Depuis l’indépendance, le système politique algérien n’a pas changé et ne changerait pas. Il a réussi jusque-là à survivre à tous les changements géopolitiques et à toutes les secousses populaires. Comme le virus HIV du Sida, chaque agression le renforce encore plus. Par conception, ce système n’a qu’un seul objectif: occuper le pouvoir sans partage et s’y maintenir à tout prix jusqu’à la fin des temps.

Néanmoins, après plus d’un demi-siècle d’exercice et d’aventurisme, ce système vient d’atteindre une limite indépassable à l’image des corps en mouvement, qui, comme le postule la théorie de la relativité, ne peuvent dépasser la vitesse de la lumière dans le vide.

La question qui me préoccupe aujourd’hui à la veille du 56ème anniversaire de l’indépendance, est la suivante: l’Algérie appartiendrait-elle encore aux Algériens?

1)- Des Bougnoules au Pouvoir pour brader l’Algérie Indépendante

À en juger par la dérive de la situation actuelle tant politique qu’économique et sociale; l’Algérie est en train d’échapper à ses citoyens. Elle se dirige irréversiblement vers un état chaotique à la libyenne où les citoyens vont tourbillonner dans toutes les directions dans un grand terrain, un no man’s land, dont le sol et le sous-sol ne leur appartiendraient plus.

Ceux qui ont emmené les Algériens à ce niveau de détresse, qui ont hypothéqué et bradé ce pays ; ce sont justement ces fourbes bougnoules que le colonialisme a toujours méprisé même quand ils revendiquaient pour lui l’Algérie Française. Eux, qui, l’ont servi avec zèle, qui ont toujours rêvé de lui ressembler et si possible de le remplacer pour écraser leurs frères indigènes. Eux qui sont heureux d’avoir intériorisé le complexe du colonisé tel que décrit par Ibn Khaldoun et formalisé plus tard par Frantz Fanon. Ceux-là même qui ont pris le train en fin de course pour s’infiltrer et revendiquer « l’indépendance ». Ceux-là même, qui, une fois le pouvoir usurpé, sans honte et plein d’arrogance, se sont mis à rouler les « r » dans des discours pseudo-révolutionnaires adressés aux fellahs dans les plus éloignés des douars en langue française.

Ceux-là «— ce sont les enfants des familles qui ont fait leur ascension dans le sillage de la colonisation qui ont été les principaux bénéficiaires de l’indépendance [1]». Mieux encore, ils ont appris a leur progéniture l’art de la fourberie administrative pour occuper des postes, presser le citron et prévoir un point de chute ailleurs au cas où.

2)- Par conception, ce système est voué a l’échec

La fin du siècle passée a été le théâtre  de grandes transformations géopolitiques. Le système soviétique malgré toute sa force idéologique et militaire apparue après la seconde guerre mondiale est tombé. Cependant, il a appris la leçon et s’est reconvertie en une Russie qui est actuellement une puissance militaro-politique internationale avec laquelle il faut compter.

Les pays de l’Est sortant de l’union soviétique, sauf exception, ont pu s’annexer à l’économie libérale en démocratisant assez bien leurs politiques. Pour les pays sud-américains, ils ont, dans leur majorité, réussi, plus ou moins difficilement, à démocratiser leurs systèmes politiques. Plusieurs pays africains tentent de se frayer le chemin vers une démocratisation de la vie politique avec aussi plus ou moins de difficultés. De même, partout a travers le monde, quelques expériences de pays musulmans curieusement non arabes ont réussi une mutation démocratique menant à une modernisation remarquable de leurs sociétés tout en accordant dans leurs systèmes politiques une place importante à la religion musulmane. On peut citer comme exemples la Malaisie, l’Indonésie, l’Iran, la Turquie.

