En mars 2010, un contrat a été signé officiellement entre l’Etablissement de Gestion de Services Aéroportuaires (EGSA) d’Oran et le bureau d’études français “Egisavia”, filiale du groupe EGIS, une grande entreprise d’ingénierie française.  Lancée en mai 2010, l’étude de ce bureau d’études français avait permis de préparer l’avis d’appel d’offres relatif au projet de modernisation et d’extension de l’aéroport international d’Es-Sénia qui devait être lancé en 2012. Mais ce marché a été attribué, en novembre 2012, à l’entreprise publique Cosider Construction en mode gré à gré pour 20,99 milliards de dinars, à savoir près de 200 millions de dollars, avec un délai contractuel de 64 mois (5 ans et 4 mois). Un coût nettement plus élevé que les premières estimations du bureau d’études français évalué à quelques 135 millions d’euros.

Et Cosider n’a jamais respecté les délais entraînant ainsi un retard indéterminé concernant la livraison de ce nouvel aéroport dont Oran, la deuxième ville du pays, a cruellement besoin pour organiser les jeux méditerranéens en 2021. Ce retard pourrait causer un énorme préjudice financier à l’Etat algérien car le coût de ce futur aéroport ne cesse d’être réévalué au grès de ces dysfonctionnements dont nous avons encore du mal à déterminer avec précision la facture de leurs dégâts financiers. Certaines sources proches de l’EGSA d’Oran nous parlent d’un budget global qui a d’ores et déjà dépassé les 300 millions d’euros ! Et l’addition finale risque de flirter avec les 400 millions d’euros d’ici la réception définitive de ce nouvel aéroport. Cher, trop cher !

Mais à quoi sont dues toutes ces irrégularités ? Selon nos investigations, les pratiques suspectes du bureau d’études français “EGISAVIA” ont aggravé cette anarchie qui règne en ce moment au sein du chantier du nouvel aéroport d’Oran. En effet, Algérie Part a obtenu des documents exclusifs qui retracent tous les tenants et aboutissants du marché remporté par ce bureau d’études français auprès de l’EGSA d’Oran.

 

Le marché d’études de réalisation et de suivi des travaux du nouvel aéroport d’Oran a été remporté par EGISAVIA pour la somme de 2,4 millions d’euros. Mais nous avons constaté que ce coût augmente significativement en raison de la signature de plusieurs avenants qui soulèvent des interrogations légitimes sur leur bien-fondé. En tout, EGISAVIA a bénéficié de 4 avenants et le 5 approuvé par l’EGSA d’Oran pour un montant de 1,3 million d’euros a été bloqué par Abderrahmane Boulahlib, le président de la commission sectorielle au ministère des Transports. Cet avenant controversé a été jugé non-conforme à la réglementation algérienne. La direction générale de l’EGSA d’Oran avait tenté, en effet, d’attribuer le marché de l’ORAT (Operational Readiness and Airport Transfer) aux experts du bureau français EGISAVIA. L’ORAT consiste à planifier et définir tous les éléments nécessaires à la mise en service d’un aéroport : audit des infrastructures, définition du planning organisationnel jusqu’à la date d’ouverture, formation et organisation des équipes, gestion des interfaces avec les compagnies aériennes et services publics, etc.

L’EGSA d’Oran a voulu attribuer ce marché sans passer par le lancement d’un appel d’offres. Un comportement plus que suspect qui démontre le traitement de faveur dont bénéficie EGISAVIA à Oran. Pis encore, ce bureau d’études français avait bénéficié étrangement d’un avenant numéro 4 dont le montant dépasse les 20 % du montant global du marché initial contracté préalablement auprès de l’EGSA d’Oran. Ainsi, les français d’EGISAVIA ont touché grâce à cet avenant pas moins de 2 millions d’euros en violation des dispositions du code des marchés publics en Algérie.

En contrepartie de tous ces avantages, EGISAVIA était censé accomplir de manière exemplaire son travail sur le terrain. Malheureusement, force est de constater que ce bureau d’études français brille par son inefficacité et absence sur le chantier du nouvel aéroport d’Oran. Plusieurs sources au sein de COSIDER ont assuré à Algérie Part que les ingénieurs d’EGISAVIA bâclent leur travail et ne contrôlent pas suffisamment la conformité et qualité des travaux exécutés par les dizaines de sous-traitants de Cosider au niveau des 31 lots du chantier de la nouvelle aérogare d’Oran. Sur certaines missions de contrôle, ils ne sont que deux ou trois ingénieurs alors que le bureau EGISAVIA s’est engagé à mobiliser 5 voire 6 experts contrôleurs. En vérité, pour les besoins de tout cet immense chantier, EGISAVIA a mobilisé uniquement un seul architecte français et un chef de mission.

Pour la majorité des prestations, EGISAVIA a sous-traité ses services dans des conditions suspectes au profit d’un bureau d’études algérien appelé CAGEP. Et ce dernier est parti sous-traiter des prestations en les attribuant à d’autres bureaux d’études nationaux. Selon nos investigations, il y au moins 10 bureaux impliqués dans le projet de ce futur aéroport géré dans une totale opacité.

Et pourtant, c’est EGISAVIA qui s’est engagé à réaliser une étude de faisabilité assortie à un projet de plan de composition générale de la zone terminale des installations pour le développement de l’aéroport à long terme. Ce plans devait être complété par une approche architecturale sur la conception des différents bâtiments, le suivi du chantier et la supervision. Des actions de formation des personnels opérationnels de l’EGSA au bon fonctionnement des nouvelles installations font également partie de la mission d’EGIS.

Plusieurs de ces engagements ne sont pas respectés sur le terrain causant ainsi un important préjudice à la poursuite des travaux du nouvel aéroport d’Oran. Jusqu’au moment où nous mettons en ligne notre investigation, plusieurs sous-traitants de COSIDER attendent l’achèvement des études des bureaux sous-traitants d’EGISAVIA pour commencer les travaux et livrer leurs ouvrages dans les délais impartis. De nombreux retards sont déplorés. Et les incompréhensions ne cessent de se creuser entre les différents acteurs du chantier.

Des pratiques anormales persistent jusqu’à aujourd’hui à l’image du pouvoir influent dont dispose le directeur général du bureau d’études CAGEP, Yacine Bezza. Ce dernier est également le chef de mission adjoint chez EGISAVIA. Comment un sous-traitant peut-il occuper un poste à hautes responsabilités au sein du bureau d’études principal d’un projet structurant comme l’aéroport d’Oran ? Bizarrement, le directeur du bureau CAGEP est un ami de longue date d’Abdelkader Kessal, le patron de l’EGSA Oran. Ce dernier est soupçonné d’avoir exercé de fortes pressions sur les partenaires français pour sélectionner ce bureau privé qui a des antécédents inquiétants notamment au niveau  de l’ANESRIF, a-t-on appris auprès de plusieurs sources concordantes.

Soulignons enfin que les services de sécurité ont ouvert une enquête concernant les dossiers d’EGISAVIA, CAGEP et leurs relations troublantes avec Abdelkader Kessal, a-t-on découvert au cours de nos investigations. Les enquêteurs des services de sécurité ont procédé à une perquisition au début de cette semaine au niveau des locaux de l’EGSA Oran. Algérie Part reviendra prochainement sur ce dossier avec de nouvelles révélations.