La LFC 2018 est un tournant majeur dans l’histoire économique en Algérie. Cette loi marque une violation majeure des engagements pris par l’Etat algérien à l’égard des investisseurs nationaux et étrangers. Et cette bourde réjouit largement le Maroc qui se frotte d’ores et déjà les mains pour récupérer chez lui les investisseurs déçus et désenchantés en Algérie. Explications. 

Adoptée il y a quelques jours en conseil des ministres, la LFC 2018 ordonne ainsi dans son article 06 la suppression de l’exonération de la TVA accordée préalablement aux usines de montage automobile par les dispositions de l’article 61 de la loi de finances complémentaire de 2009. Ce geste anodin dans les apparences traduit en fait un véritable dysfonctionnement qui pourrait avoir de graves incidences sur l’économie algérienne. Et pour cause, les exemptions des droits, impôts et taxes y compris la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) appliquée aux prix des biens produits dans le cadre des activités industrielles naissantes pour une période de 5 ans constitue l’avantage majeur octroyé aux investisseurs étrangers et nationaux qui se lancent des projets de développement stratégique comme le montage des véhicules neufs.

Privée d’un tissu de sous-traitants digne de ce nom et d’une main d’oeuvre qualifiée, cet avantage fiscal constitué le fer de lance de la politique algérienne pour développer l’industrie notamment celle du montage des véhicules. C’est essentiellement cet avantage qui avait convaincu Renault de s’implanter en Algérie suscitant ainsi dans son sillage une véritable compétition entre les autres constructeurs mondiaux pour développer des projets dans notre pays.

A la surprise générale, la LFC 2018 décide par enchantement de priver le Conseil National de l’Investissement (CNI) d’offrir l’exonération de la TVA aux investisseurs impliqués dans les industries naissantes. Pis encore, cette même loi ordonne également de supprimer immédiatement cet avantage aux autres investisseurs qui bénéficient depuis plusieurs mois, voire deux ou trois ans comme c’est dans le cas de Renault, de cet avantage fiscal suivant une convention signée en bonne et due forme avec le CNI.

Cette décision incompréhensible provoque une véritable onde de choc dans les milieux es affaires en Algérie. Unilatéralement, l’Etat algérien décide de rompre l’un de ses principaux engagements  pris en faveur des investisseurs. En dépit de toutes les conventions existantes, il n’est plus question de maintenir l’exonération de la TVA. Les autorités algériennes ont estimé que cette mesure n’a plus sa raison d’être, du fait que les importations  des véhicules sont soumises au régime des licences -non accordées- ces derniers temps. Un argument étonnant et dépourvu de bon sens puisque le législateur algérien semble nous dire qu’il vaut mieux revenir aux importations des véhicules neuves au lieu de soutenir une production nationale.

Si telle est la perspective choisie par l’Etat algérien, pourquoi avoir soutenu et autorisé ces trois dernières années des usines de montage des véhicules sur le territoire national ? Une absurdité dont les autorités algériennes auront beaucoup de mal à justifier. D’autre part, les autorités algériennes ont argué également que la production locale des véhicules automobiles, couvre actuellement l’essentiel de la demande nationale !

Une affirmation fantaisiste car le véhicule neuf est toujours rare et indisponible sur le marché national. Les algériens font la queue et doivent attendre de longues semaines pour commander le peu de voitures disponibles réellement dans les showrooms des fabricants agréés par le CNI en Algérie.

A quoi joue donc l’Etat algérien ? Personne ne le sait car aucune logique sensée ne se dégage de ses plus récentes décisions économiques. Pis encore, l’Algérie se tire une véritable balle dans le pied car le concurrent marocain profite d’ores et déjà de cette cacophonie unique au monde.

Selon nos investigations, le Maroc exerce un puissant lobbying auprès de Volkswagen et des constructeurs chinois pour les attirer vers son marché en leur miroitant que chez lui, ils ne rencontreront jamais les difficultés auxquelles ils sont confrontées en Algérie. La stabilité réglementaire, c’est le premier argument que le Maroc propose à ces investisseurs étrangers avec lesquels l’Algérie souffle le froid et le chaud. Chaque trimestre, des lois changent, des ministres sautent, des mesures officielles sont contredites et invalidées par d’autres décisions adoptées hâtivement sans recul et esprit d’analyse.

Les autorités marocaines se frottent les mains et font de leur mieux pour convaincre les chinois et les européens de ne plus miser sur l’Algérie. Notre Etat leur facilite les tâches à ces lobbys hostiles à notre économie nationale. De grands projets sont aujourd’hui menacés par cette instabilité réglementaire comme le projet de construction d’un méga-port moderne dans la région de Cherchell. Les investisseurs chinois qui n’ont encore rien signé d’officiel pour entamer les travaux de ce chantier ont été approchés par des cercles marocains qui veulent subtiliser ce projet à l’Algérie. Un sursaut d’honneur est exigé de la part de l’Etat algérien. L’économie moderne est un “chose” très sérieuse avec laquelle il ne faut pas badiner.