La criminalité transnationale organisée renvoie aux réseaux criminels organisés. Ces marchés illicites internationaux, anonymes, et plus complexes que jamais, génèrent chaque année des milliards de dollars. 

C’est que les enjeux futurs de ces différents trafics liés au trafic  transnational (d’armes , de drogues,  corruption de différents corps de l’Etat, blanchissement l’argent sale notamment à travers l’immobilier comme cela s’est passé en Italie, une expérience à méditer), déliquescence des Etats fragiles préfigurent d’importantes reconfigurations socio-économiques, technologiques mais également sécuritaires, objet de cette présente contribution.

 

– Les différents trafics et  extension de la  sphère informelle

Ces différents trafics ont un lien dialectique avec l’extension de la  sphère informelle produit des dysfonctionnements des appareils de l’Etat, fonctionnant au sein d’un Etat de non droit , qui brasse des milliards de dollars en liquides. La lutte efficace, loin des slogans politiques,  contre la sphère informelle implique avant tout l’efficacité des institutions et une moralisation de la pratique des structures de l’Etat eux mêmes au plus haut niveau.

Le concept de « secteur informel » apparaît pour définir toute la partie de l’économie qui n’est pas réglementée par des normes légales. Plusieurs approches peuvent être utilisées pour évaluer l’activité dans le secteur informel. Là ou les approches choisies dépendront des objectifs poursuivis, qui peuvent être très simples, comme obtenir des informations sur l’évolution du nombre et des caractéristiques des personnes impliquées dans le secteur informel, ou plus complexes, comme obtenir des informations détaillées sur les caractéristiques des entreprises impliquées, les principales activités exercées, le nombre de salariés, la génération de revenus ou les biens d’équipement.

Le choix de la méthode de mesure dépend des exigences en termes de données, de l’organisation du système statistique, des ressources financières et humaines disponibles et des besoins des utilisateurs, en particulier les décideurs politiques participant à la prise de décisions économiques.

– Le trafic de drogue 

En 2015, environ un quart de milliard de personnes consommaient des stupéfiants. Parmi eux, environ 29,5 millions de personnes – soit 0,6% de la population adulte mondiale – ont eu des problèmes de consommation et souffraient de troubles liés à la consommation de stupéfiants, y compris de dépendance. Les opioïdes étaient le type de stupéfiant le plus nocif et représentaient 70 pour cent de l’impact négatif sur la santé dû aux troubles liés à la consommation de drogues dans le monde entier, selon le rapport mondial sur les drogues, publié aujourd’hui par l’ONUDC..

Pour l’ONU la lutte contre les drogues illicites requiert une approche mondiale et multidimensionnelle et la   montée en puissance du trafic de drogue  a des implications planétaires, sécuritaires, politiques, sociales et économiques qui dépassent les Etats-Nations. Nous  pouvons identifier les acteurs avec des implications géostratégiques où   les narcotrafiquants créent de nouveaux marchés nationaux et régionaux pour acheminer leurs produits. Afin  de sécuriser le transit de leur marchandise, ces narcotrafiquants recourent à la protection que peuvent apporter, par leur parfaite connaissance du terrain, les groupes terroristes et les différentes dissidences, concourant ainsi à leur financement.

La production mondiale d’opium a augmenté en 2016 d’un tiers par rapport à  2015 en raison de l’amélioration des rendements en Afghanistan favorisés par de meilleures conditions météorologiques. À 6.380 tonnes au total, la production mondiale reste toutefois inférieure d’environ 20% au pic atteint en 2014. En moyenne pour 2016, et plus pour 2017,  7700 par seconde soit 243 milliards d’euros par an : si les trafiquants de drogues étaient un pays, leur PIB les classerait au 21è rang mondial, juste derrière la Suède. Malgré la répression, l’ONU estime que seuls 42% de la production mondiale de cocaïne sont saisis (23% de celle d’héroïne). En 2014, la vente de drogues aurait représenté entre un cinquième et un tiers des revenus des groupes criminels transnationaux.

Le Maroc étant un des premiers producteurs mondiaux de haschich. L’essentiel de la production marocaine est réalisé dans la région montagneuse et pauvre du Rif dont le principal acheteur est l’Europe, l’Espagne jouant le rôle de plaque tournante avec 57 % des saisies mondiales et 75 % des saisies effectuées en Europe. Mais, le trafic s’étend désormais au reste du Maghreb.

