Les investigations sur la saisie de la fameuse cocaïne du Port d’Oran sont en train de se transformer petit à petit en une grosse enquête sur les projets immobiliers du fameux et controversé « Kamel le boucher ». 

Les services du Groupement de la Gendarmerie de Bab-Jdid ont procédé depuis hier mercredi à de nouvelles arrestations et perquisitions. Selon nos investigations, il s’agit notamment d’un responsable de la direction de l’urbanisme et construction de la circonscription de Draria. Ce dernier est interrogé par les enquêteurs sur les permis de construire octroyés de manière très douteuses à Kamel Chikhi qui fut pendant des années l’un des promoteurs immobiliers les plus puissants du pays.

Le responsable des services de l’urbanisme de la circonscription de Draria est soupçonné d’avoir délivré depuis 3 ans un permis de construire dans des conditions suspectes pour une bâtisse de 20 étages en cours de construction par Kamel Chikhi au niveau d’Oued Romane. Ce n’est pas la première fois qu’un responsable des services de l’urbanisme est convoqué ou interpellé par les services de la gendarmerie nationale. D’autres commis de l’Etat qui officient au niveau des circonscriptions de Kouba ou ailleurs dans la capitale ont été approchés ou arrêtés par le groupe de la Gendarmerie de Bab-Jdid.

Selon nos investigations, les responsables ou cadres des services de l’urbanisme composent, pour l’heure, la majeure partie des 32 personnes interpellées et convoquées par les services de sécurité dans le cadre de l’enquête sur les affaires de « Kamel le boucher ». Mais ces interpellations et perquisitions au niveau des domiciles de ces suspects soulèvent de plusieurs interrogations. Pourquoi maintenant et pas avant ?

Pourquoi attendu l’éclatement de l’affaire de la cocaïne du Port d’Oran pour se saisir du dossier des chantiers immobiliers de Kamel Chikhi ? Les deux affaires semblent totalement différents et distinctes comme l’a si bien expliqué Tayeb Louh, ministre de la Justice, en pleine conférence de presse. 

Force est de constater que la majeure partie des chantiers immobiliers sont contestés depuis de nombreuses années. Plusieurs comités de quartiers et associations de la société civile ont organisé des manifestations publiques pour dénoncer les violations des règles et normes de l’urbanisme et les préjudices résultant de l’atteinte portée à l’environnement. Ainsi, à titre d’exemple, en septembre 2017, les habitants de la rue KOUACHI AHMED à Dely Ibrahim, dans la banlieue ouest d’Alger ont saisi toutes les autorités compétentes à Alger les travaux anarchiques menées par le promoteur Chikhi qui ont provoqué un très dangereux glissement de terrain.

En août 2014, les habitants de la cité des Sources, à Bir Mourad Rais, ont lancé un cri de détresse pour sauver leur quartier d’un chantier d’une tour de 14 étages construite sur un terrain mitoyen acheté aux enchères.

A cette époque-là, les services de la gendarmerie nationale et les autorités politiques n’ont pas bougé le petit doigt pour déclencher des enquête. Et pourtant, il y avait suffisamment d’éléments suspects au regard des contours troublants de ces projets immobiliers pour lancer des investigations poussées.

Malheureusement, rien n’a été fait. Il aura fallu attendre 2018 et l’affaire de la cocaïne du port d’Oran pour se saisir de ce dossier. La manœuvre parait enfin obéir à des considérations politiques qui ne sont nullement nullement motivées par une volonté d’imposer une quelconque justice au détriment de l’arbitraire mafieux.