Lhadj Malek était policier. Originaire du Village d’Aourir Nat Amer Oussaid, il exerçait à Aïn El Hammam, au chef-lieu de la Daïra. D’une grande discrétion et d’une exceptionnelle rigueur, il était efficace et Consciencieux dans son travail. Ce qui lui valut d’être particulièrement ciblé par les islamistes.

Une violente campagne de dénigrement était lancée contre lui par les réseaux de soutien au groupe d’Ait Ziane. Malek était un enfant de la région, il agissait à visage découvert et il pouvait être d’une redoutable efficacité contre le travail séditieux piloté à Michelet par la fratrie Touati et le maquignon Ould Oulhadj. Il pouvait aussi être un danger pour les riches soutiens tapis dans l’ombres des arrières boutiques michéloises. Il était donc dans leur collimateur.

Ce 14 juin 1994, les félons se sont postés en un lieu où la violence est interdite à tout enfants authentique de cette terre. Asseqif N’tmana. Plus qu’un lieu, une institution ancestrale. Un sanctuaire où tout un chacun pouvait trouver refuge. Refuge non pas au sens commun du gît et du couvert, mais au sens de l’inviolabilité de sa personne. Nulle violence, nulle vengeance, nulle vendetta ne pouvait s’accomplir en ce lieu. Il en était ainsi non pas par le décret d’un puissant village ou d’une tribu majeure. Non, simplement parce que les petits hameaux maraboutiques d’At Sidi Said avaient acquis ce privilège qui s’imposait aux igawawen dans leur ensemble. C’est donc en ce lieu que l’attendaient ses meurtriers.

Malek et ses collègues sécurisaient les examens du Baccalauréat. L’attaque coûta aussi la vie à son collègue qui était au volant et infligea de grave blessures à Mourad H H, qui s’en est miraculeusement sorti. Les agresseurs postés en contre-bas ouvrirent un feu nourri et prirent la fuite sans rien chercher d’autres. Ni à récupérer des armes, ni à s’assurer de l’issu de leur agression. Une agression traitresse. Le conducteur avait trouvé la force de conduire jusqu’à l’hôpital où il décèdera.

Cet attentat a sonné le glas des réseaux d’Ait Ziane à Michelet. Il aura provoqué un déclic dans une partie de la population. Seulement vingt jours après le drame, l’emblème national qui avait recouvert son cercueil a été levé, le 5 juillet 1994, par un groupe de citoyens d’Ighil Bougueni. C’était un serment. Un serment pas seulement à Lhadj Malek, mais aussi à l’autre Malek, Moufok d’Agueni Nteslent qui lui aussi venait de tomber et à tous les autres. La bataille de l’ombre ainsi engagée allait prendre fin, quatre années plus tard, avec une autre levée des couleurs, cette fois à Ait Ailem, le village de la fratrie Touati où sous l’impulsion de Oulhadj Touati le village s’était libéré de l’emprise Islamiste. C’était le 1er novembre 1998. Oulhadj avait survécu aux fatwa et avait permis à ait Ailem de renouer avec son patrimoine patriotique, et les renégats n’avaient plus que la forêt comme refuge.

Oui, c’est l’assassinat de Lhadj Malek qui aura perdu les islamistes à Michelet. Cet événement funeste a bousculé les consciences et a poussé un petit noyau à une action plus déterminé. Beaucoup de choses restent à écrire…la perpétuation de leurs mémoires en dépend. Lhadj Malek, Mouffok Malek, Mebrouk Ait Slimane, Oukaki Hassern, Rabeh Berkani, Djaafar Ouahioune, Kamel Ould Hamouda, …, Belghezli Achour, Saidi Mahfoud, Dalila Drideche, Mohammed Bouhara, Tazrout Said, Rachid Tigziri, …. Nous restons redevables d’un devoir de mémoire.

Par Moumouh Bakir