La dévaluation rampante du dinar algérien est un énorme problème économique pour notre pays. 

La  cotation officielle du dinar/1970/ mai 2018  est la suivante : 1970 : 4,94 dinars un dollar 1980 : 5,03 dinars un dollar 1995 : 47,68 dinars un dollar 2001…69,20 dinars un euro 77,26 dinars un dollar -2002…75,35 dinars un euro -69,20 dinars un dollar 2003…87,46 dinars un euro 77,36 dinars un dollar -2004…89,64 dinars un euro 72,06 dinars un dollar-2005…91,32 dinars un euro 73,36 dinars un dollar-2006…91,24 dinars un euro 72,64 dinars un  dollar 2007…95,00 dinars un euro- 69,36 dinars un dollar -2008…94,85 dinars un euro 64,58 dinars un dollar-2009..101,29 dinars un euro 72,64 dinars un dollar-2010..103,49 dinars un euro 74,31 dinars un dollar-2011..102,21 dinars un euro 72,85 dinars un dollar-2012,102,16 dinars un euro 77,55 dinars un dollar-2013..105,43 dinars un euro 79,38 dinars un dollar-2014, 106,70 dinars un euro 80,06 dinars un dollar- 2015, 108,60 dinars un euro 99,50 dinars un dollar. En été  2018, nous avons  116,02 dinars un dollar et 137,05 dinars un euro.

Ce  dérapage du dinar officiel voile l’importance du déficit budgétaire, donc l’efficacité de la dépense publique. On peut établir un coefficient de corrélation entre la cotation du dinar, le niveau des réserves de change provenant des hydrocarbures et l’évolution des recettes des hydrocarbures pour un taux d’environ 70%, 30% étant dues aux phénomènes spéculatifs et aux sections hors hydrocarbures bien que limitées.

Avec une diminution des réserves de change inférieur à 20 milliards de dollars, pouvant tendre vers zéro à l’horizon 2020/2022 au rythme de la dépense publique actuelle, la cotation du dinar s’établirait entre 200/250 dinars pour un euro au cours officiel et plus de 300 dinars un euro sur le marché parallèle, les réserves ayant substantiellement baissé entre 2012/2017 :-2012 :190,6 milliards de dollars, -2013 :194,0 milliard de dollars, -2014 :178,9 milliards de dollars, -2015 :144,1 milliards de dollars, -2016 : 114,1 milliards de dollars, -2017 : 97,3 milliards. Pour 2018/2020/2022, le niveau des réserves de change sera  fonction essentiellement du cours des hydrocarbures  et de la relance économique sections hors rente conditionnée par de profondes réformes structurelles afin d’éviter le scénario pessimiste du rapport récent de la banque mondiale (rapport de février 2018).

Le cours du pétrole Brent  a été  de 111 dollars le baril en 2012, 108 dollars en 2013, 100 dollars en 2014, 53 dollars en 2014, 45 dollars en 2015 ,  54 dollars en 2017 et qui a été coté le 19 mai 2018  à  78,67 dollars le Brent en raison de la faiblesse du dollar et surtout pour des raisons de tensions géostratégiques au Moyen-Orient.

– La troisième raison du processus inflationniste est la dominance de la sphère informelle produit des dysfonctionnements des appareils de l’Etat et  le manque de vision stratégique  qui bloquent  l’émergence d’entreprises productives.  Le taux sur le change du marché parallèle Port Saïd/Alger au mois de mai 2018, nous avons  un euro qui dépasse les 2010 dinars. la majeure partie des produits importés, excepté les produits subventionnés, s’alignent sur le cours du marché parallèle. Pour cette sphère il s‘agit  de différencier trois ratios qui donnent des montants différents expliquant les données contradictoires des hauts responsables algériens.

Sa part dans la masse monétaire en circulation  environ 40% données, 25/30% du produit intérieur brut ( PIB) et enfin par rapport à l’emploi environ 30% selon le Ministère du travail, et plus si l’on inclut le taux d’activité de la population féminine.

Or,  70-75% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées étant importés, la dévaluation du dinar  officiel et sur celui du marché parallèle accélérant le processus inflationniste tant des biens finaux  que  sur le coût des matières premières  et  des équipements Cette sphère informelle en Algérie contrôle 65/70% des segments de produits de première nécessité auxquels plus de 70% des ménages consacrent presque l’intégralité de leurs revenus (marché fruits et légumes, poisson, viande rouge et blanche, textile et cuir) et sans compter les factures de plus en plus élevées de l’eau et de l’électricité qui absorbent une fraction importante du revenu des ménages pauvres et moyens accroissant leur endettement.

Au niveau  de cette sphère, le contrôle de  la masse monétaire en circulation permet une importante intermédiation financière informelle mais avec des taux d’usure accroissant l’endettement des ménages qui s’adressent à cette sphère. L’importance de cette masse monétaire captée, favorise une concentration du revenu au niveau de cette sphère avec des tendances monopolistiques et souvent oligopolistiques (quelques offreurs pour une multitude de demandeurs) et alimente, la demande au niveau du marché parallèle de la devise et l’évasion fiscale.

