En ce jour de Mouharrem , après avoir prié, je viens vous implorer pour m’aider à finir ma vie en paix.

Mon fils Chitour Saïd, journaliste indépendant et fixeur pour le compte d’une multitude de journaux anglophones du monde entier (BBC, Washington Post, CNN, France 24, etc.) est en prison depuis 111 jours. Il est accusé du pire des crimes ; Celui de trahir son pays.

Étant tous deux diabétiques, on a dû m’hospitaliser en urgence et je ne remercierai jamais assez le bon dieu et les médecins de m’avoir laissé en vie pour continuer à prier et vous demander de m’aider à sortir mon fils innocent du piège ou il est emprisonné.

J’ai élevé mes neufs enfants (tous universitaires et cadres supérieurs) comme j’ai moi‐même été éduquée. La maison de mon père Arab Nath Touati, était le quartier du GPRA à Tunis. Amirouche, Benkhedda, Abane Ramadane et bien d’autres (dont des survivants comme le Commandant Azzeddine) étaient dans leur demeure chez mon père. Mon mari et père de mes enfants, a transporté armes et moudjahidines dans sa voiture des ponts et chaussées à BBA (Bordj Bourrerridj). A l’indépendance, avec Mouloud Kassem, il a suivi la construction de dizaines de mosquées à travers le pays. Comme mon père, lui non plus n’a jamais rien demandé en retour à sa mère patrie. Leur devise (qui a été inculquée à mes 9 enfants) demeure la même « servir son pays et non s’en servir « !

Monsieur le président, durant la décennie noire, au moment où une grande partie des intellectuels et journalistes algériens (comme une partie de mes enfants) ont fui la barbarie, Saïd Chitour comme beaucoup de « 3o’shak El Djazayer » (les passionnés de l’Algérie), a décidé d’y rester. Il s’est battu (souvent au péril de sa vie) avec sa plume, et toute son énergie pour l’image, et l’intégrité de l’Algérie. Durant plus d’un quart de siècle, il a fait découvrir les beautés et les grandes richesses culturelles historiques et artistiques de notre beau pays; non seulement aux journalistes, aux universitaires et chercheurs mais également aux touristes (avant la décennie noire, il était guide touristique).

Beaucoup d’entre eux m’ont appelé ces derniers mois pour me dire que c’est à travers les yeux et la passion de mon fils qu’ils ont appris à adorer notre El Djazayer. Je remercie tous les jeunes journalistes algériens qui m’ont contacté pour me dire que Saïd était leur modèle. Je remercie également le Monsieur des archives qui m’a appelé pour me rappeler que mon fils à l’âge de 23ans a refusé les offres financières qui lui ont été faites par des étrangers pour leur remettre les archives des ponts et chaussés (qui ont été oubliée dans notre maison de fonction). Il les a confiées aux archives nationales (voir le documentaire de la RTA à ce sujet).

Les deux avocats de mon fils sont unanimes et n’ont pas cessé de crier l’innocence de Saïd. Le dossier qui leur a été remis est vide ont‐ils répétés à sa famille et à la presse.
Monsieur le président mon fils est diabétique (il a perdu 20 kg ) et risque de mourir en prison. Ses 3 enfants adolescents, sont PROFONDÉMENT perturbés. Imaginez, Monsieur le Président, le poids d’une telle accusation sur leur papa. Leur maman s’est résignée à prendre une retraite anticipée pour les aider à traverser ce cauchemar. La chirurgienne qui a sauvé des centaines de vies ces dernières années a des grosses difficultés à assumer ce qui arrive à son mari et ses enfants.

Monsieur le Président, ayez pitié des mères que nous sommes et de leurs enfants. El chadda fik ou fi rabbi (Il n’y a que vous vous et dieu le tout puissant qui puissiez nous sortir de ce cauchemar qui nous tue à petit feu moi ,mes enfants ,mes beaux enfants ,et mes petits enfants). Que Lahna (la paix que vous avez réussi à rendre dans notre pays) puisse, vous revenir à vous et, à notre demeure.

Louisa Chitour née Touazi