Dans ce grand théâtre, à l’exception peut être de la Tunisie, les seuls pays réfractaires aux changements, aux libertés et à la démocratie sont et demeurent les pays arabes. Ils sont également réfractaires au progrès sauf dans sa version consommation et jouissance. Du type républicain ou monarchique, ses pouvoirs demeurent tristement arriérés comme provenant d’un autre âge et isolés sur une autre planète. D’ailleurs, depuis de nombreuses années, ils ne cessent de chavirer alternativement entre un régime militaire pseudo occidentalisé et un régime porté par des vagues d’islamismes rétrogrades. La lutte entre les deux offre un terrain idéal pour l’émergence de conflits tribaux, sectaires, régionaux, racistes, religieux, idéologistes, etc. En définitive, ils sont tous voués à l’échec, à la dégradation et à la désintégration car porteurs d’un germe autodestructeur.

3)- Plutôt Kleptocrates qu’Oligarques

Ces dernières années, plusieurs analystes ont commencé à définir le régime algérien comme un pouvoir oligarchique. Cette nomination a été faite à la hâte lorsque quelques prédateurs se sont regroupé en Forum des chefs d’entreprises (FCE). Or, cette dénomination est inappropriée. L’oligarchie peut être génératrice de richesses contrairement à celle de chez nous. Il s’agit donc plutôt d’un pouvoir kleptocrate qui exploite les ressources nationales et les détournent pour leur propre profit. Pis encore, leur rôle consiste en fait à transvaser les ressources naturelles du pays vers l’étranger, à les troquer contre des biens d’équipement et de consommation tout en prélevant leurs parts par la corruption et autres manœuvres. En fait, Ils agissent en représentants des intérêts étrangers et sont en train de brader le pays aux puissances étrangères.

4)- Les harragas et sauve qui peut

Beaucoup d’Algériens ont déjà compris que ce pays ne leur appartient pas et qu’il n’y fait pas bon d’y vivre ou d’y rester. Le nombre et la diversité des groupes fuyant le pays dans un sauve-qui-peut triste et inquiétant est en nette croissance. Les voies de départ sont indénombrables: les harragas, les boat-people, les demandeurs d’asiles, les candidats à l’émigration vers tous les pays, les détenteurs de visas mais ne revenant pas, les demandeurs de visas par milliers, les cerveaux en quête d’employeurs a l’étranger, etc.

Il ne faut pas oublier les enfants de nos kleptocrates et de leurs associés qui ont déjà réservés les meilleures résidences pour eux et leur progéniture là-bas en toute quiétude.

5)- Economie distribuée entre grandes puissances

L’économie algérienne improductive est basée sur l’exportation des hydrocarbures contre l’importation des biens et services. Les échanges commerciaux se partagent entre quatre grands groupes: (1)-la communauté européenne à sa tête la France, (2) les USA, (3) la Russie et (4) l’axe asiatique avec à sa tête la Chine.

L’union européenne et la France fournissent essentiellement les produits manufacturés. Les USA s’intéressent à nos réserves d’hydrocarbures et à l’agriculture extensive. La Russie est particulièrement concernée par l’armement. La Chine et les pays du golfe sont surtout impliqués dans les transactions du petit business, par des produits et procédés de transformation destinés à la petite et moyenne industrie.

Néanmoins, les dernières années, on a pu noter une offensive de la France pour faire valoir sa place économique et sauvegarder sa part. De plus, on note aussi une offensive américaine en cours pour s’accaparer les ressources en hydrocarbures riche particulièrement en gaz de schiste ainsi que des terres pour l’agriculture extensive.

6)  De fausses Solutions à de Graves Problèmes ?

Depuis le début de la chute des prix des hydrocarbures en 2014 impactant la balance commerciale et annonçant la crise économique; toutes les mesures et tentatives successivement prises par ce pouvoir pour résorber ou atténuer les effets de la crise n’ont pas seulement échoué mais se sont avérées contre-productives. Cela était prévisible et cela a été explicitement prédit par de quelques observateurs algériens.

