Le moudjahid et premier commandant du Corps de la Gendarmerie nationale de l’Algérie indépendante, Ahmed Bencherif, s’est éteint samedi soir dans un hôpital parisien à l’âge de 91 ans. 

Plus connu sous nom du Colonel Ahmed Bencherif, cet ancien officier de l’Armée de Libération nationale (ALN) est né le 25 avril 1927 à Ain Maabed (18 km au nord de Djelfa). Militaire de carrière dans l’armée française, il est promu sous-lieutenant en 1955, après la guerre d’Indochine où il découvre les réalités du monde colonial. Le 30 juillet 1957, il déserte le 1er régiment de tirailleurs algériens pour rejoindre l’ALN (Armée de Libération Nationale), avec une partie de sa compagnie dans la région de Sour-El-Ghozlane (ex-Aumale).

Après avoir combattu en Wilaya IV historique (Algérois), il se rend à la frontière algéro-tunisienne où, pendant deux ans, il se consacre à la formation de djounouds. Membre du CNRA (Conseil National de la Révolution Algérienne) en janvier 1960, il est nommé à la tête de la Wilaya IV en juillet de la même année. S’il réussit à franchir la ligne Morice (barrage électrifiée le long de la frontière entre la Tunisie et l’Algérie) et à rejoindre le PC de la Wilaya IV, il est rapidement capturé le 28 octobre 1960. Une décision de Paris l’arrache à la justice militaire et l’expédie en France où il sera jugé, condamné à mort et emprisonné jusqu’à la fin de la guerre. Gracié, il est libéré en avril 1962 et part à Genève où il achève son récit-témoignage ‘’L’Aurore des mechtas’’ puis rejoint l’Etat-Major général de Houari Boumedienne qui le rétablit dans ses fonctions de chef de la Wilaya algéroise.

En septembre 1962, l’Exécutif Provisoire le place à la tête du Commandement de la Gendarmerie Nationale. Il sera maintenu à ce poste pendant quinze ans sans interruption jusqu’au 21 avril 1977, date à laquelle il est nommé Ministre de l’Environnement, de la Bonification des Terres et de l’Hydraulique. Membre du Comité central du FLN en avril 1964, le colonel Benchérif participe au coup d’Etat du 19 juin 1965 et est Membre du Conseil de la Révolution (comprenant 26) de 1965 à 1978. Membre du bureau politique du FLN en février 1979, il est écarté le 29 juin 1980, exclu du Comité Central le 20 juin 1981, puis réintégré en 1989.

Il tente sans succès de se présenter en candidat indépendant aux élections présidentielles de novembre 1995, n’arrivant pas à recueillir les 75 000 signatures au niveau de 25 Wilayas. Il prit sa retraite politique et vit entre Djelfa et Alger.

Le défunt commandant de la Gendarmerie Nationale comptait de nombreux détracteurs qui l’accusaient d’avoir joué un rôle controversé dans plusieurs épisodes funestes de l’histoire de la guerre d’Indépendance. Ainsi, on lui reproche d’avoir détenu dans les sous-sols de son QG  les ossements du colonel Amirouche, chef de la wilaya III historique et du Colonel Si EL HAOUES , Chef de la Wilaya VI. Nouredine Aït Hamouda a accusé publiquement  Ahmed Bencherif  d’avoir participé à la mort du colonel Amirouche.

En 2009, Ahmed Bencherif déclenche une vive polémique en s’attaquant à la figure du colonel Mohamed Chaabani (condamné et exécuté à l’indépendance) d’avoir orchestré un génocide contre 750 messalistes dans la région de Djelfa. Bencherif avait raconté dans les médias que Chaabani a donné des espoirs (assurances) après le cessez-le feu à 750 messalistes pour qu’ils rendent leurs armes avant de les exécuter.

Abderrahmane, frère du feu Colonel Chaâbani, lui répond magistralement à travers une lettre incendiaire où il l’accuse d’être un comploteur dans les rangs de l’Armée de Libration Nationale (ALN). Pis encore, il l’avait réduit au rang “des éléments infiltrés connus pour leur appartenance à la France coloniale”.

La vie d’Ahmed Bencherif sera riche en polémiques et controverses jusqu’à sa fin. En 2014, à la veille de l’élection présidentielle qui a connu le couronnement d’Abdelaziz Bouteflika pour un 4e mandat successif, le chef historique de la Gendarmerie Nationale a défrayé la chronique en s’en prenant violemment à Saïd Bouteflika l’accusant  d’être à la tête d’une «mafia politicofinancière ». “On assiste à une atteinte à la sûreté interne de l’Etat provoquée par la mafia politico-financière dirigée par Saïd Bouteflika et ses sbires qui ont squatté le pouvoir depuis la maladie de mon ami Bouteflika”, avait dit Ahmed Bencherif en mars 2014 pour soutenir la candidature d’Ali Benflis.

Depuis cette sortie médiatique, Ahmed Bencherif a disparu de la scène politique. Il ne donnera plus de ses nouvelles jusqu’à ce qu’il pousse samedi soir son dernier soupire à.. Paris.