L’enquête sur l’affaire Kamel Chikhi, dit « le boucher », le principal suspect dans le scandale de la cocaïne du Port d’Oran, avance à grands pas. Dans la discrétion la plus totale, les enquêteurs s’intéressent à divers personnages, dont certains sont très célèbres.

Des hommes politiques ayant occupé ou occupent des postes importants sont concernés par l’enquête. Mais aucun d’entre eux n’est encore convoqué par les magistrats. Ainsi ; soupçonné d’avoir des liens avec Kamel Chikhi, l’ancien ministre de l’Habitat et ex-Premier ministre, Abdelmadjid Tebboune, est toujours hors d’atteinte. Son fils, Khaled, accusé d’avoir facilité l’obtention, par Kamel Chikhi, d’autorisations lui permettant d’importer de la viande du Brésil, est en détention à la prison d’El-Harrach.

Le fils a-t-il agi seul ? Difficile de répondre à cette question. Une chose est, en revanche, sûre : Abdelmadjid Tebboune avait occupé, pendant quelques mois, le ministère du Commerce par intérim suite au décès de Bekhti Belaïb. Plus que cela, pendant que le milliardaire controversé Kamel Chikhi construisait à sa guise, à Alger, Tebboune était ministre de l’Habitat et de l’urbanisme. Ce sont ses services décentralisés, au niveau des communes et de la wilaya, qui attribuaient les certificats d’urbanisme. Ne savait-il pas ?

Le nom d’un ministre, encore en fonction, court également dans les milieux judiciaires. L’actuel ministre des relations avec le Parlement, Mahdjoub Bedda, est soupçonné d’avoir « aidé » Kamel « le boucher » lorsque Bedda était ministre de l’industrie. Selon nos investigations, lors de son interrogatoire, “Kamel le Boucher” a cité le nom de Madjoub Bedda comme étant l’un des hauts responsables avec lesquels il était en affaires.

Mais pour l’instant, présomption d’innocence oblige, l’homme n’est convoqué par aucun magistrat. Rien ne semble donc l’impliquer directement.

Des noms de généraux, dont certains sont en poste, sont également cités dans les milieux judiciaires. Mais aucun n’est entendu pour le moment. S’agit-il d’impunité ou du retard dû à la lenteur de l’instruction ?

Si la justice est « souveraine » dans ses actions, l’opinion publique est en droit de penser qu’une quantité aussi importante de cocaïne ne peut entrer en Algérie sans de grandes complicités. Puis, Kamel Chikhi n’aurait jamais pu construire autant d’immeubles, souvent au mépris des lois, sans de longs bras qui le protégeaient. Saurons-nous un jour la vérité ?