Les chiffres contenus dans le plan d’action de l’actuel gouvernement font état d’une dépense publique  entre 2000 et 2004,  l’équivalent de 70 milliards de dollars,  entre 2005 et 2009  de   193,8 milliards de dollars, de  2009 /2014, de  202,41 milliards de dollars  et  de 2015 à 2017 de  64,3 milliards de dollars. Au total,  les programmes de développent ont nécessité durant la période allant de 2001 à 2017, une enveloppe de  531,8 milliards de dollars dont une grande partie en devises et  le budget de fonctionnement et de gestion pour la même période a nécessité une dépense de l’ordre de 649,9 milliards de dollars, soit au total 1187,7 milliards de dollars.

 

L’Algérie reste confrontée à des défis importants, posés de la baisse des prix du pétrole il y a quatre ans. En dépit d’un ajustement budgétaire important en 2017, les déficits budgétaire et du compte courant extérieur demeurent élevés. La loi de finances 2018 prévoit des dépenses budgétaires en très forte hausse par rapport à l’année 2017.

Ces dépenses devraient s’élever  à plus de 8600 milliards de dinars, (près de 75 milliards de dollars)  ce qui provoquera également une forte hausse du déficit budgétaire programmé à 2100 milliards de dinars (environ 18 milliards de dollars).  Donc la dépense publique qui tire la croissance  dépendra de l’évolution du cours du pétrole et du gaz.

Cependant, nous mettons en garde le gouvernement  contre l’utilisation excessive sans objectifs précis  de la planche à billets qui aura un impact inflationniste et accélérera  les sortie de devises indirectement via les importations enfermant ainsi dans un cercle vicieux pénalisant les couches les plus défavorisées et donc des tensions sociales à venir.

Contrairement à certains discours populistes ce mode de financement a un effet inflationniste d’autant plus que l’Algérie souffre de rigidités structurelles contrairement aux pays développés ou existent une flexibilité des facteurs de production.

Ainsi, malgré toutes les mesures souvent bureaucratiques sans vision stratégique, entre 2009/2017, certaines restrictions des importations qui ont paralysé certains secteurs et favorisé le processus inflationniste, le résultat est très mitigé. Cette embellie récente de l’envolée du cours,  si elle se maintenant limiterait le recours au financement non conventionnel prévu de 17/18 milliards de dollars uniquement pour 2018.  En effet, la loi de finances établie à 50 dollars le baril, pour un cours moyen de 70 dollars durant toute l’année  occasionnerai un gain d’environ 12 milliards de dollars  par rapport à ce plafond. D’où l’importance pour l’Algérie de comprendre l’évolution des mutations énergétiques mondiales déterminantes  pour son économie, avec un quota OPEP de 1,2 millions de barils jour.

33% des recettes de l’Algérie proviennent du gaz naturel dont  le cours  pour juin 2018 a été de 2,90 dollars le MBTU   ( en nette  baisse  ) est déconnecté vis-à-vis du pétrole, surtout avec le développement accéléré au niveau mondial du marché spot. D’une manière générale que représente le secteur privé algérien  face au chiffre d’affaires de Sonatrach qui contribue directement et indirectement via la dépense publique/via les hydrocarbures à plus de 80% du produit intérieur brut ?

Par ailleurs, le secteur public et privé dépend  à plus de 75% avec des équipements et des matières premières importées donc dépendant de la ressource hydrocarbures. Un exemple patent pour le montage des voitures uniquement pour 2017, la vitesse de croisière n’ayant  pas été atteinte l’on s’oriente vers près de 2 milliard de dollars d’importation, le montant pouvant doubler voire tripler durant les années à venir : qu’en sera t –il du taux d’intégration et des perspectives d’exportation? Quant au secteur public marchand hors hydrocarbures,  ce n’est pas uniquement une question de financement  puisque le secteur public a été assaini à plus de 70 milliards de dollars entre  1971/2017 et plus de 75% des entreprises sont revenues à la case de départ en dépit de toute cette gigantesque manne financière injectée dans les caisses.

Ce secteur a besoin d’un savoir-faire managérial et technologique et on revient à l’économie de la connaissance (le savoir) sans laquelle aucun développement n’est possible en ce XXIème siècle. Enfin le   secteur informel représente plus de 50% du produit intérieur brut hors hydrocarbures  à ne pas confondre avec la masse monétaire en circulation.

Concernant justement la sphère informelle, des données contradictoires sont annoncées alors qu’existent trois méthodes d’évaluation :  par rapport au PIB,  par rapport à la masse monétaire en circulation et par rapport à l’emploi occupé donnant des taux différentsIl suffit pour réponde à voire question d’analyser à la fois la balance commerciale  et la   balance des paiements.

