Un débat a été lancé par le média Algérie Part entre un économiste et l’’Office National de la Statistique (ONS) suite à la publication d’une contribution concernant le calcul du taux de chômage en Algérie.  Un débat qui me semble biaisé car chacun défendant une grille de lecture différente qui laisse les observateurs perplexes. Cette modeste contribution se veut un éclairage objectif sur un sujet très sensible.
Le constat est qu’en ce XXIème siècle il est conseillé d’éviter d’asseoir une politique se fondant sur l’ère matérielle des années 1970, pouvant conduire le pays droit au mur sans vision stratégique s’adaptant au nouveau monde. Les organismes chargés de l’investissement et l’emploi agréent un maximum de projets avec de nombreux avantages financiers et fiscaux. Or, il convient de se demander si ces projets s’insèrent dans une vision globale du développement du pays, s’ils concernent des segments porteurs de croissance durable ou ne s’assimilent-ils pas à un replâtrage par la redistribution de la rente pour calmer le font social ?
Il existe un lien dialectique entre développement et sécurité car sans un développement durable il y a nécessairement accroissement de l’insécurité qui a un coût croissant. La devise est ni la sinistrose de l’économiste ni l’autosatisfaction de l’ONS mais un large débat productif, un langage de la vérité, les données statistiques s’interprétant différemment selon le canevas d’analyse même dans les pays développés qui ont un système d’information indépendant performant.
La population algérienne est passée de 12 millions en 1965, de 34 591 000 le 1er juillet 2008, à 37,5 millions d’habitants en 2010 et de 39,5 millions d’habitants au 1 er janvier 2015, à 40,4 millions d’habitants au 1er janvier 2016, de 41,3 millions au 01 janvier 2017 à 42,2 au 01 janvier 2018. L’augmentation du volume de la population résidente totale s’explique par un accroissement relativement important du volume des naissances vivantes. La population active  (ou force de travail) est l’ensemble des personnes en âge de travailler et disponible sur le marché du travail.
Cette population était estimée à  9,493 millions d’habitants en 2005, 10,862 millions en 2010,  11,423 millions en 2012, 11,964 millions en 2013,  11,932 millions en 2015, 12,117 millions en septembre  2016, 12,298 millions en avril 2017,  avec un solde positif de 160.000 personnes, soit une hausse de 1,3% et les femmes représentaient 20,6%. En avril 2018, le nombre de la population active a atteint les 12,426 millions de personnes.  La population en chômage, les chômeurs étant  toutes les personnes âgées de 16 à 59 ans, sans travail et qui ont déclaré être disponibles pour travailler et ont entrepris des démarches sur la période considérée en vue de trouver un emploi, est de 15,3% en 2005, 10 % en 2011, 11% en 2012, 9,8% en 2012/2013, 10,6% en 2014 et 11,2% en 2015.
En avril 2017,  la population occupée (personnes ayant un emploi),  était estimée à 10,769 millions de personnes  contre 10,845 millions de personnes en septembre 2016, enregistrant un solde négatif de 76.000 personnes par rapport à septembre 2016 où  six (6) chômeurs sur dix (10) en moyenne sont des chômeurs de longue durée, c’est-à-dire que 62,2% cherchent un poste d’emploi depuis une année ou plus. La population en chômage a ainsi atteint les 1,508 million de personnes, soit un taux de chômage de 12,3% au niveau national, en hausse de 1,8 point par rapport à septembre 2016 avec  un taux de chômage des jeunes de 16-24 ans de 29,7% et que la répartition des chômeurs selon le diplôme obtenu, il est constaté que 787.000 chômeurs n’ont aucun diplôme, soit plus de la moitié de l’ensemble de la population en chômage (52,2%). Ainsi, le taux de chômage sans qualification est passé de 7,7% en septembre 2016 à 10,1% en avril 2017, alors que celui des diplômés de la formation professionnelle est passé de 13% à 14,8% entre les deux périodes de comparaison.
