L’Etablissement de Gestion de Services Aéroportuaires d’Oran (EGSA) est au coeur d’un scandale qui a été étouffé par les autorités publiques, a appris Algérie Part au cours de ses investigations. Nous avons obtenu des documents exclusifs qui dévoilent des pratiques de surfacturation lors de l’attribution de plusieurs marchés de fournitures d’équipements à des opérateurs privés. 

L’homme par qui le scandale arrive s’appelle Kessal Abdelkader. Il est le directeur général de l’EGSA d’Oran. En tant que premier responsable de l’aéroport d’Oran, ce dernier a géré de manière très suspecte et opaque l’attribution d’un marché évalué à 14 milliards de centimes. Il s’agit d’un marché de fourniture de caméras de surveillance pour installer un système de vidéosurveillance au niveau de l’aéroport de la deuxième ville du pays.

Selon nos investigations, ce marché a été morcelé en plusieurs parties et son attribution a commencé à partir de juin 2016 jusqu’à cette année 2018. Plusieurs entreprises privées ont décroché des lots de ce marché afin de fournir des équipements et des caméras de surveillance à l’EGSA d’Oran. Au total, pas moins de 46 bons de commandes ont été établis et adressés à des opérateurs privés. Or, nous avons découvert grâce à nos investigations qu’un seul businessman se retrouve derrière trois entreprises ayant obtenu ces marchés juteux.

Cet homme s’appelle Azzedine Nebbou. Nous retrouvons ce businessman derrière l’entreprise ZEG Electronique qui a décroché une partie de ce marché de la vidéosurveillance. Comme par hasard, Azzedine Nebbou est également actionnaire dans une autre société bénéficiaire de ce marché, il s’agit de l’entreprise 3 TEL. Et il est soupçonné d’utiliser une autre société avec un prête-nom. Il s’agit de la Sarl Montasir qui a vendu aussi plusieurs équipements à l’EGSA d’Oran.

 

Un seul businessman derrière plusieurs entreprises bénéficiaires d’un seul et unique marché divisé en plusieurs parties. La technique est judicieuse et voile un tant soit peu ce favoritisme criant dont se rend coupable Kessal Abdelkader, directeur de l’EGSA d’Oran. Mais ce dernier ne s’arrête pas-là. Nos investigations ont dévoilé d’autres magouilles encore plus dangereuses et préjudiciables à cet organisme public. Il s’agit de la surfacturation pratiquée sans aucune honte pour l’attribution de ces marchés.

Ainsi, comme le démontrent les factures et documents obtenus par nos soins, des caméras qui coûtent 9000 DA ont été facturées à 45000 Da. Et les caméras dont les prix sur le marché sont fixés à 75000 Da ont été facturées à l’EGSA d’Oran à 450000 Da, à savoir 45 millions de centimes ! Des prix nettement gonflés et massivement trafiqués pour détourner des deniers publics. Mais à qui profite le crime ?

L’Inspection générale des Finances (IGF) a dépêché des inspecteurs et enquêteurs à Oran pour plancher sur ces pratiques de surfacturation. De nombreuses anomalies ont été dressées par la mission de l’IGF mobilisée à l’aéroport d’Oran depuis la mi-mars jusqu’à la fin du mois de juin dernier.  La brigade économique et financière de la police judiciaire de la sûreté de wilaya d’Oran a également ouvert une enquête. Malheureusement, des pressions auraient été exercées pour étouffer ce scandale.

Et pourtant, les irrégularités sont légion dans ce dossier. Plusieurs dispositions du code des marchés publics n’ont pas été respectées et des marchés de fourniture des caméras de surveillance ont été octroyés de gré à gré sans aucune justification et sans recourir au moindre appel d’offres.

D’autre part, Abdelkader Kessal  a installé les caméras de surveillance sans respecter le décret présidentiel numéro 15-228- du 22 Août 2015  qui l’oblige à demander une autorisation au préalable auprès des services de sécurité de la wilaya d’ORAN. Le principal bénéficiaire de ces marchés, Azzedine Nebbou  exerçait sans agrément de la part du ministère de l’intérieur conformément au décret présidentiel pour produit sensible numéro   410/09 du 13 décembre 2009. Il n’a réussi à obtenir cet agrément qu’au début du mois de janvier 2018. Même les caméras vendues à l’aéroport d’Oran ne disposent d’aucun certificat original délivré par le fabricant. Rien ne prouve donc que ces caméras ne proviennent pas de la contrebande ou du marché informel.

Face à toutes ces pratiques immorales et illégales, le patron de l’EGSA d’Oran devrait rendre des comptes et fournir des explications. Le ministère des Transports reste étrangement silencieux alors qu’il s’agit d’abord et avant-tout des deniers publics. Algérie Part poursuit ses investigations et reviendra bientôt avec de nouvelles révélations sur la gestion chaotique de l’aéroport d’Oran.