Les transferts illégaux au moyen de surfacturation par le canal de vases communicants (rapatriements) permettent paradoxalement accroître l’offre et d’éviter un dérapage plus accentué du dinar sur le marché parallèle. Le constat en Algérie est l’absence d’une véritable concurrence avec notamment le gel du conseil national de la concurrence dépendant d’un simple ministre du commerce alors qu’il devrait être une institution indépendante.

Nous assistons à des tendances monopolistiques dans la sphère informelle faisant que les circuits entre le producteur et le consommateur (les grossistes informels) ont tendance à se rallonger, la marge commerciale pouvant représenter 2 à 3 fois le prix de production (surtout dans le domaine agricole), ce qui ne peut que décourager le producteur immédiat et l’orienter vers des activités spéculatives. Ainsi, la politique d’encadrement des prix s’avère d’une efficacité limitée, sinon il faudrait des milliers de contrôleurs  dans la mesure où le contrôle des prix repose sur le détaillant qui ne fait souvent que répercuter ces surcoûts de distribution.

Quelles perspectives  pour l’avenir ?

L’Algérie ne doit pas se berner d’illusion de ses réserves de change qu’elle peut épuiser au bout de 3/4 années ( sauf miracle extérieur échappant à la gouvernance interne,  un cours de 90/100 dollars le baril) si elle maintient le rythme de ses dépenses et l’actuelle orientation économique.

C’est que la  valeur  des exportations globales a été de 45,0 milliards de dollars  en 2005, de 54,6 en 2006, 60,1 en 2007, 79,3 en 2008, 45,2 en 2008 (avec la crise mondiale), 57,0 en 2010  et 73,5 milliards de dollars en 2011. Selon les différents rapports officiels  entre 2012 à fin mars 2018, relatant l’évolution de la balance commerciale,  les exportations  ont  évolué ainsi : -2012 71,8 milliards de dollars dont 69,8(Hydrocarbures- H-),- 2013 : 64,8 milliards de dollars dont 63,8 (H),–2014 : 60,1 milliards de dollars dont 58, (H),–2015 : 34,5 milliards de dollars dont 33,1(H) ;–2016 : 29,3 milliards de dollars dont 27,9 (H),–2017 34,5 milliards USD dont 33 (H).

Pour le premier trimestre 2018, les hydrocarbures ont représenté l’essentiel des ventes algériennes à l’étranger (93,6% du montant global des exportations) en s’établissant à 10,03 mds usd contre 8,388 mds usd de janvier à mars 2017, soit une hausse de 1,64 mds usd (+19,6%). La valeur des importations  a été de 20,0 milliards de dollars en 2005, 21,4 en 2006, 27,6 en 2007, 36,5 en 2008, 39,3 en 2009, 40,5 en 2010 et 47,2 milliards de dollars en 2011. Selon les différents rapports officiels  entre 2012 à fin mars 2018, relatant l’évolution de la balance commerciale, les importations   ont  évolué ainsi :  2012-51,5 milliards de dollars -2013-54,9 milliards de dollars-2014-59,6 milliards de dollars -2015-52,6 milliards de dollars -2016-49,7 milliards de dollars -2017-48,7 milliards de dollars. Pour le premier  trimestre 2018 : les importations,  ont légèrement reculé à 11,2 mds usd au premier trimestre 2018 contre 11,92 mds usd à la même période de l’année écoulée, soit une baisse de 714 millions de dollars (seulement de -6%) ce qui nous donnerait  en tendance annuelle fin  2018 environ 45 milliards de dollars.

Cependant les donnés statistiques précédentes doivent être interprétées avec précaution.  Le seul document de référence n’étant pas la balance commerciale, mais la balance de paiement, aux sorties de devises d’environ 45 milliards de dollars de biens  fin 2018, il faudrait ajouter les sorties de devises des services qui ont fluctué annuellement entre 10/11 milliards de dollars  entre 2010/2017 et les transferts légaux de capitaux. Ce qui nous donnerait un montant de sorties de devises fluctuant entre 55/60 milliards de dollars. Ainsi, malgré toutes les mesures souvent bureaucratiques sans vision stratégique, certaines restrictions des importations qui ont paralysé certains secteurs et favorisé le processus inflationniste, le résultat est très mitigé.  Il faut être réaliste : en ce mois de mai 2019, Sonatrach c’est l’Algérie et l’Algérie c’est Sonatrach, en n’oubliant pas  que les recettes de Sonatrach provient pour 33% du gaz dont le cours a fortement baissé sur le marché libre dont le cours le 19 mai 2018 a été de 2,83 le MBTU avec une baisse de près de 40% par rapport à 2013 les contrats de long terme expirant entre 2018/2019.

Cette embellie récente de l’envolée du cours,  si elle se maintenant limiterait le recours au financement non conventionnel prévu de 17/18 milliards de dollars uniquement pour 2018, qui contrairement à certains discours populiste a un effet inflationniste, l’Algérie souffrant de rigidités structurelles contrairement aux pays développés ou existent une flexibilité des facteurs de production.  La loi de finances 2018  qui a été façonnée selon un calcul de 50 dollars le baril, pour un cours moyen de 70 dollars durant toute l’année,  occasionnerai environ 12 milliards de dollars par rapport à ce plafond.

Par le professeur et expert international Abderrahmane MEBTOUL