Selon certaines sources uniquement pour l’Afrique de l’Ouest, le trafic de cocaïne dans la sous-région rapporte chaque année plus d’un milliard  de dollars aux réseaux.- Le  trafic de drogues  continue d’être, pour les criminels, l’activité la plus lucrative, avec un chiffre d’affaires estimé à 320 milliards de dollars en 2016 alors qu’en  2009, l’ONUDC situait la valeur approximative des seuls marchés mondiaux de la cocaïne et des opiacés à 85 et 68 milliards de dollars, respectivement. Le trafic de drogue assure une marge de bénéfice très élevée : Un gramme de coca, qui coûte 1 $ à la production, est vendu de 200 à 300 dollars.

Le trafic d’armes a des liens dialectiques avec  le  trafic de drogues  souvent dans des zones instables de conflits. Le suivi des filières illicites d’approvisionnement en armes légères et en munitions, ainsi que la compréhension du mécanisme global qui régit ce marché « noir » sont des fondamentaux de la géopolitique moderne.

Le marché « noir » des armes et de leurs munitions, issu nécessairement du marché « blanc » puisque, rappelons-le, chaque arme est fabriquée dans une usine légale, est une thématique qui permet de comprendre les volontés de puissance des divers acteurs géopolitiques à travers le monde.  Selon certaines données internationales, en moyenne pour 2016 Les ventes d’armes dans le monde se montent à 10 400 euros par seconde, soit 409 milliards de dollars par an.

Le trafic d’armes s’intègre dans un contexte difficile. Tandis que le trafic de drogues est réprimé internationalement, le trafic d’armes est réglé par les Etats qui en font leurs bénéfices. La vente d’armes s’effectue régulièrement entre plusieurs partenaires privés et publics.  L’avantage que représente le trafic d’armes pour des terroristes est qu’ils peuvent à la fois s’en servir et faire du profit.  La meilleure prévention reste un contrôle des ventes, un encadrement contractuel des ventes, c’est-à-dire définir préalablement l’emploi des armes et la mise en place de conventions internationales sur les ventes d’armes à feu automatiques ou non.

La traite des êtres humains  est une activité criminelle internationale dans laquelle des hommes, des femmes et des enfants sont soumis à l’exploitation sexuelle ou à l’exploitation par le travail.  Bien que les chiffres varient. Nous avons le  trafic de migrants qui est une activité bien organisée dans laquelle des personnes sont déplacées dans le monde en utilisant des réseaux criminels, des groupes et des itinéraires.

De nombreux passeurs ne se préoccupent pas de savoir si des migrants se noient en mer, meurent de déshydratation dans un désert ou suffoquent dans un conteneur. Chaque année, ce commerce est évalué à des milliards de dollars

Le  trafic de ressources naturelles inclut la contrebande de matières premières telles que diamants et métaux rares (provenant souvent de zones de conflit) et la vente de médicaments frauduleux  potentiellement mortelle pour les consommateurs, provoquant des maladies infectieuses mortelles telles que le paludisme et la tuberculose.

La cybercriminalité  est liée à la révolution dans le domaine des systèmes d’information qui peut déstabiliser tout un pays tant sur le plan militaire, sécuritaire qu’économique. Il englobe plusieurs domaines exploitant notamment de plus en plus l’Internet pour dérober des données privées, accéder à des comptes bancaires et obtenir frauduleusement parfois des données stratégiques pour le pays.

Selon Steve Grobman, expert de la société McAfee, spécialisée dans la protection contre les attaques informatiques, dans un rapport paru en février 2018,  la cybercriminalité coûte en 2017 600 milliards de dollars par an à travers le monde, un chiffre en augmentation en raison de la compétence grandissante des pirates et l’essor des cryptomonnaies. Selon ce rapport, le vol de propriété intellectuelle a représenté environ un quart du coût total de la cybercriminalité en 2017. Le numérique a transformé à peu près tous les aspects de notre vie, notamment la notion de risque et la criminalité, de sorte que l’activité criminelle est plus efficace, moins risquée, plus rentable et plus facile que jamais,  L’étude, réalisée par McAfee et le think tank Center for Strategic and International Studies (CSIS), avaient évalué ce coût à 445 milliards en 2014.

A travers des réseaux organisés au sein de différents corps de l’Etat de différentes nations , expliquant la floraison de bureaux d’avocats conseils, spécialisés dans la finance et le droit international,  nous  avons le  blanchiment d’argent.

