Parce que nous avons atteint une situation plus que critique, que nous souffrons d’un blocage total malgré notre respect scrupuleux de la réglementation en vigueur, que nous n’avons eu aucune explication de la part de notre administration de tutelle malgré nos
innombrables relances, et que des patients algériens sont à l’heure actuelle de ce fait privés de traitements vitaux, je m’adresse à vous, votre Excellence, en dernier recours.

La petite société MEDSANTE gérée par un ancien Moudjahid âgé de 86 ans subit un étranglement progressif depuis l’année 2009 et des retards inexpliqués dans la délivrance des programmes prévisionnels d’importation.

Nous sommes, en juin 2018, toujours en attente des programmes prévisionnels d’importation (PPI) 2018 censés être obtenus au plus tard en janvier 2018 pour pouvoir honorer des commandes urgentes et reconstituer notre stock de sécurité.

Nous sommes victimes de ces retards insensés depuis 2009 !

En 2017, nous avons reçus une partie des PPI en toute fin d’année ! Et une partie nous a tout simplement été refusée sans motif. Sans ses PPI, nous ne pouvons tout simplement pas travailler.

Chaque année, la Direction de la Pharmacie – Ministère de la Santé, nous délivre nos PPI
de plus en plus tardivement pour de moins en moins de produits.

Tout cela après une longue épreuve pleine d’humiliations, de va-et-vient entre Tlemcen et Alger et de stress aussi bien pour nous que pour nos partenaires.

Cela réduit fortement notre activité et nous empêche purement et simplement de participer à de nombreux appels d’offres et consultations. Les établissements privilégient très souvent les soumissionnaires proposant un délai de livraison immédiat.

Ces agissements de notre administration de tutelle nous étranglent progressivement.

Nous nous en remettons à vous, Votre Excellence pour nous aider à retrouver un fonctionnement
digne et une prise en charge juste et honnête de la part de notre administration.

Nous sommes, par ailleurs, surpris de voir que ces blocages sont apparus curieusement lorsque nous avons commencé à signaler une situation de monopole régnant sur l’importation du consommable d’hémodialyse.

Nous sommes profondément choqués de voir que dans le pays du million et demi de martyrs (où les institutions de l’état sont le patrimoine de tous), certains citoyens arrivent à imposer des situations monopolistiques et à interdire l’accès de certains secteurs au reste des algériens !

De manière factuelle, cette procédure des PPI n’a pas du tout l’objectif prévu par la loi sanitaire. Bien au contraire, elle protège certains acteurs en restreignant la concurrence et in-fine entraîne des prix plus chers pour les dispositifs médicaux et une dilapidation des deniers publics.

Cela sans compter les humiliations à répétition que subissent les opérateurs concernés.

Cette procédure des PPI ne repose sur aucune base juridique puisque l’importation des
dispositifs médicaux n’est pas soumise à des licences ou réglementée par des quotas.

Nous devons signaler que nous n’avons trouvé pareille procédure dans aucun autre pays !

La Direction de la Pharmacie – Ministère de la Santé ne répond pas à nos cris d’alarmes.
Nous sommes tout simplement humiliés et nos droits sont bafoués.

Pour étayer nos propos, nous pouvons citer une livraison de 50 ballons de dilatation mitrale
INOUE de Toray importés par MEDSANTE bloqués sous douane à Oran depuis le 14 février 2018. Il s’agit d’un dispositif médical pointu, utilisé en cardiologie interventionnelle, déjà enregistré au Ministère de la Santé en 2011 et pour lequel le fabricant Japonais Toray a déjà versé la redevance d’homologation (150.000,00 DA en 2016 puis 150.000,00 DA en 2017, soit un total de 300.000,00 DA).

Le gérant de MEDSANTE, ayant appris que des patients, dont probablement des femmes
enceintes, attendent impatiemment ces ballons de dilatation pour être soignées, s’est vu obligé malgré son état de santé fragile, de se déplacer en personne à la Direction de la Pharmacie le lundi 07/05/2018. Il a attendu plus de 2 heures dans le couloir sans être reçu, ni par le Directeur de la Pharmacie, ni par l’Inspecteur général ou le Directeur de cabinet alors que c’était une journée « portes ouvertes ». Il est reparti doublement déçu !

De ne pas être traité dignement mais surtout ne pas pouvoir aider des patients en souffrance.

Les tubes valvés pulmonaires. En voici un autre aspect de l’arbitraire administratif. Votre Excellence, le tube valvé pulmonaire a été enregistré au Ministère de la santé en 2009. La première importation (ayant permis de traiter en Algérie des patients qui auparavant étaient transférés à l’étranger) a été faite en 2010. La Direction de la Pharmacie n’a pas délivré à MEDSANTE le PPI -Labcor depuis 2015 !

Ainsi, beaucoup de patients atteints de cardiopathies congénitales complexes et ne
pouvant pas allez à l’étranger, attendent pour être traité depuis longtemps ! Votre Excellence, plusieurs pages ne suffiraient pas à lister tous les exemples de ce genre.

