Au motif de la proximité de Salim YEZZA avec les indépendantistes ou même de ses prises de position autonomistes, beaucoup ont manqué à l’appel du devoir de solidarité. Ce refus de condamner un arbitraire se veut l’expression d’un patriotisme sincère et tatillon. Mais qu’en est-il en vérité ?

Commençons par essayer de situer les indépendantistes/autonomistes sur l’échiquier politique algérien. D’abord, cela n’est pas sans importance, ils se réclament tous de la modernité politique, du républicanisme et de la démocratie. Une écoute attentive de leurs discours révèle qu’ils sont dans un choix par dépit. Un positionnement par défaut auquel, disent-ils, les accule le blocage persistant de la situation algérienne.

C’est donc qu’ils pèchent par impatience ou par, peut-être, par une certaine légèreté politique. Excepté la petite secte Mhenniste, compromise dans un aventurisme infantile, le courant autonomiste/indépendantiste s’affirme, dans son ensemble comme une tentative de réponse à la crise de la formation étatique algérienne. En cela, quoi que l’on pense des solutions qu’ils préconisent, ils sont dans le juste.

Passons aux régents et à leurs affidés, les Partis-Etats de la pseudo “famille révolutionnaire”. Enkystés dans les appareils d’États, au point de tous se les soumettre, ils se goinfrent à satiété d’argent public. En six décennies, ils auront fait autant de dégâts que le Baylek Turc et la colonisation française réunis. Véritable aristocratie Mekhzenienne qui s’octroie tous les privilèges et s’arroge tous les avantages, son épanouissement éreinte et épuise la Nation. Parasite résistant qui dévitalise l’Algérie et la condamne à l’effondrement, cette caste militaro-bureaucratique tente de sauvegarder l’apparat “patriotique” qu’elle a usurpé entre 1957 et 1962.

Revenons, maintenant, à nos progressistes qui pensent que la priorité est à faire rendre gorge aux indépendantistes/autonomistes. Mystifiés par les discours révolutionnaristes des programmes de Tripoli et d’Alger, puis par la place qu’aurait eue l’Algérie dans le “front mondial anti-impérialiste”, rien ne semble pouvoir dessiller leurs yeux. Pas même l’avortement de la confrontation historique à l’islamisme pour lui faire accoucher un accommodement du système par une plus grande intégration des intégristes. Rien ne semble pouvoir sortir nos amis de leur état d’hypnose ! Ni les courbettes devant les Saoudiens et autres Emiratis. Ni, l’effacement devant le rôle de gendarme régional revêtu de plus belle par la France. Non, rien de tout cela n’ébranle le discours sur les “patriotes au sein des institutions” ! La fascination semble trop forte.

En l’état où était l’Algérie au sortir de la guerre, n’importe quel pouvoir, même le plus droitier possible, aurait consenti des efforts en matière d’éducation, de santé, d’aménagement du territoire et de développement des infrastructures. J’en veux pour preuve “le plan de Constantine” mis sur la table par l’entité coloniale elle-même. Il faut donc arrêter de tout justifier par des “réalisations” dont il faut voire aujourd’hui les limites. Des mesures sociales qui se sont faites en couverture de l’autoritarisme, du despotisme et du patrimonialisme de la caste dirigeante.

Si les questions institutionnelles n’avaient pas été sacrifiées sur l’autel d’une pseudo-démocratie révolutionnaire, l’Algérie n’en serait pas là où elle est maintenant : au bord de l’implosion. Les questions centrales de la construction d’une société nouvelle devaient être menées de front. Elles ne l’ont pas été. Elles sont-donc là qui attendent des réponses. Comment sortir de cet État patrimonial pour aller vers une construction étatique qui s’articule avec la complexité de notre société ? Comment aller vers un État démocratique qui intègre les dynamiques locales, régionales, et en tire sa force ? Comment assoir un régime républicain qui garantisse notre liberté à tous, citoyens égaux en devoirs et en droits ?

Voilà pourquoi que, depuis 2001, mes échanges politiques durent avec mes amis autonomistes/indépendantistes ; depuis la première déclaration du MKL. Je partage avec eux cette démarcation radicale d’avec la Régence, cette quête d’une réponse pérenne à la crise de l’État algérien. Etat Makhzénien, autoritaire, despotique, antidémocratique, antinational. Un État néopatrimonial qui condamne l’Algérie.

Mohand BAKIR