Contrairement  à certains  discours récents de certains responsables algériens déconnectés de la  réalité, l’Algérie souffre cruellement d’une vision stratégiques pour se prémunir contre les chocs tant internes qu’externes. L’objet de cette présente contribution est l’analyse de l’incohérence du système d’information en général qui a des répercussions sur la politique socio-économique. Faute d’un tableau de bord réactualisé en Algérie, certains responsables, tout en se contredisant,  apprennent les dysfonctionnements de leur secteur par le biais de… la presse nationale.

Rappelons que par le passée on avait créé le secrétariat d’Etat de la Prospective et des statistiques qui dépendait  du Premier ministre. Cette instance  n’avait  aucune autorité sur l’Office national des statistiques (ONS) comme prévu initialement puisqu’un décret courant 2012 le rattache directement au ministère des Finances. Ce secrétariat uniquement de la prospective était  en quelque sorte un bureau d’études qui faisait un  double-emploi avec toutes les études de prospective tant au niveau de la présidence de la République, des services de sécurité, au niveau des ministères et des centres de recherche dépendant de l’Université.

Paradoxalement, le secrétaire d’Etat annonçait  courant mars 2013, une étude sur l’évaluation de la corruption qui ne relève pas de sa compétence. Comment ne pas rappeler l’annonce par les services de l’ex-Premier ministre algérien par le canal de l’APS le 8 août 2011 concernant la création de 1 090 435 emplois durant le premier semestre 2011, soit 181 739 emplois par mois. Ces chiffres fantaisistes signifient que l’Algérie n’a plus de chômeurs.

Or, on ne créé pas des emplois par décret. C’est l’entreprise avec son fondement le savoir qui créé l’emploi productif loin des emplois de rente. L’ancien ministre de l’Habitat annonçait  la création de plus d’un million de logements en 2012 et son remplaçant le dément aussitôt annonçant que les capacités de réalisation locales ne dépassent pas 300 000 logements par an. Un ministre du Tourisme avait  annoncé en janvier 2013 une expansion et quelques jours après courant février 2013, l’organe mondial du tourisme classe l’Algérie presque au dernier rang au niveau mondial. Et nous pourrions généraliser les contradictions à presque l’ensemble des départements ministériels de 2013 à mai 2018. Comment dès lors a-t-on fait ces estimations livrées à l’opinion nationale et internationale qui discréditent l’image de l’Algérie et démobilisent les citoyens ?

Les erreurs de politique économique peuvent se chiffrer à des pertes de plusieurs dizaines de milliards de dollars. En ce XXIe siècle avec la révolution d’internet et des télécommunications, l’information n’est pas le quatrième pouvoir mais le pouvoir lui-même.

Voici quelques exemples qui montrent les inquiétudes tant des citoyens que des experts et leur méfiance vis-à-vis des données officielles :

Premièrement, pourquoi ce manque de transparence comptable qui concerne tant les entreprises publiques-privées que les administrations et les  services collectifs (ministères, wilayas). Ayant eu à diriger, en tant qu’expert financier plusieurs audits sur Sonatrach et assisté d’ingénieurs et d’économistes, force est de constater que le même constat est toujours dressé : la difficulté d’avoir des comptes transparents ! La Sonatrach donnant annuellement des comptes consolidés qui voilent l’inefficacité de certaines sections à travers les comptes de transfert.

Deuxièmement, pour le  stock d’or de 173 tonnes en 2018,  pourquoi  l’agence officielle algérienne APS émet chaque année de 2010 à  2018 une information qui constitue du réchauffé, une simple répétition de sa dépêche de 2009 ?

Troisièmement, quel est le taux réel d’inflation non comprimé par les subventions mal ciblées et  les impacts éventuels du financement non-conventionnel, encore qu’il faille diminuer  les dépenses improductives dont le montant serait supérieur aux subventions. L’analyse de l’inflation est incompréhensible sans saisir les liens entre le processus accumulation dont la prédominance en Algérie de la rente des hydrocarbures qui irrigue tous les secteurs, la répartition du revenu et du modèle de consommation par couches sociales. Pourquoi depuis des décennies n’a-t-on pas réalisé une enquête sérieuse sur la répartition du revenu national qui est  indispensable pour une politique salariale cohérente ?