En revanche, le taux de chômage des diplômés universitaires a légèrement reculé passant de 17,7% en septembre 2016 à 17,6% en avril 2017, en baisse de 0,1 point. Toujours selon l’ONS,  la baisse du volume de l’emploi entre septembre 2016 et avril 2017 a touché le secteur du BTP avec un solde négatif de 91.000 personnes, ainsi que le commerce, les services et l’administration publique (un solde négatif de 84.000). En revanche, un solde positif a été enregistré pour le secteur de l’agriculture (63.000) et l’industrie (36.000) comparativement à septembre 2016. Pour avril 2018, toujours selon l’ONS, le  taux de chômage en Algérie a atteint 11,1%  contre 11,7% en septembre 2017, soit une baisse de 0,6 point entre les deux périodes donnant un  nombre de la population en chômage de 1,378 million de personnes contre 1,440 million de personnes en septembre 2017 et 1,508 million de personnes en avril 2017.
Le taux de chômage a atteint les 9% auprès des hommes et 19,5% chez les femmes, tandis que des disparités significatives sont observées selon l’âge, le niveau d’instruction et le diplôme obtenu. Le taux de chômage des jeunes de la tranche d’âge 16-24 ans a ainsi atteint 26,4% contre 28,3% en septembre 2017, soit un recul de 1,9 point.  Par ailleurs, la répartition des chômeurs selon le diplôme obtenu fait ressortir que 680.000 chômeurs n’ont aucun diplôme, soit près de la moitié de l’ensemble de la population en chômage (49,4%).
Sur l’ensemble de la population en chômage, les diplômés de la formation professionnelle en constituent 25,7%, alors que les diplômés de l’enseignement supérieur en forment 24,9%. En moyenne, six (6) chômeurs sur dix (10) sont des chômeurs de longue durée, soit 59,2% cherchant un poste d’emploi depuis une année ou plus. En outre, l’ONS relève une augmentation du volume de l’emploi salarié notamment le salariat non permanent par rapport à septembre 2017, avec un solde positif de 231.000, ainsi qu’une augmentation moins importante du volume des salariés permanents par rapport à septembre 2017 (hausse de 51.000), alors que le volume de l’auto-emploi (les employeurs et les indépendants) a baissé de 74.000 personnes.
Toutes les  enquêtes de l’ONS  confirment la tertiarisation de l’économie, sa corrélation avec celle de l’emploi. Mais ce sont les  petits commerce et services représentant 83% de la superficie économique à très faibles productivité que l’on ne peut comparer avec celle des pays développés où la tertiarisation de l’économie à travers les services des technologies de l’information et de la communication  crée des opportunités de croissance économique et génère des emplois productifs  et la corrélation avec celle de l’emploi.
En effet,  la  structure de l’emploi selon le secteur d’activité,  fait ressortir que les services marchands et non marchands absorbent 61,6% de la main d’œuvre totale, suivi par le BTP (16,8%), l’industrie (13%) et l’agriculture (8,7%) et d’une manière plus précise, concernant l’administration.  Selon la direction générale de la Fonction publique, le nombre de fonctionnaires a dépassé les deux millions dont environ 75/80% de permanents  et 20/25%  d’agents contractuels. Par grands secteurs, ce sont  l’intérieur et les collectivités locales, la santé  et l’éducation nationale qui absorbent plus de 70% des effectifs, l’enseignement supérieur absorbe, quant à lui, moins de 9% des effectifs.
Il faut reconnaître que la problématique du chômage et de l’emploi en Algérie est très complexe en Algérie. Le secteur industriel représente moins de 6% du produit intérieur brut(PIB) et sur ces 6% les  PMI/PME qui constituent plus de 95% du tissu productif algérien sont en difficultés : bureaucratie, système financier  sclérosé, système socio-éducatif non adapté ,  foncier. Sans oublier la concurrence de la sphère informelle qui produit de la bureaucratie et emploie plus de 30% de la population active selon les enquêtes officielles, des chiffres qui ne traduisent pas réellement la réalité du terrain.