Pour ma part, j’ai tenté en vain de faire part de notre détresse en passant par les différents
canaux accessibles au sein de notre ministère de tutelle, un rendez-vous m’a même été confirmé avec Monsieur le Ministre de la Santé le 5 novembre 2017 à 9h00.

J’ai été reçu durant quelques petites minutes dans une salle d’attente après avoir attendu pendant 3 heures devant l’accueil du rez-de-chaussée. Je ne devais pas être digne d’être reçu dans un bureau !

Je n’ai eu droit à aucune excuse, aucune explication et aucune action n’a été entreprise suite à cette brève entrevue. Les irrégularités dans les appels d’offres et le fléau des procédures des achats de prescription.

Votre Excellence, nous tenons à vous signaler que les appels d’offres sont souvent biaisés pour permettre une surfacturation des dispositifs, pour ensuite financer les différentes procédures d’achat de prescription comme les invitations en VIP aux différents congrès.

Une prise charge complète peut coûter jusqu’à 12.000,00 USD. Dans certains services, les
décideurs participent à plusieurs congrès par an.

Le soumissionnaire qui sera « favorisé » s’engage à honorer ces mesures d’accompagnement, interdites par la LOI, avant l’établissement du cahier de charges de l’appel d’offres. Les lots seront orientés avec des désignations de produits non-conformes au vocabulaire neutre et commun des marchés publics.

Par exemple, dans le cas des stents coronaires actifs, le lot est très souvent scindé en plusieurs sous–lots avec des intitulés sans aucun sens scientifique pour faire croire à l’administration de contrôle qu’il s’agit de produits différents.

Plusieurs soumissionnaires seront donc favorisés en octroyant à chacun d’eux un lot où il aura la liberté d’établir le prix en fonction de l’investissement engagé. Il s’agit de montants
considérables qui sont ainsi dilapidés.

Il est plus judicieux de fixer un prix de référence pour le stent coronaire actif (de l’ordre de
50 à 55.000,00 DA) et d’interdire strictement toute procédure d’achat de prescription avec un respect draconien du code des marchés publics en exigeant des appels d’offres en lignes et une désignation neutre des produits. Cela peut stopper rapidement cette hémorragie.

Chaque centre hospitalier pourrait ainsi faire des économies qui peuvent représenter, pour certains, plus de 10 milliards de centimes pour chaque appel d’offres concernant l’acquisition de consommable de cardiologie interventionnelle et de chirurgie cardiaque.

Votre Excellence, nous nous devons de tout vous dire puisque nous avons frappé pratiquement à toutes les portes, mais nous n’avons pas trouvé d’oreille attentive.

A l’heure actuelle, nos ambitions de développement dans notre pays sont bloquées !

Nous sommes, par exemple, très en retard sur les techniques d’assistance circulatoires mécaniques modernes et dans le domaine de la neuroradiologie interventionnelle.

Chaque service de chirurgie cardiaque, de soins intensifs cardiologiques et de réanimation médicale polyvalente devrait être équipé d’une ECMO.

Les pouvoirs publics devraient mettre en place des centres de neuroradiologie interventionnelle, sur tout le territoire, pour prendre en charge, sans délai et dans les premières heures, les patients atteints d’AVC ischémique afin de rétablir le flux sanguin
grâce notamment à la thrombectomie mécanique qui utilise des systèmes de thromboaspiration.

Cette technique sauve des vies et évite des handicaps lourds.

Nous avons réussi après une âpre négociation à obtenir de nos fournisseurs l’autorisation
d’introduire en 2018 des techniques novatrices :

• en réanimation médicale (ilA membrane – ECMO de Xenios)
• et en neuroradiologie interventionnelle (Coils d’embolisation de dernière
génération et système de thrombo-aspiration de Penumbra)

Malheureusement la Direction de la Pharmacie au sein du Ministère de la Santé nous bloque sans motivation aucune. Ce qui nous empêche de proposer ces formidables techniques aux médecins pour soigner de manière efficiente nos patients concitoyens.

Pourquoi ces injustices, ces blocages et ces humiliations, alors que nous devrions, au
contraire, avoir avec notre administration de tutelle des échanges plus constructifs pour baisser les prix des dispositifs médicaux, éviter les pénuries et introduire de nouvelles techniques servant à sauver des vies et atténuer les souffrances de nos concitoyens.

Notre projet de l’hôpital privé de Tlemcen

Votre Excellence, ces multiples blocages basés sur l’arbitraire nous poussent à abandonner notre projet d’édification d’un hôpital privé à Tlemcen qui devait comporter également un centre pédagogique de simulation médicale (une première en Algérie).

En effet, nous avons eu peur de nous engager et de nous retrouver très rapidement avec une montagne de problèmes et de pièges qu’il sera difficile voire impossible de surmonter.

Nous nous en remettons à vous, Votre Excellence, et vous prions d’entendre ce cri du cœur d’un gérant soucieux d’honorer ses engagements vis à vis de son Pays, vis à vis des patients en attente de traitement, des établissements hospitaliers et tout simplement vis à vis de concitoyens algériens qui méritent notre dévouement.

Je vous prie de croire, votre Excellence, en l’assurance de ma respectueuse considération.

Docteur Mohammed Meddane, Cardiologue