C’est du jamais vu ! Un organisme aussi important et stratégique comme la Caisse Nationale des Assurances Sociales des Travailleurs Salariés (CNAS) n’a pas certifié ses bilans financiers depuis 2011 ! Une situation inédite qui démontre toute l’étendue dramatique de la très mauvaise gouvernance qui menace l’avenir des cotisations des  5,1  millions de salariés algériens. 
Pis encore, nous avons constaté au cours de nos investigations que tout le système de la gestion des finances de la CNAS connait des dysfonctionnements très inquiétants. Pour commencer, il faut savoir qu’en 2007 l’Etat algérien à  travers la loi 07-11 du 25 novembre 2007 a mis en place un système financier et comptable conforme aux normes internationales IFRS.
Les normes IFRS (International financial reporting standards) sont les normes internationales d’informations financières destinées à standardiser la présentation des données comptables échangées au niveau international. Les normes comptables IFRS sont éditées par le bureau des standards comptables internationaux, désigné sous ses initiales anglaises IASB.
Officiellement, ce système financier est devenu obligatoire à compter du 1er janvier 2010 et l’ensemble des entreprises algériennes se sont conformées à ces normes durant l’année 2010. Malheureusement, la CNAS a basculé vers ce système financier et comptable uniquement en 2016 ! Un organisme qui gère un portefeuille de 1000 milliards de dinars, à savoir prés de 10 milliards de dollars, tenait une comptabilité archaïque et non-conforme pendant 6 ans!  Cette situation remet en question toute la fiabilité de sa comptabilité et soulève des doutes sérieux au sujet de la gestion de ses finances.
Ces doutes se renforcent encore lorsque nous avons appris également que les bilans comptables de la CANS sont établis avec un retard d’une année, voire plus dans certains cas. Pis encore, nous avons découvert qu’aucun bilan comptable n’a été certifié depuis 2011 ! En Algérie, la loi en vigueur oblige toutes les entreprises étatiques ou privées à faire certifier leurs bilans comptables par des experts habilités.
Le non-respect de cette procédure est une grave infraction car il est obligatoire pour les organismes algériens de certifier leurs bilans comptables pour attester de la sincérité de leurs situations financières. Généralement, en Algérie, les grandes entreprises certifient leurs bilans durant les mois d’avril et mai de chaque année.
Nous avons appris dans ce dossier que la CNAS est saisie annuellement pas le ministère des finances pour régulariser sa situation très risquée. Aucun commissaire aux comptes n’a été retenu jusqu’en 2016 pour ausculter les comptes de la CNAS.
Selon nos investigations, seul le directeur financier de la CNAS a décidé qu’il fallait assainir les comptes comptables. Il s’agit d’un processus qui peut durer jusqu’à 5 ans ! Cela signifie que les bilans comptables de la CNAS ne seront certifiés qu’à partir de 2022. Et pendant toutes ces années, personne ne pourra contrôler les opérations financières réalisées par cette importante institution étatique. En clair, personne ne peut contrôler l’argent qui rentre et sort des caisses de la CNAS.
Algérie Part poursuit ses investigations et reviendra sur ce sujet avec de nouvelles révélations fracassantes dans ses prochaines publications.