Il est  décrit comme un processus durant lequel l’argent gagné par un crime ou par un acte illégal est lavé. Il s’agit en fait de voiler l’origine de l’argent pour s’en servir après légalement (investissement, achats, etc.). Les multiples paradis fiscaux, des sociétés de clearing (aussi Off Shore) permettent de cacher l’origine de l’argent. L’Afrique  voit s’échapper chaque année 192 milliards de dollars causés par des flux illicites  contre seulement 30/40 milliards de dollars d’aide au développement avait révélé le 30 novembre 2016 à Dakar  Amath Soumare, président fondateur de Sopel International et président du centre africain de la Nouvelle économie  Cane Executive renvoyant à la gouvernance de certains dirigeants d’Afrique

Terrorisme transnational  et criminalité organisée

Le terrorisme international a au moins sept  caractéristiques en commun. Premièrement, il repose largement sur des réseaux souvent établis dans de vastes zones géographiques où les personnes, les biens et l’argent circulent. Deuxièmement, les réseaux facilitent le commandement, le contrôle et la communication. Troisièmement, ces réseaux  traitent  de grandes quantités d’argent, de les blanchir et les transférer à travers les pays et les continents.

Quatrièmement, criminels et terroristes ont tendance à se doter d’armées privées, d’où un besoin de formation, des camps et du matériel militaire. Cinquièmement,  terroristes et criminels de la zone  partagent les caractéristiques communes : pratique fréquente d’opérations clandestines cherchant la légitimité dans le soutien des populations et débouchant sur le contrôle de territoires importants.

 Sixièmement,   l’entité terroriste, criminelle ou hybride obtient des armes, des moyens de communication et de renseignement ; elle sécurise le territoire qu’elle contrôle.

Septièmement,  ces guérillas créent en outre des cellules spécialisées dans l’usage des médias et de l’Internet pour diffuser leur propagande et leurs revendications. Ainsi, nous avons différentes formes de criminalité transnationale organisée qui est une industrie en constante évolution, qui s’adapte aux marchés et crée de nouvelles formes de délinquance s’agissant  d’un commerce illicite qui transcende les frontières culturelles, sociales, linguistiques et géographiques, et qui ne connaît ni limites, ni règles.

La combinaison de ces divers éléments selon des schémas  complexes, induisent un climat d’insécurité croissant propice à la déstabilisation des Etats les plus fragiles. Ainsi, les  récentes investigations dans le cadre de la lutte antiterroriste menées par les services de renseignements révèlent de nouvelles donnes  au niveau du Sahel.

Récemment, certaines sources de renseignement   n’écartent pas le retour de groupes armées   en Afrique de l’Ouest dans la mesure où la Somalie est devenue une porte d’entrée des terroristes en provenance de la Syrie et l’Irak.  Ce qui complique davantage la situation c’est la non-reconnaissance par les tribus libyennes du gouvernement qui n’est pas en mesure d’assurer la protection des frontières, devant impliquer les tribus dans les négociations, d’autant plus que ces dernières détiennent un lot d’armement important puisé dans les casernes de la défunte armée libyenne.

La Libye n’est plus la seule menace potentielle, le Mali qui gagne du temps pour appliquer les accords d’Alger profitant d’une situation instable avec le facteur étranger dans la région.. Cette menace est certes préoccupante, mais pas que pour l’Algérie dont les frontières nord sont ouvertes sur la Méditerranée, mais aussi pour l’Europe. Mais en tout cas, ces nouvelles donnes impliquent une nouvelle stratégie sur le plan sécuritaire mais aussi diplomatique.  Au Sahel, les groupes armés ont proliféré, ont accru leur capacité de nuisance, se sont diversifiés en terroristes, insurgés, criminels et milices, selon des variables, comme leur vision, leur mission ou les moyens mis en œuvre.

Désormais, une coopération et une convergence rassemblent ces groupes.

L’exemple le plus évident de ce type de coopération-convergence, c’est le narco-terrorisme selon James Stavridis, ancien commandant-en-chef des forces alliées en Europe (2009-2013) et de l’US Southern Command (2006-2009). L’aspect le plus troublant de la connexion semble être la façon dont le commerce de la drogue illégale sape les efforts pour poursuivre les réformes politiques et le développement nécessaires pour endiguer la radicalisation et la montée des groupes terroristes dans plusieurs régions du monde déjà fragiles.

Pour lutter contre le  terrorisme et trafiquants en tous genres, il s’agit de  mettre l’accent avant tout sur l’échange de renseignements qui  doit se faire de manière instantanée, pratiquement en temps réel , harmoniser des politiques de lutte contre le terrorisme et de patrouilles communes le long de ces frontières difficiles à contrôler. Concernant la région du  Sahel , elle est  une zone de transit pour les passeurs. 50 à 60% de ceux qui traversent la Libye vers l’Europe passent par la région.

