Le malaise est énorme au sein de la Société Nationale des Tabacs et Allumettes (SNTA) où les travailleurs refusent de se taire face à cette “privatisation déguisée” de leur société. Algérie Part a obtenu de nouveaux documents exclusifs qui relatent la colère de ces ouvriers algériens face aux manœuvres secrètes de leur direction générale qui est en train de confier des pans entiers des activités de la SNTA à des investisseurs émiratis sans aucune transparence et sans une stratégie de rentabilité convaincante. 

Nous avions publié il y a quelques semaines un article sur la gestion de la Société Nationale des Tabacs et Allumettes (SNTA) et son bradage par les pouvoirs publics au profit d’un fonds émirati ayant abouti à la création de la Société des Tabacs Algéro-Emiratie (STAEM) et depuis quelques mois de l’Union Tobacco Company (UTC) en charge de la commercialisation des produits de la STAEM.

En janvier 2017, les employés de la SNTA ont appris que leur entreprise n’était plus la propriété de l’Etat, les actes de la création d’une nouvelle société avaient été signés à Dubaï sans que l’Etat ne communique sur cette cession ! Une nouvelle entreprise avait été créée, fin 2016, portant le nom d’UTC (Union Tobacco Company), dont le seul objet est de commercialiser la production de la SNTA…

Cette perspective a effrayé les travailleurs algériens engagés en faveur de la défense des outils de la production nationale. C’es dans ce contexte que le 23 mai dernier, le syndicat d’Entreprise UGTA de la SNTA a tenu une réunion pour faire part de ses protestations.

Le syndicat réclame la reconduction du contrat de travail et jette toute possibilité de démission forcée comme l’indique ce document exclusif en notre possession. Le transfert du capital humain vers la nouvelle entité créée par la SNTA et les investisseurs émiratis, UTC, inquiète fortement les syndicalistes. 

En l’absence d’un dialogue constructif, le syndicat de l’UGTA lève le ton et monte au créneau pour prévenir les autorités qu’il n’acceptera jamais des licenciements et une réduction des effectifs à cause des exigences de ce nouveau partenariat avec les émiratis.

Dans un autre document obtenu par Algérie, le syndicat UGTA réclame des éclaircissements importants à la direction générale qui s’enferme dans une discrétion intrigante alors que le destin de plus de 4000 employés est en jeu. Dans ce document, le syndicat demande la “permanisation” ou régularisation des titulaires de contrat à durée déterminée (CDD), le recrutement des agents placés en période d’essai et la réintégration des syndicalistes suspendus. Et puisqu’il y a des nouveaux investisseurs émiratis riches et puissants, pourquoi ne pas investir sur le capital humain de la SNTA en procédant à des revalorisations salariales ? Partant de ce principe, le syndicat de l’entreprise a demandé l’ouverture des négociations salariales.

Face à ces doléances, inquiétudes et préoccupations, la direction générale de la SNTA répond de manière très succincte et se contente de quelques annonces simplistes, comme le démontre ce document en notre possession, pour rassurer ses ouvriers. Une manière de faire qui soulève de nombreuses questions sur les véritables desseins de ce nouveau projet conclu avec les partenaires émiratis.

Rappelons enfin qu’au mois d’avril, après des mois de discrétion, le gouvernement algérien a finalement décidé de communiquer sur la cession de la société nationale des tabacs et allumettes (SNTA) à des partenaires émiratis.

Dans un court communiqué du gouvernement, nous avons appris que “le Conseil des Participations de l’Etat (CPE) donne son accord pour l’élargissement du partenariat industriel” entre le Groupe MADAR (ex SNTA) et l’entreprise mixte « United Tobacco Company » (UTC) », un partenariat signé en juillet 2017 entre une société émiratie et la division commerciale de la SNTA. Un partenariat dont on ne connaît encore ni les enjeux ni les objectifs.