L’Algérie doit œuvrer pour démentir les sombres prévisions internationales qui   prévoient un scénario inquiétant pour l’Algérie à l’horizon 2020/2023 et afin d’éviter le scénario dramatique de 1986, comme je l’ai suggéré devant le premier ministre et les membres du gouvernement le 04 novembre 2014, qui alors vivaient de l’illusion de la rente éternelle. Il y a urgence d’un gouvernement de crise.

La pleine réussite des réformes, processus complexe éminemment politique, implique de dépasser les positons partisanes étroites et de poser le rôle de l’Etat régulateur stratégique et son articulation avec le marché ce qui renvoie au mode de gouvernance tant local que national interconnectés aux turbulences de l’économie mondiale, l’Algérie étant un mono- exportateur d’hydrocarbures.  L’Algérie doit s’adapter aux enjeux de la mondialisation, l’espace euro-méditerranéen et africain étant son espace naturel, surtout que la crise mondiale actuelle préfigure d’un bouleversement géostratégique et économique important.

Cette adaptation est inséparable d’un Etat de droit et de la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle, de l’économie de marché concurrentielle humanisée, loin de tout monopole, du respect du droit de l’homme, de la promotion de la condition féminine.

Il est admis tant par les observateurs internationaux que nationaux sérieux que le développement de l’Algérie est possible sous réserve d’une bonne gouvernance et d’une réorientation de l’actuelle politique socio-économique axée essentiellement sur les infrastructures alors que la dynamique du développement repose sur des institutions centrales et locales crédibles, débureaucratisées, l’entreprise et son fondement l’économie de la connaissance. Car que constate t- on actuellement : les Ministres,  les walis ou hauts responsables reçoivent avec éclat sur le perron  certains promoteurs privés nationaux vivant du transfert de la rente,  alors qu’un grand chercheur ou professeur d’université de renom dans les pays développés est beaucoup plus important.

Lorsqu’un Ministre algérien ou un wali ou d’importants responsables civils ou militaires  recevront  avec considération  de grands chercheurs des sciences exactes aux sciences humaines algériens  et lui déplieront  le tapis rouge, nous aurons assisté à un changement culturel de la mentalité rentière et  cela suscitera l’espoir pour l’Algérie de demain.

Ignorer cette situation afin de garder son poste de ministre par des bilans déconnectés des réalités c’est faire preuve d’antinationalisme, d’un “après moi le déluge”. Le temps en économie ne se rattrape jamais.  Nous devons éviter l’activisme et des discours contradictoires entre plusieurs membres du gouvernement et mobiliser toutes les algériennes et algériens sans exclusive. La visibilité et la cohérence au sein d’une planification stratégique face tant aux nouvelles mutations locales et mondiales devient un impératif un gouvernement, qui doit être avant tout moral, sortie de crise afin de démentir les scénarios catastrophes.

Contrairement à certaines discours déconnectés des réalités locales et internationales, la situation est grave et une réaction à la mesure de la gravité de la situation est urgente L’immobilisme et l’activisme ministériel sans impacts donneraient alors raison à ceux qui espèrent la désintégration de l’Algérie, ce qu’aucun patriote algérien ne souhaite.

 Il y a urgence de grands départements au niveau de la Présidence de la République traçant les axes stratégiques, ainsi que le regroupement de ministères avec des secrétariats d’Etat techniques, deux ministères devant impulser les réformes et un grand ministère de l’éducation nationale sans oublier un grand ministère de l’économie.

Afin de rapprocher l’Etat du citoyen, il s’agit de s’orienter vers une nouvelle organisation locale autour de pôles régionaux autour de quatre ou cinq grandes wilayas avec des wilayas délégués, ces dernières doivent être dirigées par un manager et non un administrateur.

Une centralisation à outrance, favorise un mode opératoire de gestion autoritaire des affaires publiques, une gouvernance par décrets, c’est-à-dire une gouvernance qui s’impose par la force et l’autorité loin des besoins réels des populations et produit le blocage de la société.  L’aménagement du territoire devra répondre aux besoins des populations en quelque lieu qu’elles se trouvent et assurer la mise en valeur de chaque portion de l’espace où elles sont installées. Je pense que la structure la plus appropriée pour le dynamisme tant du développement national que local, ce sont les Chambres de Commerce Régionales qui regrouperaient l’Etat, les entreprises publiques/privées, les banques, les centres de formation professionnelle, et les universités/centres de recherche.

Sans verser dans la sinistrose, l’on ne devra pas oublier la réalité amère avec à la fois un cours du pétrole relativement bas et l’arrivée des terroristes de Syrie et d’Irak à nos frontières, sans oublier les tensions à nos frontières avec le Mali, Niger, Tunisie et  Libye. L’heure est au réalisme afin d‘éviter l’expérience malheureuse vénézuélienne, la plus grande réserve pétrolière mondiale, un pays à fortes potentialités que j’ai eu l’honneur de visiter, mais un pays en faillite.

D’où l’importance comme je l’ai suggéré devant le premier ministre et les membres du gouvernement le 04 novembre 2014, dont certains alors vivaient de l’illusion de la rente éternelle, à la fois d’un renouveau culturel et d’un gouvernement de crise, composé de femmes et d’hommes compétents, ayant une grande moralité pour mobiliser la population, car les années charnières seront entre 2018/2020.

J’invite le pouvoir algérien et l’opposition d’oublier leurs différends afin de démentir les sombres scénarios, qu’il y a lieu de ne pas prendre à la légère, pour ne pas aller droit au FMI horizon 2021/2022. En cette nouvelle année 2018, je souhaite à notre chère patrie la sécurité et le développement et face aux tensions budgétaires à venir un sacrifice partagé. Gloire à nos valeureux martyrs qui ont montré une moralité sans faille, faisant passer les intérêts supérieurs de l’Algérie sur les intérêts partisans étroits, et qui nous ont permis de vivre dans une Algérie libre.

Gloire à notre armée et forces de sécurité pour l’important travail réalisé en ces moments de tensions stratégiques à nos frontières. Il y a un lien dialectique entre sécurité et développement, un non développement accroissant l’insécurité et les tensions sociales qui ont un coût.  Je suis convaincu que l’Algérie a toutes les potentialités pour surpasser la crise multidimensionnelle à laquelle elle est confrontée. Cela doit passer par de nouveaux modes de régulation politiques, économiques et sociales, fondés sur un Etat de Droit d’autant que notre monde connait une crise morale qui implique une profonde mutation des   relations internationales pour un univers plus solidaire, fondée sur une meilleure gouvernance locale et mondiale. Pour relever les défis futurs, se projeter sur l’avenir, loin de tout populisme dévastateur, par un langage de vérité des gouvernants.

Par le Professeur des  universités et expert international : le Dcoteur Abderrahmane MEBTOUL