C’est un épineux dossier qui revient toujours sur le devant de la scène à chaque mois du Ramadhan : les sondages d’audience sont-ils réellement crédibles en Algérie ? Les classements des chaînes de télévision les plus regardées sont toujours contestés, les chiffres et statistiques révélés suscitent le mécontentement des uns et le bonheur des autres. Mais une seule chose est sûre : il n’y a aucun consensus autour de ces études censées nous apprendre ce que les Algériens regardent lorsqu’ils allument le petit écran. 

Les deux instituts les plus ciblés par les critiques sont IMMAR et MMR. Derrière IMMAR, nous retrouvons Brahim Sail, qui se dit spécialiste dans la Médiamétrie (marketing lié aux médias) ainsi que le sondage.  L’homme parle bien, semble maîtriser ses propos, mais dans le milieu publicitaire et des médias, les études pondues par ses équipes alimentent des polémiques incessantes. Derrière MMR, nous retrouvons Tarek Benounas et Nassim Mouaci. Le premier dispose d’une expérience de 10 ans chez IMMAR et le deuxième est un spécialiste de la veille. Un parcours qui ne semble guère suffisant pour s’imposer comme les spécialistes des sondages fiables, des données délicates et stratégiques.

En 2016, lors d’une interview accordée à nos confrères de Radio M., le patron d’Immar avait estimé qu’en Algérie, “les professionnels (médias et les annonceurs) ne sont pas suffisamment organisés entre eux” pour comprendre l’intérêt crucial des sondages. “Les annonceurs, les agences publicitaire et les supports média ont tous intérêt à avoir une mesure d’audience permanente”, avait-il indiqué à l’époque. Sur le principe, tout le monde peut adhérer à la démarche de Brahim Sail sauf que ce dernier omet de souligner qu’en Algérie, les sondeurs eux-mêmes ne sont pas encadrés par un arsenal juridique qui peut garantir à l’opinion publique algérienne de se protéger contre les méfaits de la manipulation.

La manipulation des chiffres et des statistiques pour faire plaisir aux télévisions qui sortent le chéquier et paient rubis sur l’ongle ces sondages “commandés”, voila la première menace à laquelle nos “sondeurs” ne semblent pas préparés. “Celui paie l’orchestre, choisit ainsi la musique !”, s’est indigné à ce propos le 03 juin 2017 dans les colonnes d’Algérie Part  le Professeur à l’École nationale supérieure de journalisme et des sciences de l’information d’Alger, Belkacem Mostefaoui.

Cet expert respecté et reconnu pour ses compétences et son intégrité avait déploré “la collision avec des intérêts privés” dans les études de sondage menées dans notre pays. “Contrairement aux pays développés, il n’y a aucun instrument de régulation dans notre pays. il n’est pas possible de croire en la fiabilité des sondages de ces agences y compris de ceux d’Immar qui se targue d’une expérience internationale”, avait décrypté Belkacem Mostefaoui.

Ce constat a déjà été établi en avril 2011 par Laïd Zaghlami, professeur à l’Institut de l’information, qui avait dénoncé ouvertement la manipulation dans les enquêtes de sondage en Algérie. Depuis de longues, des appels ont été lancés aux autorités publiques afin de pour assainir et organiser. Des appels qui n’ont trouvé aucune oreille attentive et les autorités algériennes, notamment le ministère de la Communication, ont préféré tolérer une anarchie dangereuse qui peut induire l’opinion publique algérienne en erreur et causer des dangereux malentendus.

Les résultats d’un sondage peuvent modifier une opinion, influencer des décideurs et changer le destin d’un événement. Il n’est donc pas normal que l’Algérie ne se dote pas comme en France d’une commission des sondages qui contrôle la fiabilité de ces études.

Mais la situation est-elle pour autant catastrophique en Algérie ? Un expert ayant requis l’anonymat affirme que non et estime que les sondages d’audience dressés en ce moment par les agences algériennes comme MMR utilisent des méthodes scientifiques fondées. De l’échantillonnage jusqu’au traitement et analyse en passant par la collecte des données, cet expert fait savoir que les agences algériennes disposent des compétences nécessaires pour dévoiler des sondages fiables et de qualité.

Malheureusement, cet optimisme n’est guère partagé par de nombreux professionnels de la communication dans notre pays. Sans une loi qu établit la norme méthodologique et impose un nombre d’informations que devront communiquer les organismes producteurs de sondages aux médias diffuseurs de ces sondages, les algériens ne seront jamais à l’abri de la manipulation.