C’est une hogra caractérisée qui dévoile un énorme scandale de mauvaise gestion. Algérie Part a obtenu au cours de ses investigations des documents exclusifs révélant des dépenses onéreuses consenties par Air Algérie pour former environ 200 pilotes à la prestigieuse CAE d’Oxford, l’une des meilleures écoles de pilotage dans le monde. CAE est, en vérité, le plus grand réseau de formation au pilotage au monde avec des écoles de pilotage de classe mondiale.

 Comme le démontrent les documents en notre possession, le 29 septembre 2014 un accord a été signé entre Air Algérie, dirigée à cette époque-là par Mohamed Abdou Bouderbala, et l’académie de formation CAE OXFORD. Pour plus de 18 millions de livres sterling, soit environ 20,5 millions d’euros, Air Algérie a envoyé en Angleterre pas moins de 200 pilotes algériens dans le cadre d’une formation s’étalant sur une période de 82 semaines dans le but de les recruter plus tard dans le cadre d’un contrat qui les obligera à travailler pour la compagnie aérienne nationale durant une période de 20 ans. Plus de 20 millions d’euros ont été donc sortis des caisses de cette entreprise publique déficitaire depuis de longues années pour financer cet ambitieux programme de formation dont le but est de préparer la relève et pallier au départ à la retraite d’une centaine de pilotes dont l’âge s’approche petit à petit des… 65 ans.

Cependant, le sort d’une grande partie de ces pilotes formés à la prestigieuse Oxford Aviation Academy est aujourd’hui dans la plus grande des incertitudes pour la simple raison qu’Air Algérie refuse de respecter son engagement. En effet, pour l’heure, 108 jeunes pilotes algériens sont revenus du centre de formation de CAE Oxford. 68 d’entre eux ont été uniquement recrutés par Air Algérie et ce recrutement a été effectué par l’ancienne administration d’Air Algérie. Or, depuis l’arrivée de Bakhouche Alleche à la tête de la direction générale d’Air Algérie en février 2017, plus aucun élément de ces jeunes pilotes dont la formation a été financée par les deniers publics de l’Etat algérien n’a été recruté comme il est stipulé dans leur contrat initial signé par la direction des opérations aériennes d’Air Algérie.

Comme le démontrent nos documents, ce contrat indique qu’Air Algérie s’engage à recruter ces pilotes en leur qualité de pilotes stagiaires après l’obtention de leurs licences de pilotes professionnels à la fin de leur formation à l’académie d’aviation d’Oxford. Malheureusement, les hauts responsables d’Air Algérie et à leur tête Bakhouche Alleche ont bafoué ce contrat en violant sa principale disposition. D’ici décembre 2018, 150 pilotes algériens formés à la Oxford Academy reviendront définitivement en Algérie dans l’espoir de décrocher leur travail au sein de la compagnie nationale aérienne. Mais tous  ces pilotes n’ont aujourd’hui aucune perspective car Air Algérie s’est désistée et refuse de les recruter en dépit des… 20 millions d’euros dépensés pour financer leur formation !

Algérie Part appris au cours de ses investigations que l’actuel directeur des opérations aériennes d’Air Algérie Bouhlassa Abdelhafid a signifié à une quarantaine de ces jeunes pilotes revenus fraîchement d’Angleterre qu’ils n’y a plus de place pour eux au sein de la compagnie battant pavillon national. Ce haut responsable a signifié verbalement à ces jeunes pilotes désabusés qu’ils seront bientôt recrutés par la petite Tassili Airline dans le cadre d’un contrat s’étalant sur une période de 4 ans avec à la clé, au bout de cette période, un probable contrat à durée indéterminée. Air Algérie finance la formation de pilotes pour les remettre ensuite gratuitement à Tassili Airlines ? Cette option intrigante a soulevé de nombreux soupçons. Pis encore, depuis leur retour de l’académie d’Oxford, personne n’a cherché après nos jeunes pilotes. Ils n’ont ni attestation de travail, ni le moindre document prouvant qu’ils travaillent pour le compte d’Air Algérie.

Certains de ces pilotes sont abandonnés à leur sort depuis plusieurs mois et la direction générale d’Air Algérie a refusé même de les recevoir pour leur fournir la moindre explication. Comment peut-on dépenser plus de 20 millions d’euros pour former à l’étranger des pilotes et ensuite les rejeter et les mettre au chômage ? A quoi a donc servi tout cet argent public qui a été utilisé pour former les futurs pilotes d’Air Algérie ?

Aucun haut responsable d’Air Algérie ne daigne répondre à ces questions, pourtant, légitimes. Air Algérie vient de bénéficier d’un prêt de 2 milliards de dollars pour financer l’acquisition de nouveaux avions. Et en parallèle, la même Air Algérie chasse ses pilotes formés à l’étranger. Qui va piloter les nouveaux avions qui seront chèrement acquis auprès de Boeing et d’Air Bus ? Les vieux pilotes admissibles à la retraite ?

Le traitement méprisant et incompréhensible accordé à ces jeunes pilotes algériens relève d’une véritable opération de sabotage qui fait très mal à Air Algérie en cette période de déficit et de crise financière. Une gestion chaotique qui doit interpeller en urgence le gouvernement lequel doit intervenir pour mettre un terme à ce monumental gâchis.