Des centaines de voyageurs qui font la queue devant les scanners et attendent impatiemment de monter à bord de l’avion pour rallier leurs destinations de vacances. C’est une scène ordinaire que nous observons dans tous les aéroports algériens. Des scanners qui tombent régulièrement en panne et des incidents techniques qui finissent par causer des retards incommensurables aux vols des différentes compagnies aériennes notamment le pavillon national Air Algérie. 

Des scanners de mauvaise qualité enregistrant de nombreux incidents techniques et provoquant ainsi une grande anarchie dans les rangs des voyageurs et services de sécurité, c’est une vérité amère que personne ne veut reconnaître dans les aéroports algériens. Et pourtant, il s’agit d’un véritable scandale de mauvaise gestion.

En effet, la plupart de ces scanners controversés ont été vendus aux aéroports algériens par le distributeur SARL HTDS. Il s’agit d’une entreprise française installée en Algérie depuis 2001 et derrière laquelle nous retrouvons l’homme d’affaires français d’origine libano-syrienne Louaya Moudarres. Depuis 2008, cette société française distributeur de la marque américaine RAPISCAN, équipe les aéroports et ports algériens en scanners de sûreté. HTDS détient aujourd’hui jusqu’à 80 % de parts du marché de fourniture des scanners aéroportuaires et portuaires, un marché estimé à plus de 50 millions d’euros par an.

Rien qu’à l’aéroport d’Alger, nous avons compté plus de 90 scanners commercialisés et fournis par HTDS. A l’aéroport d’Oran, il y au moins 11 scanners qui ont été installés par HTDS. Au port d’Alger, deux scanners à containers ont été fournis par HTDS en 2016. A Béjaïa, le port s’est équipée auprès de HTDS de deux scanners à containers. Partout en Algérie, les scanners vendus par HTDS dominent outrageusement nos infrastructures de transport.

Une domination qui soulève de nombreuses interrogations. Et pour cause, la qualité de ces scanners vendus aux ports et aéroports algériens est médiocre en raison des pannes successives qui bloquent régulièrement les voyageurs algériens. Issus d’un montage réalisé en Malaisie, ces scanners souffrent de plusieurs déficiences techniques, a-t-on appris au cours de nos investigations. Les cartes d’interface et les cartes de puissance des scanners commercialisés par HTDS tombent souvent en panne. Des condensateurs qui explosent et câbles de connexion qui se déchirent, les problèmes sont légion et les pannes interviennent chaque semaine occasionnant ainsi des frais d’entretien évalués à plusieurs milliers d’euros pour chaque appareil. Il faut savoir que les fabricants mondiaux estiment le coût de la maintenance d’un scanner entre 8 et 10 % du montant du prix initial du scanner.

En revanche, HTDS facture en Algérie le coût de maintenance entre 15 et 20 % du prix initial du scanner. Il faut savoir à ce propos que le scanner coûte en moyenne entre 400 et 800 millions de centimes. Quant aux pièces de rechange, un composant qui coûte 3000 euros peut être facturé par HTDS jusqu’à 9000 euros.

HTDS n’est qu’un revendeur de scanners. Il n’est nullement un fabricant. Et pourtant, il rafle les marchés les plus importants en Algérie à l’image des scanners tomographiques vendus en 2016 à l’aéroport d’Alger pour la modique somme de 6,5 millions d’euros. L’aéroport d’Alger a préféré conclure ce marché avec le revendeur HTDS alors que son concurrent direct, un fabricant de renommée mondiale, avait fait une proposition de 6,3 millions d’euros.

Pourquoi octroyer un aussi important marché à un revendeur au lieu de collaborer directement avec un fabricant de scanners disposant de toutes les références internationales et pouvant intervenir rapidement pour parer à la moindre panne ? Cette question revient sur toutes les lèvres des connaisseurs et des techniciens spécialisés dans ce secteur. En attendant les réponses, les voyageurs algériens paient les conséquences de cette troublante gestion de marchés très onéreux concernant des équipements de sécurité très délicats.