Quatrièmement,  l’organe d’information cerne t-il correctement l’importance de la sphère informelle, produit de la bureaucratie centrale et locale devant distinguer trois ratios qui donnent des résultats différents :  par rapport à la masse monétaire en circulation, par rapport au produit intérieur brut PIB et enfin par  rapport à la population active occupée ou existent une véritable cacophonie des déclarations officielles de responsables.

-Cinquièmement, pourquoi ce manque de cohérence dans les décisions  entre 20152018 relevant tant du Ministère du commerce que celui de l’industrie qui démobilisent out entrepreneur investissant pour le long terme ?

Sixièmement, quels liens dialectiques entre la dépense publique, le taux de croissance réel  et la création d’emplois productifs?

Septièmement, le bilan de la règle des 49/51%, de toutes les mesures administratives de restriction des importations sur les équilibres extérieurs du pays  dont l’évolution des réserves de change ?

Huitièmement,  quels sont les dessous du dérapage accéléré du dinar algérien entre 1974/2018 tant par rapport à l’euro que du dollar ?

Neuvièmement, où en est le tableau de la valeur, condition essentielle de la lutte contre les surfacturations, que j’avais préconisé déjà en 1983 en tant que directeur général des études économiques à la Cour des Comptes lors d’un audit sur les surestaries, reliant par réseaux d’information internationaux, les banques, la douane, le système fiscal , les ports/aéroports et les entreprises ?

Dixièmement, où en est la politique de développement au sein d’une économie ouverte, face aux nouvelles mutations géostratégiques mondiales tant dans le domaine politique, sécuritaire, économique, social et culturel où nous assistons à un dépérissement du tissu productif malgré l’accroissement de la dépense publique

 

L’idéal serait de réanimer les instituions chargées tant du dialogue économique et social  ou de la prospective. Il faut dans l’avenir créer un grand ministère de l’économie  et que l’ONS ne dépende plus de l’exécutif à l’instar de l’INSEE en France mais qu’il soit un organe indépendant. Je précise que l’ONS n’a pas vocation à évaluer les politiques publiques en cours et que toute latitude est offerte aux autres d’interpréter les chiffres en reconnaissant qu’il serait souhaitable d’une meilleure coordination interinstitutionnelle, entre les diverses et abondantes sources administratives et l’office, appelant à davantage de «cohérence et d’intégration ».

Cela doit renter dans une autre organisation institutionnelle allant vers le regroupement de ministères pour plus d’efficacité et plus de rigueur budgétaire, une régionalisation économique, sous réserve d’objectifs précis. Malheureusement, aujourd’hui plusieurs ministères et institutions locales se télescopant rendant l’information opaque pour des raisons de stratégies individualisées.

Il faut savoir qu’il existe un théorème dit des 20/80% en management stratégique : 80% d’actions mal ciblées que l’on voile par de l’activisme ministériel ont un impact de 20% sur la société ; 20% d’actions bien ciblées ont un impact de 80% et devant tenir compte du facteur temps combinant les paramètres et les variables pour atteindre l’optimum global. Les paramètres à court terme peuvent devenir des variables à moyen terme, et ce qui est considéré comme un secteur stratégique aujourd’hui peut ne pas le devenir demain.

C’est que l’ONS part des données micro-économiques des administrations et des entreprises en les consolidant au niveau macro-économique. Si l’information de base est biaisée, cela donne des résultats au niveau global qui ne reflète pas la réalité. Et c’est ce que l’on constate malheureusement avec l’effritement du système d’information où les bases de sondage sont différentes d’un organisme à un autre aboutissant à des données démenties par la réalité. Il faut donc uniformiser les méthodes d’enquêtes pour qu’elles soient exhaustives.

En résumé, l’objectif stratégique surtout avec la révolution mondiale  du système d’information,   est de démocratiser l’information en ouvrant les médias lourds à un large débat économique contradictoire productif.  Personne n’a le monopole du nationalisme. L’effritement du système d’information en Algérie explique les discours contradictoires rapportés par l’agence de presse officielle algérienne de plusieurs ministres. L’entropie a atteint ces dernières années un niveau inacceptable.

Par le Professeur des Universités, expert international Dr Abderrahmane MEBTOUL