C’est un dossier qui est géré dans les conditions les plus troublantes et sans la moindre transparence. Les 187 fermes agricoles pilotes réparties sur l’ensemble du territoire national font l’objet d’un processus de « privatisation » qui n’obéit à aucune stratégie claire et précise. Aucune vision économique avec des objectifs traçables n’a été rendue publique. Enquête. 
Algérie Part a obtenu des documents exclusifs qui démontrent que l’Etat continue de céder à des opérateurs privés des terrains agricoles stratégiques de ces fermes dont la taille moyenne peut varier entre 50 et 70 hectares pour chacune d’entre elles. C’est le groupe GVAPRO, un groupe public chargé du suivi, le développement et la coordination des filières de production et de valorisation des produits agricoles, qui est chargé de gérer ce dossier très délicat qui engage l’avenir de la production agricole en Algérie.
Ce groupe compte plusieurs filiales comme EPE SUDACO, spécialisée dans la production des dattes ou l’EPE SOA (Société Oléicole d’Algérie) spécialisée dans l’exploitation des oliviers. Le GVAPRO dispose en tout d’une surface agricole totale de 31 170 Ha. Une surface que lorgne de nombreux privés dont les intentions ne sont pas forcément nobles. Preuve en est, Algérie Part a obtenu les délibérations du Conseil des participations de l’Etat datant du 11 janvier 2018 qui retracent les échecs et difficultés du fameux partenariat public-privé mis en place par le gouvernement dans le secteur agricole notamment au niveau des fermes pilotes.
Ainsi, selon nos documents, le Conseil des participations de l’Etat (CPE) a procédé à l’annulation du partenariat et la récupération de 5 sociétés privés dont les partenaires n’ont pas réalisé les investissements projetés. Deux autres partenaires privés se sont également désistés des deux fermes pilotes de Belaidouni dans la wilaya de Tlemcen et la ferme Al Erfiane dans la wilaya d’El-Oued.
Néanmoins, dans son évaluation des partenariats engagés dans le cadre de la formule public-privé, le groupe GVAPRO a fait savoir que 8 sociétés mixtes ont réalisé leurs objectifs d’investissement. 4 de ces sociétés avaient fait l’objet de mises en demeure pour ne pas avoir tenu leurs engagements. Ces privés ont obtenu des terrains de ces fermes publiques depuis 2013 et leur bilan paraît clairement très mitigé, pour ne pas dire nul.
25 autres fermes pilotes ont été cédées à des partenaires privés depuis Mai 2017 alors que l’opération lancée en 2013 n’a pas donné des résultats spectaculaires. Force est également de constater que les critères de sélection des partenaires privés ne sont pas précisés ni soigneusement déterminés par le Conseil des participations de l’Etat. Ce dernier se comporte, d’ailleurs, avec beaucoup de légèreté dans ce dossier très sensible.
Sans se montrer très exigeant par rapport aux résultats des précédentes opérations de partenariat avec les privés, il continue à autoriser le groupe GVAPRO à établir des actes de transferts des agricoles aux sociétés communes créés avec des businessmans dont on ne connait ni le parcours exact ni les véritables compétences dans le secteur agricole.
Le CPE a même autorisé GVAPRO a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour 37 fermes pilotes afin de les inscrire dans le cadre de la formule du partenariat public-privé. Pour rappel, cette formule consiste à créer des sociétés communes entre une entreprise étatique et un opérateur privé. Des sociétés qui fonctionnent selon la règle 66/34% pour relancer l’économie nationale. « Les entreprises publiques économiques (EPE) qui réalisent des opérations de partenariat à travers l’ouverture du capital social en direction de l’actionnariat national résident, conformément à la législation en vigueur, doivent conserver, au moins 34% du total des actions ou des parts sociales (…) », exige à ce sujet la réglementation en vigueur en Algérie.
Or, la gestion du projet et la gérance financière revient essentiellement à l’opérateur privé dans les projets lancés dans le cadre de cette nouvelle formule destinée à relancer l’économie algérienne.
Les intentions sont, certes, louables, mais comme le foncier agricole en Algérie est précieux et revêt un intérêt stratégique, il aurait été judicieux de bien encadrer cette formule par des exigences très pointues. En cette période de dépendance alimentaire à l’égard de l’étranger, l’Algérie ne peut pas se permettre de brader une surface agricole de 31 170 Ha à des aventuriers dangereux.