Il convient de se demander si les jeunes promoteurs agréés par l’ANDI, l’ANSEJ et d’autres organismes chargés de la promotion de l’emploi, ont la qualification et surtout l’expérience nécessaire pour manager les projets à l’instar de ce qui se passe partout dans le monde, diriger une entreprise dans un cadre concurrentiel afin d’avoir des prix /coûts compétitifs. Le risque n’est-il pas d’assister à un gaspillage des ressources financières en relation avec la rente des hydrocarbures et à terme au recours au Trésor à l’instar de l’assainissement des entreprises publiques ?
Comme on le constate actuellement pour la SNVI et le complexe sidérurgique  d’El Hadjar, ils sont devenus de  véritables gouffres financiers. L’actuelle politique industrielle, sans cohérence,   se fonde  sur l’ère matérielle des années 1970 ( fer-ciment) croyant que c’est la  solution miracle oubliant que le monde s’oriente vers de nouvelles technologies économisant le  fer et le ciment, segments contrôlés au niveau mondial actuellement par cinq  firmes internationales, étant impossible d’exporter surtout en Afrique sans un partenariat étranger fiable. La trajectoire raisonnable, en attendant une véritable relance des segments hors hydrocarbures, n’aurait-elle pas été l’investissement dans l’acquisition du savoir-faire par une formation additionnelle et des stages pour les préparer sérieusement à l’insertion dans la vie active durablement ?
Comment ne pas rappeler que selon les données officielles pour ce qui est de la répartition des projets par secteurs, l’ANDI et l’ANSEJ  qui publient souvent les intentions de projets, c’est le secteur des transports qui a attiré le plus d’investissements  suivi de prés par le secteur du bâtiment, des travaux  publics, suivi de loin avec moins 15/20% des projets soutenus par  le  secteur de l’industrie.
Les résultats des organismes chargés de l’emploi (ANDI l’ANSEJ, le CNAC-) en référence aux projets réalisés sont mitigés malgré les nombreux avantages accordés au vu de l’évolution de la valeur des importations et des exportations hors hydrocarbures, 97/98% des devises proviennent de Sonatrach. Comme selon certaines sources, plus de 50% des projets réalisés sont abandonnés après avoir bénéficié des avantages accordés et les nombreux litiges auprès des banques de non-remboursement l’attestent. Or, avant de lancer dans une opération coûteuse à terme pour le pays  et sans analyser sa rentabilité en dynamique au vu des nouvelles mutations technologiques et managériales mondiales, un bilan serein implique de répondre à certaines  questions et ce d’une manière précise et quantifiée pour déterminer enfin l’impact réel de ces projets réalisés sur l’économie algérienne.
Il existe enfin une loi économique universelle : le taux d’emploi dépend du taux de croissance des secteurs productifs  et des structures des taux de productivité.  Selon le PNUD,  deux secteurs contribuent indirectement à moyen et long terme à la croissance l’éducation et la santé de qualité. L’on ne créé pas des emplois par décrets ou volontarisme étatique, la solution de facilité étant la création d’emplois dans l’administration ou des emplois fictifs.  Le taux de chômage officiel en Algérie  est fortement biaisé incluant les sureffectifs tant des administrations que des entreprises publiques, des emplois temporaires fictifs et qui ne créé pas valeur ajoutée sans oublier les emplois dans la sphère informelle.  Paradoxalement, du fait de l’allocation sectorielle d’investissement via la dépense publique, fortement biaisée privilégiant les emplois à très faibles qualifications comme le BTPH (70% de la dépense publique), les diplômés algériens ont plus de chance d’être chômeurs. C’est ce qui explique le faible taux de croissance  et de productivité.
Il faudra créer entre 300 000/400 000 postes de travail par an entre 2018-2020, qui s’ajoutent au taux actuel du chômage, sous-estimé du fait de la pression démographique, de l’entrée sur le marché du travail de la population féminine sous-estimée dans les statistiques, afin de résoudre le lancinant problème du chômage.  Que deviendront les  2 millions d’étudiants sortis des universités entre 2018-2020 ? Telle est la question…
Par le professeur et expert international Abderrahmane MEBTOUL.