L’affaire de la cocaïne du Port d’Oran n’a pas encore livré tous ses secrets. Le principal suspect de ce scandale qui remue tous les appareils de l’Etat, le fameux Kamel le Boucher, dispose de nombreuses connexions qui lui garantissent une grande influence sur le monde des affaires en Algérie. Un monde dangereusement connecté aux sphères politiques. 

Mais si les enquêteurs en charge de ce dossier se sont intéressés aux relations du magnat de l’immobilier et des viandes surgelées avec les magistrats et juges, il leur manque encore plusieurs pièces pour recomposer le puzzle de l’empire de Kamel Chikhi, le richissime businessman à l’origine de l’importation du container contenant une quantité de plus de 650 KG de cocaïne pure.

Et l’une des pièces principales de ce puzzle s’appelle “Diden”, a-t-on appris au cours de nos investigations. Il s’agit du surnom de l’un des plus gros importateurs algériens. Diden, né à Oujda au Maroc et naturalisé Algérien quelques années plus tard, est le fils d’un ancien dirigeant du Port d’Oran. Durant sa jeunesse, pendant les années 80, il va beaucoup côtoyer le monde de l’importation et des activités portuaires grâce à l’activité professionnel de son père. A la fin des années 90, il se lance dans le business et il se fera rapidement connaître dans le secteur de l’importation des viandes. Mais contrairement à “Kamel le Boucher” , Diden va se spécialiser dans les viandes made in Inde. Il deviendra au fur des années le deuxième plus gros importateur des produits de boucherie en Algérie. Il monte, ainsi, sur le podium où Kamel le boucher occupe la première place.

Cependant, Diden est beaucoup plus discret que Kamel le boucher. Il n’investira jamais dans des gros projets immobiliers qui feront parler de lui. Non, il lance à partir d’Oran, une activité encore plus complexe et qui n’attire pas les projecteurs des médias : l’importation des produits pharmaceutiques.

Durant les années 2000, grâce à son flair et son culte du secret, Diden va se retrouver ainsi à la tête d’une véritable fortune colossale. Mais le businessman s’expatrie rapidement. Naturalisé français, il procède à l’acquisition de plusieurs biens immobiliers en France notamment des bars et brasseries à Paris. Son dernier coup de cœur fut un appartement de 3 millions d’euros dans le 16ème arrondissement de Paris. Il élargit la liste de ses biens vers l’Espagne où il acquiert plusieurs biens à Alicante, Valence et Barcelone.

Etre riche n’est certainement pas un délit en Algérie. Mais être l’associé dans plusieurs affaires du fameux Kamel le boucher soulève tout de même quelques soupçons. Plusieurs sources concordantes et proches de ces deux hommes d’affaires ont assuré à Algérie Part que Diden a traité plusieurs “deals” avec Kamel le boucher. Pour ne pas éveiller les doutes de nos autorités, les deux richissimes importateurs se rencontraient uniquement à l’étranger.

Diden a aidé, à maintes reprises, Kamel le boucher dans plusieurs opérations d’importation. Diden disposait d’un puissant réseau dans les ports d’Oran et de Mostaganem. Il connaissait parfaitement le fonctionnement du port de Marseille où il comptait de nombreux amis. Selon nos investigations, récemment, soit deux mois avant la saisie spectaculaire de la cocaïne du port d’Oran, Diden s’est entretenu avec des dirigeants du port d’Oran et de Mostaganem dans un discret salon de l’hôtel… Georges V à Paris, l’une des adresses les plus chics de la capitale française. Les discussions auraient porté sur une affaire dotée d’une enveloppe de… 300 mille euros.

Deux mois plus tard, l’armée algérienne intervient et saisit un container contenant la plus grosse quantité de cocaïne de l’histoire de l’Algérie indépendante. La rencontre de Georges V a-t-elle une quelconque relation avec cette opération inédite d’introduction de la drogue dure sur le territoire national ? Pour l’heure, les enquêteurs ne se sont pas intéressés à cette piste. Et aucune instance officielle n’a convoqué l’étrange Diden. L’influent importateur âgé de 51 ans n’a pas été inquiété en dépit de ses relations étroites et étranges avec Kamel le boucher. Les autorités algériennes cherchent-elles à protéger certaines “personnes précieuses” qui risquent d’être éclaboussées par cette affaire ? Algérie Part poursuit ses investigations sur ce dossier très délicat.