La  valeur  des exportations a été de 45,0 milliards de dollars  en 2005, de 54,6 en 2006, 60,1 en 2007, 79,3 en 2008, 45,2 en 2008 (avec la crise mondiale), 57,0 en 2010  et 73,5 milliards de dollars en 2011. -2012   71,8   milliards de dollars dont 69,8(Hydrocarbures- H-),– 2013 : 64,8 milliards de dollars dont 63,8 (H),-2014 : 60,1 milliards de dollars dont 58, (H),-2015 : 34,5 milliards de dollars dont 33,1(H) ;-2016 : 29,3 milliards de dollars dont 27,9 (H),-2017   34,5 milliards USD  dont 33 (H) .Les dernières données des trois premiers mois de 2018  montrent que  les hydrocarbures ont représenté l’essentiel des ventes algériennes à l’étranger (93,6% du montant global des exportations) en s’établissant à 10,03 mds usd contre 8,388 mds usd de janvier à mars 2017, soit une hausse de 1,64 mds usd (+19,6%).

 La valeur des importations  a été de 20,0 milliards de dollars en 2005, 21,4 en 2006, 27,6 en 2007, 36,5 en 2008, 39,3 en 2009, 40,5 en 2010 et 47,2 milliards de dollars en 2011. Selon les différents rapports officiels  entre 2012 à fin mars 2018, relatant l’évolution de la balance commerciale,  les importations   ont  évolué ainsi :  2012-51,5 milliards de dollars -2013-54,9 milliards de dollars-2014-59,6 milliards de dollars -2015-52,6 milliards de dollars -2016-49,7 milliards de dollars -2017-48,7 milliards de dollars.

Pour le premier  trimestre 2018 : les importations ont légèrement reculé à 11,2 mds usd au premier trimestre 2018 contre 11,92 mds usd à la même période de l’année écoulée, soit une baisse de 714 millions de dollars (seulement de -6%) ce qui nous donnerait  en tendance annuelle fin  2018 environ 45 milliards de dollars. Cependant, les donnés statistiques précédentes doivent être interprétées avec précaution. Le seul document de référence n’étant pas  la balance commerciale, mais la balance de paiement, aux sorties de devises d’environ 45 milliards de dollars de biens  fin 2018, il faudrait ajouter les sorties de devises des services plus les transferts légaux de capitaux  qui ont fluctué annuellement entre 9/11 milliards de dollars  entre 2010/2017 avec un solde net entre 4/6 milliards de dollars/an.

Rappelons  que le  poste des « Services hors revenus des facteurs » se compose notamment des prestations techniques assurées par les étrangers en Algérie et par l’Algérie à l’étranger (études…), le transport assuré par les transporteurs étrangers pour les marchandises importées par l’Algérie (armateurs…) et les assurances à l’international. Le poste « Revenus des facteurs » comprend, entre autres, les bénéfices rapatriés vers l’extérieur par les entreprises étrangères activant en Algérie, les bénéfices réalisés par les sociétés algériennes à l’étranger.

Ainsi durant le premier semestre 2018, le  poste « Services hors revenus des facteurs », le déficit s’est chiffré à 2,03 milliards de dollars à fin mars 2018 contre un déficit de 2,4 milliards de dollars à fin mars 2017, ce qui donnerait en tendance une sortie de devises fin 2018 de plus de 8 milliards de dollars mais tenant compte  du  « Revenus des facteurs » qui représente environ 4,2 milliards de dollars.

Le déficit de la balance des paiements  au 1er trimestre 2018 avec une diminution de plus de deux milliards de dollars  de 4,36 milliards de dollars à la fin mars 2018 contre un déficit de 6,38 milliards de dollars à la fin mars 2017. Au total, le déficit du Compte Courant de la balance des paiements s’est alors réduit à 4,58 milliards de dollars à fin mars 2018 contre 6,4 milliards de dollars à la même période de 2017.

 Cela  nous donnerait, en tendance,  un montant de sorties de devises fluctuant entre 55/60 milliards de dollars pour 2018.  C’est pourquoi, la Banque Mondiale prévoit une aggravation du déficit du budget en 2018 en raison du maintien du niveau de dépenses publiques à un niveau élevé non compensé par une hausse des recettes. Le déficit budgétaire devrait atteindre  11,4 % du PIB. Les perspectives sont encore plus mauvaises pour les réserves de change dont le montant (17 mois d’importations à la fin de 2017) pourrait ne plus représenter que cinq mois d’importation d’ici fin 2020, soit un niveau proche de 30 milliards de dollars.

Même analyse du côté du FMI qui n’entrevoit pas d’amélioration sensible du déficit des paiements courants de l’Algérie qui continuera de s’élever à 9,3% du PIB en 2018 puis 9,7% en 2019. Ces ratios  s’expliquent essentiellement par les exportations de la Sonatrach qui a réalisé  un chiffre d’affaires de 16 milliards de dollars sur les 5 premiers mois de 2018 contre 14 milliards de dollars durant la même période de 2017, ce qui donnerait en tendance un chiffre d’affaire d’environ 38 milliards de dollars et en soustrayant les charges d’environ 25% un profit  net  de 28,5 milliards de dollars.

Par le Professeur des  universités et expert international : le Docteur Abderrahmane MEBTOUL.