Berrahal, la une commune paisible de la wilaya d’Annaba, est secouée depuis plusieurs années par un scandale de détournement foncier qui fait couler beaucoup d’encre. Un scandale dans lequel est impliqué l’un des hommes les plus riches de tout l’est algérien, à savoir Ryad Hacen-Khodja. Enquête. 

Cet homme d’affaires est le propriétaire et PDG de l’Eurl KIV Group, le représentant exclusif de la marque chinoise de véhicules utilitaires Foton. Le 20 avril 2017, le constructeur chinois, Foton, a signé à Alger un accord de partenariat avec son distributeur algérien, KIV, pour la création d’une usine d’assemblage de camions à Annaba. Pour cet événement, l’homme d’affaires a réussi à faire venir à Alger une forte délégation chinoise composée des hauts responsables de la municipalité de Pékin.

Un terrain de 41 000 m2 a été dégagé pour l’implantation de l’usine des véhicules FOTON qui se trouve à quelques encablures de la ville d’Annaba. Il s’agit d’un projet d’investissement qui est évalué à 50 millions de dollars avec une création de 200 emplois directs dès son lancement. Ryad Hacen-Khodja prévoyait l’assemblage de 5 000 véhicules pour 03 modèles dès l’entame des activités, un chiffre appelé à augmenter graduellement pour atteindre 50 000 unités à l’horizon 2028, avec l’ensemble des modèles qui seront assemblés en Algérie.

Jusque-là tout va bien et Ryad Hacen-Khodja est présenté comme, du moins dans les apparences, l’un des représentants de cette nouvelle génération d’industriels algériens ambitieux et prometteurs. Sauf que la face cachée de l’iceberg dévoile une autre facette de totalement méconnue jusque-là de ce personnage. Algérie Part a obtenu des documents exclusifs qui retracent l’implication de cet homme d’affaires prospère dans un scandale de détournement de foncier à Berrahal (Annaba). L’investisseur a hypothéqué le 20 février 2014 auprès de l’agence d’Al Baraka un terrain de 2 hectares. Cette hypothèque lui permet d’obtenir un crédit de 150 milliards de centimes. Et pourtant,  ce terrain ne coûte pas plus de 15 milliard de centimes, a-t-on constaté au cours de nos investigations. Mais ce détail n’est pas le plus étrange de cette affaire car ce terrain en réalité ne lui appartient même pas !

Il s’agit d’une assiette foncière dont la propriété est revendiquée par Redouane Ainouz, un commerçant de Berrahal qui possède au moins 1,5 hectare du terrain hypothéquée par le patron de Foton Algérie auprès d’Al Baraka Bank. Redouane Ainouz se bat depuis de longues années au niveau de la Cour de justice d’Annaba et du tribunal de Berrahal pour reprendre le terrain de son défunt père, Abdelmadjid Ainouz, l’avait acheté en 1985. Un acte de propriété en bonne et due forme a été publié en 1995.

 

Situé sur un site stratégique ayant attiré les convoitises depuis des années, la famille Ainouz a préféré l’exploiter au lieu de le revendre. Redouane Ainouz obtient un permis de construire pour bâtir un poulailler en 1985. Les années passent et rien n’ébranle la sérénité des nouveaux propriétaires de ce terrain. Mais en 1998, un événement vient chambouler le destin de Redouane Ainouz. Dans l’anonymat total, les services du cadastre ont procédé à l’arpentage des terres de la famille Khroufi, les anciens propriétaires des terres vendues en 1985 à la famille Ainouz. Les agents de l’administration du cadastre opèrent une grossière manipulation et attribuent toutes les terres à Fella Khroufi, la grand-mère de la famille des propriétaires terriens. Toutes les terres y compris celles qui ont été vendues à d’autres familles comme les Ainouz en 1985.

Secrètement, la conservation foncière va pondre un plan de partage de terrains qui attribuera la propriété du terrain du père de Redouane Ainouz à Fella Khroufi ! Une incroyable manipulation que personne ne va découvrir avant 2014. Et pour cause, en 2006, le milliardaire Ryad Hacen-Khodja entre en scène et achète d’un coup pas moins de  8,5 hectares aux héritiers de la famille Khroufi. Le terrain de Redouane Ainouz se trouvait parmi ces 8,5 hectares.  En 2010, l’histoire s’accélère et ces terrains deviennent très précieux puisque la wilaya d’Annaba décide de transformer cette zone naguère rurale en une zone d’activité économique avec tous les avantages y afférents.

Le 16/ 12/2013, Redouane Ainouz est “agressé” dans sa propre propriété par des bulldozers dépêchés par l’homme d’affaires Ryad Hacen-Khodja qui veut démolir le poulailler familial ainsi que les premières fondations d’une briqueterie que Redaoune Ainouz envisageait de lancer sur son terrain.

Bouleversé et choqué, Redouane Ainouz saisit la gendarmerie nationale et dépose plainte le 17/11/2013 pour demander la suspension des travaux de démolition. Les forces de la gendarmerie interviennent une première fois, mais personne ne saura arrêter les engins de l’homme d’affaires. Le procureur de la République près le tribunal de Berrahal se contentera d’exiger uniquement à l’homme d’affaires de suspendre la démolition des infrastructures appartenant à Redouane Ainouz. Cependant, les équipes du patron de Foton Algérie ont été autorisées à poursuivre le terrassement du terrain qui lui appartient même pas ! Un long combat judiciaire commence pour Redouane Ainouz.

De fin 2013 jusqu’à aujourd’hui, ce citoyen algérien qui possède tous les documents démontrant qu’il est le propriétaire de ce terrain dont il a été dépossédé par l’arbitraire, a subi 20 procès. Des procès durant lesquels il n’a jamais récupéré son terrain. Il a seulement obtenu le gel des travaux de construction et démolition d’une partie de son poulailler et une autre partie de sa future briqueterie. Mais le richissime Ryad Hacen-Khodja tire énormément profit de cette assiette foncière hypothéquée auprès d’Al Baraka Bank à Annaba. Il ne subit donc aucun préjudice contrairement à Redouane Ainouz.

Pour ce dernier, il n’y a aucun doute : le pouvoir de l’argent a corrompu l’administration foncière et judiciaire à Annaba pour le déposséder de son terrain situé au coeur de la zone d’activité de Berrahal. “J’ai des preuves que des pots-de-vin ont été versés pour trafiquer et manipuler des documents de la conservation foncière dans le seul but de me prendre mon terrain”, s’indigne ce concitoyen qui promet de poursuivre son combat face au pouvoir occulte de ces grosses fortunes. Au cours de toutes ces procédures judiciaires, Redouane Ainouz découvre que les services de la conservation foncière ont tenté de remettre en cause l’acte de propriété délivré à son père en 1995 à la lumière d’un plan d’arpentage plus que contestable. L’homme va découvrir également d’étranges et suspectes collusions d’intérêts entre le richissime propriétaire de Foton Algérie et des hauts responsables de la wilaya ainsi que la conservation foncière d’Annaba.

“Je déposerai plainte après le Ramadhan contre l’homme d’affaires Ryad Hacen-Khodja et l’administration foncière. Je ferai en sorte que l’affaire soit transmise jusqu’à la Cour Suprême. Je ne vais pas me taire face à cette injustice”, conclut sur un ton amer et déterminé à la fois ce compatriote dont la vie a basculé dans l’absurde à cause du diktat de notre administration.