L’ancien président du RCD, l’une des figures historiques de l’opposition algérienne, et fervent acteur du mouvement berbère, a expliqué le 13 juin dernier dans les colonnes du magazine marocain Zamane les raisons pour lesquelles le régime algérien s’est montré durant des décennies hostiles à la cause amzighe. 

Saïd Sadi a offert ainsi un véritable éclairage qui dévoile de nombreuses vérités historiques méconnues par une grande majorité des Algériens. Des vérités qui remontent jusqu’à la guerre pour l’Indépendance. Nous vous invitons à relire la réponse de Saïd Sadi donnée au magazine marocain Zamane dans son intégralité pour comprendre les enjeux historiques de cette répression dont furent victimes les militants de la cause amazighe en Algérie.

“La prise en compte de la question amazigh suppose une construction nationale conforme à une société plurielle. Or la pluralité était vécue par le FLN comme un péril sinon une malédiction.

Dans les années quarante, Messali proclamait que l’histoire algérienne commençait à partir du 7e siècle. L’une des premières décisions de Ahmed Ben Bella en 1962 était de faire fondre le seul alphabet tifinagh existant à l’université d’Alger…Le complexe du colonisé avait déteint sur le mouvement national.

Pour ces militants, seule la reproduction d’un attelage institutionnel symétrique à celui de l’ancien colonisateur vous élisait au rang de nation adulte et crédible. En plus des causes intrinsèques, des facteurs exogènes ont joué. Lorsque la fraction rationaliste du FLN émerge à partir de 1956 autour d’Abane, le président égyptien Nasser, manager en chef du panarabisme, a vite réagi.

Il surinvestit Ben Bella tout acquis à ses ambitions. Dans le même temps, De Gaulle avait compris que l’ordre colonial était condamné. Il préparait le coup d’après et fit le même choix. Les Français connaissaient Ben Bella en tant que soldat et prisonnier dont les interrogatoires avaient dévoilé des failles peu compatibles avec le profil d’un homme d’Etat.

Pour des raisons différentes, De Gaule et Nasser avaient un même objectif : éliminer les hommes capables de construire un Etat moderne à même de tenir tête à la France post-coloniale et à l’hégémonie du panarabisme. Cette double intervention de l’étranger a fait que, comme l’avait écrit l’écrivain algérien Rachid Mimouni, le fleuve a été détourné. Vous voyez que la question amazigh ne renvoie pas seulement à une affaire de langue. C’est la clé de voûte de la construction démocratique nationale”.