Toutes les mesures ont sournoisement été promulguées par et en faveur des kleptocrates. C’était de fausses solutions pour une crise grave. On peut en citer: emprunt obligataire; les taxes imposées par les lois des finances; la limitation des produits d’importation; l’industrie de montage en kit des véhicules; le financement non conventionnel; l’exportation des produits agricoles rejetés pour non-conformité. Cela n’a conduit en définitive qu’à accentuer l’inflation, la dévaluation du dinar, de revigorer la marché noir et la corruption, etc.

Le financement non conventionnel, en particulier, en éditant l’équivalent de 30 Milliards de USD au lieu de 10 Milliards de USD pour une première tranche laisse penser qu’une bonne partie pourrait surtout permettre aux kleptocrates de s’approvisionner et d’absorber les devises du marché parallèle étant donné l’indisponibilité des devises à cause du déséquilibre de la balance commerciale et de la déperdition des réserves de changes (85 Milliards de USD).

Or, toute cette masse monétaire en dehors de banques ainsi que les biens immobiliers servent au blanchiment d’argent, à la fuite de devises par des réseaux qui peuvent être dangereux: drogues, armements, traite des humains, financement de groupes baltaguias, confessionnels, séparatistes, terroristes, etc.

La seule option séreuse est finalement en ce moment que les conseillers de nos kleptocrates sont ceux du BM/FMI d’une part et ceux des lobbys des pétrodollars américains, d’autre part.

Les premiers préconisent comme de coutume en 1990 la restructuration des entreprises et la levée des subventions comme préalable pour accorder des emprunts. Les seconds confectionnent pour la Sonatrach les lois et conventions de partenariat.  Ils recommandent de faciliter les accès au sol, au sous-sol et même à l’off-shore Algériens pour les compagnies américaines dans le but d’axer leurs investissements vers les fabuleuses réserves d’hydrocarbures et en particulier de gaz de schiste.

7)  Que faire pour Inverser le cours des événements?

Toute politique sérieuse aura pour préalable cette série non exhaustive de recommandations:

–> Constituer des groupes d’études et d’analyses en planification stratégique pour réorienter l’économie et guider les prises de décisions de façon scientifique.

–> Relancer une véritable économie basée sur des entreprises industrielles productives et innovantes, développer l’agricultures, les énergie renouvelables, l’industrie médicale, le tourisme, etc.

–>  Confier les institutions d’état à de vraies compétences mais soumises à l’obligation de résultats. Eliminer l’incompétence, l’irresponsabilité et l’escroquerie dans les centres de décision.

–> Réfuter tout programme de développement ou investissement qui soit basé en grande partie sur l’exploitation des hydrocarbures. Empêcher cette pression vers le gaz de schiste et avancer d’autres options plus intéressantes telles que les énergies renouvelables.

–> Lutter sans pitié contre la corruption et le marche noir. Imposer des taxes aux fortunes mais surtout taxer au volume les ouvrages immobiliers et les lots de terrains qui constituent le réservoir financier en substitution aux placement dans les banques.

–> Récupérer par tous les moyens, les biens  transférés illégalement à  l’étranger.

En Conclusion

Sur un plan purement formel, il existe actuellement un certain nombre de théories scientifiques dont les applications permettent l’analyse de la dynamique des sociétés en crises, ne serait-ce que sous un aspect qualitatif. Je citerais la théorie des catastrophes de René Thom, la théorie des systèmes cybernétiques de Norbert Wiener, ou bien la théorie de l’entropie d’Ylia Prigogine.

Sur un plan plus fonctionnel relevant de la gestion pratique, je suis également étonné de la non exploitation des outils scientifiques en usage dans les pays modernes tels que la recherche opérationnelle, les techniques d’optimisation, la simulation et l’analyse des scenarios. la théorie des jeux.

Par ailleurs, en méditant sur notre cas par une quelque approche que ce soit, j’en arrive à la même conclusion que, si le changement ne s’effectue pas rapidement, le risque est grand pour que l’Algérie n’appartienne effectivement plus aux algériens.

NB: ce texte est dédié à ceux qui se sont sacrifiés pour libérer l’Algérie et ceux qui leurs sont fidèles.

 

Par      Abdelouahab Zaatri, chercheur universitaire établi à Constantine