Depuis de nombreuses années, la liste des bénéficiaires de logements sociaux est synonyme de discorde entre les bénéficiaires et les souscripteurs dont les noms n’y figurent pas. Ces derniers introduisent des recours et font des délations à propos des biens de certains indus bénéficiaires en espérant les exclure pour les remplacer sur cette fameuse liste.

La liste des 7.000 bénéficiaires des logements publics locatifs de la commune d’Annaba ne déroge évidemment pas à la règle. Cette liste, synonyme d’espoir et de délivrance pour beaucoup de familles démunies dont certaines attendent depuis des décennies a fait, l’an dernier, beaucoup d’heureux, notamment et surtout dans les rangs des fraudeurs.

Pas étonnant que le wali ait décidé, dès l’éclatement du scandale, à savoir quelques semaines à peine après l’affichage de la liste, de réétudier un à un les dossiers des candidats. L’opération avait suscité l’inquiétude de tous les «bénéficiaires provisoires», y compris ceux dont les dossiers étaient irréprochables. Mais la commission mise en place par les services de la wilaya visait, surtout, les fraudeurs, trafiquants et autres indus bénéficiaires. Et ils étaient légion ! La commission a donc entrepris dans la plus totale discrétion d’éplucher «en toute transparence» les dossiers des 7.000 bénéficiaires provisoires. Les fraudeurs se bousculaient, entre des propriétaires de maisons luxueuses au cœur de la capitale française, les cadres supérieurs aux revenus confortables, les propriétaires de terrain et des multiples bénéficiaires de logements sociaux, le citoyen lambda aux modestes revenus qui n’ouvre droit qu’à cette formule de logement, ne trouve plus sa place.

Pour le wali qui ne cesse depuis l’éclatement de ce scandale de crier que le traitement de ce dossier se fera dans la transparence la plus absolue, les chiffres relèvent du tabou. Pas question d’avancer le nombre des exclus de la liste. Certes, certains candidats peuvent encore être éliminés et le nombre pourrait encore augmenter, mais ceci n’est pas réellement une raison pour maintenir autant d’opacité autour de la question. Mais à Annaba comme ailleurs en Algérie, transparence et opacité sont des synonymes.

Mais là où les services de M. Salamani ont été le plus transparents, c’est lors de la désignation du coupable. Il ne peut y avoir une telle fraude généralisée sans coupable. Et c’est sans surprise que celui-ci a été désigné : le souscripteur fraudeur. Celui-ci est, bien évidemment, coupable, mais aurait-il pu le faire sans la complicité de l’administration locale ? Pas si sûr. Pour ce qui est de la complicité, on pouvait très bien ouvrir une enquête pour déterminer le ou les responsables qui sont, d’ailleurs, connus de tous, mais le wali d’Annaba s’appelle Mohamed Salamani et non pas Émile Zola. Il a donc, à la question de désigner le coupable, répondu : «Je n’accuse personne». Pourtant, les fraudeurs qui n’auraient pu être sur la liste sans complices, seront traduits devant la Justice.

Mais même avec toute la «transparence» qui entoure le traitement de ce dossier, l’initiative est louable, car elle permettra la récupération de centaines de logements qui seront redistribués à leurs véritables ayants droits.

Mustapha B.