Selon les différentes résolutions internationales , si les événements récents ont souligné que la traversée de la Méditerranée peut se transformer en drame, il est urgent que tout le monde coopère pour arrêter les flux migratoires notamment en créant  des centres d’accueil, donner des moyens à la police pour contrôler ces flux migratoires et créer les conditions pour le retour.

Cela permettra notamment  de distinguer à partir des pays de transit ceux qui relèvent de la politique de l’asile, de la protection, de ceux qui relèvent de l’immigration économique irrégulière et qui doivent être accompagnés pour demeurer dans leur pays où des programmes d’insertion et de développement économique.. C’est pourquoi  y a lieu d’accorder une attention particulière aux  tensions au niveau notamment de la ceinture sahélienne qui  recouvre, entièrement ou en partie, les pays suivants : l’Algérie (à l’extrême sud)-le Sénégal ; la Mauritanie (au sud) ; le Mali ; le Burkina Faso (au nord) ; le Niger ; le Nigeria (à l’extrême nord) ;le Tchad (au centre). Le Sahel est un espace sous-administré et souffrant d’une mauvaise gouvernance chronique.

La vulnérabilité du Sahel découle  d’une profonde vulnérabilité des Etats accentuée par  la  pression démographique. Caractérisé par une forte croissance démographique (environ 3,1%), le Sahel devrait doubler sa population d’ici 25 ans, et comptera vraisemblablement plus de 100 millions d’habitants en 2020. Cette croissance affectera certainement la sécurité humaine et notamment alimentaire de la région dans son ensemble.

C’est un espace recelant d’importantes ressources ministères  d’où les ingérences étrangères manipulant différents acteurs afin de se positionner au sein de ce couloir stratégique et de prendre le contrôle des richesses sont nombreuses. L’arc sahélien est riche en ressources : après le sel et l’or, pétrole et gaz, fer, phosphate, cuivre, étain et uranium sont autant de richesses nourrissant les convoitises de puissances désirant s’en assurer le contrôle.  Le commerce des stupéfiants, par exemple, a le potentiel de fournir aux groupes terroristes un bonus supplémentaire : les recrues et les sympathisants parmi les agriculteurs appauvris, négligés et isolés, et qui non seulement peuvent cultiver pour le compte des trafiquants, mais aussi populariser et renforcer les mouvements anti-gouvernementaux.

Selon différents experts plusieurs  facteurs permettent de comprendre les liens entre trafic et terrorisme : premièrement, l’existence de mouvements communautaires, ethniques et religieux, qui permettent une collaboration  entre terroristes et criminels, sur la base de valeurs partagées et de confiance mutuelle. Deuxièmement, la survenance d’un conflit armé.

Troisièmement, les contraintes qui jouent lors d’échanges transnationaux complexes de marchandises illégales ; des échanges qui impliquent souvent d’autres parties intermédiaires et de certains segments de l’administration corruptible. A cela se greffe du fait de la mondialisation avec d’importantes inégalités tant internes aux  pays développés qu’entre le Nord et le Sud l’intensification de la radicalisation. La radicalisation est le fruit d’une conjonction de facteurs liés à l’individu, ses relations, sa communauté et son rapport à la société.  L’apparence physique ou vestimentaire ne constitue pas un élément suffisant pour identifier une situation de radicalisation.

Certains indicateurs doivent toutefois alerter l’entourage sur un processus potentiellement engagé. Identifier un processus de radicalisation ne se fait pas sur la base d’un seul indice mais d’un faisceau d’indicateurs. Ces indicateurs n’ont, par ailleurs, pas tous la même valeur et seule la combinaison de plusieurs d’entre eux permet d’établir un constat.

Ces signes sont parfois liés à la personnalité de l’individu, aux relations qu’il entretient avec son entourage, sa communauté et la société dans laquelle il vit. Ils peuvent être classés en 3 catégories : les ruptures, l’environnement personnel et les théories et discours.

La rupture avec l’environnement quotidien est l’un des indicateurs essentiels du processus de radicalisation. L’individu modifie brutalement ses habitudes, rompt avec ses amis, l’école, voire avec ses proches pour se consacrer à une relation exclusive avec un groupe et sa mission.Ainsi, l’approche multiple se penche simultanément sur un ensemble de facteurs qui se jouent à la fois au sein de l’individu, de ses relations, de sa communauté et de la société

Par le professeur Abderrahmane Mebtoul