existe des variations selon qu’il existe ou non une contrainte, mais il faut éviter les comparaisons risquées et ne comparer que ce qui est comparable. En Algérie, tous les facteurs sont favorables: la main-d’œuvre est au moins 10 fois moins chère qu’en Europe; il y a relativement peu de mauvais temps; les matériaux utilisés en grande quantité, les granulats (tuf, sable et gravier) ne coûtent quasiment que leurs coûts d’extraction et de concassage, le combustible est 5 à 7 fois moins cher, les loyers, l’électricité et le gaz aussi, les occupations temporaires ne sont même pas payés en Algérie quand il s’agit du domaine public; mais il y a des problèmes administratifs et des procédures bureaucratiques, sans parler des expropriations et des démolitions qui sont des sources de coûts supplémentaires.

Qu’en est-il du taux de chômage et du taux d’inflation officiel en Algérie ? Les chiffres sont-ils fiables ?

Il existe une loi économique universelle; le taux d’emploi dépend de la pression démographique, du taux de croissance et des structures des taux de productivité des entreprises à valeur ajoutée compétitives qui doivent à l’avenir concilier flexibilité et sécurité du collectif des travailleurs, à l’aube de la quatrième révolution économique mondiale. Les emplois ne sont pas créés par décret, le moyen le plus simple estcréer des emplois dans l’administration. Le taux de chômage officiel est fortement biaisé, avec le sureffectif des administrations et des entreprises publiques, des emplois temporaires fictifs (5 mois de non-créateurs de valeur ajoutée comme par exemple faire et refaire des trottoirs) et des emplois informels. Paradoxalement, en raison de l’allocation sectorielle de l’investissement via des dépenses publiques fortement biaisées favorisant les emplois très peu qualifiés tels que la construction et les travaux publics (70% des dépenses publiques), les diplômés sont plus susceptibles d’être au chômage, ce qui explique la faiblesse taux de croissance et de productivité.

Pour lire la version originale de cet entretien publié par le journal américain American Herald Tribune  cliquez sur ce lien

Le Docteur Abderrahmane MEBTOUL est économiste et Professeur d’Université en Algérie. Il a occupé la fonction de conseiller au ministère de l’Energie 1974/1980-1990/1995-2000/2005.