C’est une énorme mauvaise nouvelle pour les Algériens. L’Etat vient d’adopter  des mesures draconiennes dans la Loi de Finances Complémentaire (LFC) 2018 qui vont totalement chambouler le marché de l’automobile. Algérie Part a révélé dans sa précédente publication, document à l’appui, comment l’article 6 de la LFC 2018 compromet dangereusement l’avenir de l’industrie naissante du montage véhicule avec l’instauration de la TVA de 19 % sur les ventes des véhicules neufs. 

Comme il a été expliqué dans notre précédent article, cette nouvelle imposition enterre tous les privilèges octroyés par le CNI dans le cadre de l’encouragement de l’activité de l’industrie du montage véhicule. Pis encore, le retour de la TVA à 19 % sur l’activité de l’assemblage des véhicules va provoquer des hausses tout simplement phénoménales. A titre d’exemple, avec ces dispositions contenues dans la LFC 2018, la voiture Golf Volkswagen R-Line va coûter plus de 570 millions de centimes, soit près de 600 millions de centimes, au lieu des 480 millions de centimes, le prix actuel auquel elle est proposée actuellement dans les showrooms de Sovac en Algérie.

La Golf algérienne deviendra ainsi la Golf la plus chère au monde ! Ces augmentations vertigineuses ne vont pas épargner les autres voitures considérées comme bas ou moyen de gamme. Preuve en est, en raison des nouvelles dispositions de la LFC 2018, la Picanto KIA va passer de 130 millions à 165 millions de centimes ! Quant à la RIO de la marque KIA, son prix augmentera également d’au moins de 50 millions de centimes.

En clair, plus le véhicule est prestigieux, bien équipé et riche en option, plus son imposition à la TVA de 19 % va porter radicalement à la hausse son prix final. En vérité, c’est une prise en otage qui ne dit pas son nom puisque c’est le consommateur algérien qui fera les frais des conséquences désastreuses du retour brutal de la TVA.

En effet, dans l’article 5 de la LFC 2018, le législateur algérien tente d’expliquer que l’instauration de la TVA a été décidée pour défendre les intérêts du fabricant local de voitures neuves. Cet article 5 qui annonce la fin de l’exclusion de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) sur décision du Conseil National de l’Investissement (CNI), développe également tout un argumentaire pour démontrer le bien-fondé de cette mesure.

 

Dans l’exposé des motifs, le législateur affirme que le retour de la TVA sur les produits à la vente va permettre aux opérateurs économiques activant dans le secteur du montage des véhicules de récupérer les montants payés dans le cadre d’une TVA imposée à l’entrée du territoire national de certaines de leurs acquisitions depuis l’étranger pour les besoins de leur activité industrielle. Ces opérateurs se retrouvaient jusque-là dans une situation de précompte structurel causé par l’application d’une TVA au titre de l’acquisition de leurs équipements industriels qu’ils ne peuvent plus récupérer puisque le produit fini acquis est exonéré de la TVA à 19 %.

En termes simples, l’Etat a décidé d’imposer au consommateur algérien le paiement d’une TVA de 19 % sur les véhicules neufs pour ne plus remettre aux constructeurs les sommes prélevées sur chaque importation des équipements et matières premières dont nécessite le fonctionnement d’une usine de montage des véhicules neufs en Algérie.

Ainsi, le constructeur va récupérer son argent en faisant taxer le consommateur. Et c’est pour cette raison que tous les prix vont augmenter significativement dans les jours à venir si cette LFC 2018  est adoptée telle quelle par l’APN et le Conseil de la Nation.

Cependant, le raisonnement fiscal de l’Etat algérien est très dangereux car il ne protégera nullement le constructeur en écrasant le pouvoir d’achat du consommateur. Au moment où les prix des voitures neuves commençaient à baisser, cette LFC 2018 va tout bousculer et provoquera une surenchère sans précédent. Les Algériens n’ont pas le pouvoir d’achat idoine pour supporter les nouveaux prix. Les constructeurs seront donc obligés de réduire significativement leurs marges bénéficiaires pour pouvoir vendre leurs voitures.

Mais les charges de production seront maintenus et peuvent augmenter à cause de la dévaluation du dinar algérien. L’activité du montage des véhicules ne sera donc plus rentable à défaut d’une forte consommation intérieure. Les voitures neuves seront chères à la vente et leur montage coûtera encore plus cher au constructeur. Le montage fiscal imaginé par les autorités algériennes risque de porter le coup de grâce à une activité industrielle qui avait été encouragée par des avantages fiscaux et parafiscaux. La consommation intérieure va s’effondrer. Et il sera nettement plus intéressant d’importer des véhicules neufs au lieu de les assembler ou de les monter en Algérie.

Le rêve d’investir en Algérie va petit à petit se transformer en un véritable cauchemar. Il est plus que nécessaire de revoir les dispositions de la LFC 2018 car tout le monde est perdant. Les consommateurs comme les constructeurs.