Ferhat Mhenni fait une déclaration à partir de Londres pour appeler à la constitution d’un “Corps de contrainte” et d’une “Organisation de Sécurité” Kabyle (OS kabyle). L’objectif est clairement défini : substituer “la souveraineté Kabyle” à la souveraineté algérienne.

Toute personne sensée sait que « la contrainte » appelle ses moyens et que la sécurité suppose l’établissement d’un monopole de la violence. De ce point de vue là, les choses sont claires.

Mais essayons d’examiner les choses sur le plan légal. Ferhat Mhenni est un réfugié politique algérien en France. Il se dit président d’une association de fait constituée sur le sol français. Laquelle association de fait est connectée à une structure de soutien, une association support, le réseau ANAVAD qui relève formellement du droit français.

Théoriquement, les relations entre les deux Etats, algérien et français, existantes depuis le 03 juillet 1962, sont en ce moment au beau-fixe. Coopération sur divers plans, notamment celui-sécuritaire avec des facilitations algériennes certaines aux OpEx françaises, Berkane et Serval et le cantonnement, que beaucoup disent musclé, des flux migratoires sub-sahariens.

A examiner ces éléments, on pourrait dire que l’équation est simple. Petite protestation du partenaire de la France, rappel à l’ordre du troublions et peut-être mesure de rétention pour faire plaisir à Alger. Mais comme je le dis plus haut, les choses politiques ne sont jamais simples.

Aucune protestation du département de Messahel. La France qui peut certainement se sentir flattée par la référence à De Gaulle, n’a rien entendu et rien vu de ce qui s’est dit sur les rives de la Tamise. Paris sait bien qu’Alger bien plus préoccupée par la persistance du régime que le sort de la Patrie est malléable et peu encline à aller vers une protestation pour si peu et surtout en ce moment n’a-t-elle pas gobé la couleuvre de l’implication des Saoudiens dans le financement des OpEx citées ?

De plus, les affaires étrangères algériennes préfèrent un show à peu de frais en ruant dans les brancards au sujet de la journaliste Lila Haddad-Lefevre que de demander des explications au sujet d’un trublion qui ne rechigne pas à un aventurisme qui jettera la Kabylie en pâture et prépare les prétextes d’une intervention de la “communauté internationale”.

Chacun a donc ses calculs : Alger voit d’un bon œil une fuite en avant à laquelle les services de M. Tartag pourraient même donner un petit coup de pouce si le Lumpen Kabyle se montre, en fin de compte récalcitrant et peu enthousiaste Paris voit échouer entre ses mains une carte Joker, donc à usages multiples, monnaie d’échange, prétexte à intervention…

Dans tout cela, c’est la Kabylie qui est à plaindre. Elle se voit stigmatisée par un excité qui déverse sur elle un torrent de fiel avec l’assurance de l’impunité que procure la protection de parrains puissants. Jetée en pâture par un “président” auto-proclamé qui est une étrange synthèse entre Berria, Messali, De Gaulle et de Rabah Bencherif du PNSD. Une régence qui ne l’a jamais vue autrement que le cœur du Bilad essiba et des stratèges du multilatéralisme qui salivent à l’idée de son embrasement.

Trop peu de voix s’élèvent pour alerter sur la tectonique qui est en cours. Semble-t-il qu’il ne faut égratigner l’image du troubadour jadis connu sous le nom de Ferhat Imazighen Imula. Mais n’a-t-on pas vu, avant lui, des monuments tomber si bas qu’il n’est rien resté de leurs gloires passées ? Kautsky, le monument du mouvement ouvrier. Pétain, le héros de Verdun. Messali, la cheville ouvrière du PPA. Et bien d’autres. Il est temps de le comprendre et de le dire : Mhenni expose la Kabylie au danger. Il le fait au grand bonheur des Rais de la Néo-Régence d’Alger ; des Bugeaud et autres Duc d’Aumale ou Bastos embusqués dans les pénombres de la mondialisation.

Une contribution signée par Mohand BAKIR