Kamel Chikhi, le principal suspect dans l’affaire de la cocaïne du Port d’Oran, est un milliardaire immensément riche. Mais c’est un oligarque qui est resté longtemps méconnu auprès de l’opinion publique algérienne contrairement aux autres grosses fortunes du pays. La raison est tout simple : la fortune de Kamel Chikhi provient essentiellement des marchés très discrets remportés pendant des années auprès du ministère de la Défense Nationale. Algérie Part a mené ses investigations. 

Kamel Chikhi devient officiellement “Kamel le Boucher” depuis qu’il s’est imposé comme le fournisseur attitré d’une bonne partie de toutes les viandes consommées par les soldats de l’armée nationale et populaire (ANP) dans les casernes du pays. En effet, pendant ces 10 dernières années, de 2007 jusqu’à 2017, les sociétés de Kamel de Chikhi spécialisées dans l’importation et la livraison des viandes et produits de boucherie ont obtenu des marchés dont les montant global est estimé à 250 millions de dollars, a-t-on appris au cours de nos investigations.

Ces marchés conclus avec le ministère de la Défense Nationale ont permis à Kamel Chikhi alias le Boucher de devenir le leader incontesté du marché de l’importation des viandes dans toute l’Algérie. Cependant, “Kamel le Boucher” aurait pu s’appeler aussi “Kamel le samsar” car son business avec le ministère de la Défense s’est étendu petit à petit à l’immobilier et le BTP.

Effectivement, nous retrouvons plusieurs entreprises du milliardaire controversé dans les marchés de l’immobilier et du BTP du haut commandement militaire de l’ANP. A titre d’exemple, entre 2007 et 2010, le ministère de la Défense Nationale est passé par Kamel Chikhi à plusieurs reprises pour acquérir pas moins de 1500 logements résidentiels. Le milliardaire, qui détient le container dans lequel a été retrouvé les fameux 701 KG de cocaïne du Port d’Oran, a pris également en 2013 des marchés importants dans l’acquisition et réalisation de 2000 logements.

Mais c’est à Alger et ses environs que le milliardaire sulfureux a remporté ses marchés les plus juteux dans l’immobilier et le BTP avec les militaires. Depuis 2016, le ministère de la Défense Nationale a débloqué plus de 5 milliards de Da pour financer la construction de logements et résidences au profit du personnel et officiers de l’ANP.

Au 1er Mai, Belouizdad, Ben-Aknoun et Zéralda, Kamel Chkikhi s’est invité dans plusieurs marchés. Selon nos investigations, rien pour que des logements de haut standing et les villas résidentielles du MDN bâties à Zéralda, Kamel Chikhi a empoché plus de 300 milliards de centimes.

Mais le ministère de la Défense Nationale ne cherche pas que des logements et résidences, il dispose également de tout un programme de construction d’infrastructures stratégiques. A Alger, c’est la direction des infrastructures et planification du centre (DIPC), dirigée par le colonel Rabah Maghzili, qui chapeaute tous ces projets. Selon nos investigations, cet officier haut gradé a été sévèrement blâmé en raison des marchés obtenus par des entreprises de Kamel Chikhi avec la DIPC. A titre d’exemple, à Zéralda des chantiers de l’ANP ont mobilisé une enveloppe de 1,2 milliard de Da. Des chantiers confiés à l’entreprise publique BATIMETAL. Comme par hasard, une entreprise de Kamel Chikhi a été “adoptée” comme le principal sous-traitant. Un sous-traitant qui a réalisé les très juteux travaux de terrassement d’une importante assiette foncière.

Il demeure difficile de déterminer le montant de tous les marchés obtenus par Kamel Chikhi dans l’immobilier et le BTP avec le ministère de la Défense Nationale. Certaines sources avancent une chiffre de 100 millions de dollars sur 10 ans pour résumer toutes les transactions immobilières et travaux de construction menés par des entreprises appartenant à Kamel Chikhi. Un chiffre qui peut refléter la réalité, a-t-on constaté au cours de nos investigations.

Nous avons constaté enfin au cours de notre enquête que la réussite et la fortune de Kamel Chikhi est immensément liée à un homme : le général-major Boudouaour Boudjemaâ, responsable de la direction des finances du ministère de la Défense Nationale, un haut gradé relevé récemment dans le sillage de l’éclatement du scandale de la cocaïne du Port d’Oran.

Le Général-Major Boudouaour Boudjemaâ est l’homme qui a dirigé pendant presque 14 ans la commission sectorielle des marchés au ministère de la Défense. Tous les marchés colossaux ou ordinaires du ministère de la Défense Nationale sont passés par ce général-major qui entretenait une relation très proche avec Kamel Chikhi, certifient plusieurs sources concordantes. Soupçonné d’avoir favorisé et privilégié les entreprises de Kamel Chikhi, le Général-Major Boudouaour Boudjemaâ est aujourd’hui cité comme le principal acteur de toutes les affaires scabreuses de Kamel Chikhi.

Ce dernier connaissait d’autres officiers hauts gradés comme le général Zerrouk Dahmani, directeur des œuvres sociales au ministère de la Défense Nationale. Ce dernier aurait sauvé sa tête car à son respect de la réglementation militaire. En effet, tous les marchés conclus avec Kamel Chikhi par le général Dahmani  ont été soumis au préalable à l’approbation de la commission des marchés dirigée par le Général-Major Boudouaour Boudjemaâ.

Le général Dahmani s’est donc offert une protection à chacune de ses transactions avec Kamel Chikhi. Un autre homme était au courant de tous ces marchés douteux avec le principal suspect de l’affaire de la cocaïne du Port d’Oran. Il s’agit du général-major Abdelhamid Bouhidel, le directeur central des infrastructures militaires, ce qu’on appelle communément le “génie militaire”. Cet officier de 79 ans supervisait tous les projets de construction d’infrastructures de l’ANP. Il ne pouvait donc ignorer la participation des entreprises de Kamel Chikhi.

C’est dire enfin que la montée en puissance du milliardaire Kamel le Boucher s’explique par un très complexe jeu de pouvoir et de “réseautage”. Seule une enquête approfondie de la justice militaire pourrait élucider le mystère “Kamel le Boucher”.