La culture doit vivre et faire vivre. Bien sûr, les mécanismes sont à inventer et cela ne peut se faire qu’à tâtons. Il y aura certainement de petites ratés, des situations critiquables, mais l’essentiel reste de chercher les conditions d’autonomisation d’évènements culturels de l’importance de ce festival. Les critiques exprimées me semblent à mettre sur le registre de l’inexpérience d’une société qui jusque-là subit toutes les chapes mutilantes de la morale, de l’autoritarisme, de l’ignorance et des bigoteries.

Dans cette quête, l’expérience singulière de Rachid Oulebsir est à relever. Une démarche intelligente qui articule l’activisme culturel à une rationalité économique qui préserve l’initiative de la précarité et des pressions. C’est à étudier, imiter et à reproduire. C’est une réponse à un état de fait dramatique où par son financement la régence profile notre culture et la domestique. Il faut bien se rendre compte que pour échapper à ce “formage”, il est incontournable de consentir à des financements populaires qui incluent des aspects commerciaux sommes toutes absolument normal.

Toujours est-il qu’il y a d’autres (ré)apprentissages à espérer. Notamment celui de voir ces rencontres culturelles respirer la liberté et se charger des préoccupations de la société. En effet, comment expliquer qu’au moment où de graves atteintes aux libertés sont enregistrées, une rencontre de l’ampleur de Raconte Art se soit déroulée sans qu’aucune protestation n’en ait émané ? Comment une telle chose peut-elle se concevoir et de surcroit dans le village de Kamal Amza ? La faute serait à rejeter sur le village qui compte pourtant des militants de notoriété qui ont même été dirigeants de partis ou députés ? Ce serait plutôt la volonté des organisateurs du festival qui auraient le souci de préserver une initiative “subversive” par son existence même ? Mais alors, comment auraient-ils fait pour insuffler cet “instinct de conservation” à tous ces artistes censés être “la conscience” rebelle de notre société ?

Aucune pétition n’a circulé pour demander la libération de Touati ou la cessation des poursuites contre Yezza ! Aucune fresque pour figer ce cri qui pourtant, c’est évident, habite tous les cœurs. Aucun moment solennel pour dénoncer l’arbitraire et peser pour faire lâcher prise à la main des geôliers.

Vous direz que cette critique est tardive et qu’elle aurait dû être formulée avant la clôture de l’édition qui s’est déroulée sous les auspices des condamnations et des arrestations. Absolument ! Vous auriez raison ! Cela fut fait dans les formes qui semblaient pouvoir aboutir; mais il faut en avouer l’échec.

Sollicités, des amis militants ont tenté une approche auprès du comité de village, ils ont vite compris que “la partie serait impossible”. Des militants connus ont fait le parcours des ruelles du village avec cette désagréable sensation d’être chaperonnés. Il semble que sur place, l’idée était nettement que l’évènement est “culturel”. C’est du moins l’impression que les journalistes et militants sollicités ont rétorqué ! Une sorte de consensus général de ne rien bousculer. Il y a eu cette idée, peut-être “déplacée”, de solliciter Mme Bouhired. Elle parut gravement écorcher les oreilles du confrère auquel elle a été faite ! Finalement le problème est celui d’un état d’esprit général qui malheureusement aseptise l’espace et neutralise la créativité.

Au lendemain des évènements d’octobre 1988 le RAIS (rassemblement algérien des artistes, intellectuelles et scientifiques) avait largement contribué à la dénonciation de la torture, des arrestations et des atteintes aux libertés. D’autres expériences intellectuelles étaient dans cet esprit où la culture est la subversion par excellence. Mais, les décennies passées sous la double hégémonie militaro-bureaucratique et islamiste nous ont fait reculer au point où le folklore est déjà une transgression. C’est bon de le savoir, au moins le chemin à parcourir est-il clairement défini.

Par Mohand BAKIR

Notes : Données financières provisoires (Source Med Salem Sadali)

Accueil des groupes mis en place depuis environ 3 mois.

Bilan du festival : 150.000 visiteurs pour 8900 droits d’accès perçus.

Contribution des visiteurs 890.000 DzD

Location d’une scène professionnelle    5 x 150.000 Total 750.000 DzD

Prise en charge des exposants et invités 300 DA x 7000 repas Total 2 100 000 DzD

Rémunération des (02) deux cuisiniers 7×40.000 =Total 280 000 DDzD

Confections des dépliants et plans           100 000 DzD

Location de réfrigérateurs, chaises, etc. 100 000 DzD

Total des dépenses 3 330 000 DzD