Malgré les restrictions imposées en apparence, des hommes d’affaires, importateurs et autres opérateurs économiques continuent de faire fuiter de colossales sommes de devises à l’étranger.

Les services des douanes ont ainsi énuméré pas moins de 60 millions d’Euros qui ont quitté
le pays en 2017 sans que cela ne soit traduit par des marchandises et des biens. L’information ne vient pas d’un opposant, mais de la part de Djamel Berika, directeur de la Communication des Douanes.

Selon ce responsable, qui s’est exprimé dans les colonnes du journal arabophone El-Khabar, la somme des devises fuitées à l’étranger a diminué. Elle était de 140 millions d’Euros en 2015, année où cette pratique a enregistré un record. Mais cette baisse est essentiellement due à la baisse globale de la facture d’importation à partir de
l’année écoulée. De 60 milliards d’Euros d’importations en 2015, on est descendu jusqu’à 46 milliards d’Euros l’an passé.

Cela signifie que la baisse est logique. Selon la même source, les « techniques » de fuite des devises n’ont pas beaucoup varié malgré les « mesures » annoncées par le
gouvernement. Il s’agit de la surfacturation et de fausses déclarations, sous-déclarations et surtout des containers parfois vides. Une situation qui suppose des complicités au niveau des douanes et d’autres services de l’Etat.

 

Le responsable des douanes n’est pas le seul à reconnaître des fuites de devises à l’étranger. Deux anciens ministres du Commerce, à savoir Bakhti Belaïb et Mohamed Benmeradi ont tous les deux reconnu ce phénomène. Bakhti Belaïb avait même chiffré cette pratique à un 1/3 de la facture des importations.

Soulignons enfin que ces chiffres avancés par les douanes algériennes ne reflètent pas réellement l’étendue de l’évasion vers l’étranger de nos capitaux en devises.  Fraude, évasion fiscale, sous-facturation, surfacturation, transfert illicite de devises, les douanes algériennes, comme toutes les autres institutions de l’Etat algérien, à détecter ces pratiques de plus en plus sophistiquées grâce aux finesses de la finance internationale.  Les estimations les plus sérieuses portent sur un montant variant entre 1,8 et 2 milliards de dollars de transferts illicites de fonds vers l’étranger annuellement, soit l’équivalent de 1% du Produit intérieur brut (PIB).

Un rapport international de référence concernant l’évasion fiscale et les opérations délictuelles de Global Financial Integrity (GFI), un organisme américain qui compte parmi les membres de son conseil de célèbres juges et avocats, comme la Française Eva Joly, avait révélé qu’entre 2000 et 2008, l’Algérie a exporté d’une manière illicite 13,6 milliards de dollars, soit 1,7 milliard de dollars par an selon le GFI.