Depuis le début du Ramadhan, la majorité des produits connaissent une hausse vertigineuse ayant un impact sur le pouvoir d’achat des Algériens.  Le ministère du commerce essaie de rassurer les Algériens en annonçant des prévisions euphoriques. Or, la maîtrise du processus inflationniste renvoie à toute la politique économique du gouvernement. Décryptage. 

S’agissant d’un problème aussi complexe que celui de l’inflation, il me semble utile de préciser que qu’une analyse objective doit tenir compte de la structure et des particularités de l’économie à laquelle ils sont appliqués, les aspects de structure de l’économie internationale, de l’économie interne résultant de l’option de la stratégie de développement économique, aux schémas de consommation générés en son sein pour des raisons historiques, d’influences socioculturelles et aux composantes des différentes forces sociales pour s’approprier une fraction du revenu national.

La donnée démographique me semble stratégique. La population algérienne est passée de 12 millions en 1965, de 34 591 000 le 1er juillet 2008, à 37,5 millions d’habitants en 2010, 39,5 millions d’habitants au 1er janvier 2015, 40,4 au 1er janvier 2016,  41,2 millions d’habitants au 1er janvier 2017 et s’oriente vers 50 millions horizon 2030 avec une demande additionnelle d’emplois variant entre 350.000/400.000/an qui s’ajoute au taux de chômage actuel.

Le taux d’inflation officiel entre 1989 et le premier trimestre  2018 a été le suivant : 17 87% en 1989 ; 25 88% en 1991 ; un pic de 31,68% en 1992 ; 21,9% en 1995 ; 5% en 1998. En 1999 : 4/2% ; en 2000 : 2% ; 2001 et 2002 : 3% ; en 2003 : 3,5% ; en 2004 : 3,1% ; en 2005 1,9% ; en 2006 : 3% ; en 2007 : 3,5% ; en 2008 : 4,5% en 2009, 5,7% en 2010, 5% ; en 2011, 4,5%, en 2012, 8,9%, en 2013, 3,3%, en 2014, 2,9%, en 2015, 6,7% en 2016   8% en janvier 2017 et selon l’ONS, l’ évolution des prix à la consommation en rythme annuel jusqu’à février 2018 et le taux d’inflation moyen annuel calculé en tenant compte des 12 mois allant de mars 2017 à février 2018 par rapport à la période allant de mars 2016 à février 2017 a été de 5%.

Le seuil des 10 % 

En Algérie, le taux d’inflation est comprimé artificiellement par les subventions sinon il dépasserait facilement les 10%. La perception de l’inflation est différente d’une personne qui perçoit 200 euros par mois de celle qui perçoit 10.000 euros n’ayant pas le même modèle de consommation. Un agrégat global comme le revenu national par tête d’habitant peut voiler d’importantes disparités entre les différentes couches sociales. Une analyse pertinente devrait lier le processus d’accumulation, la répartition du revenu et le modèle de consommation par couches sociale afin de situer le taux d’inflation réel pour déterminer le véritable pouvoir d’achat.

Aussi, une interrogation s’impose : Comment un Algérien qui vit au SNMG soit moins de 190 euros par mois au cours officiel, soit 6,2 euros par jour et 4 euros/jour au cours du marché parallèle, peut-il résister à la cherté de la vie alors que le kilo de viande est de plus de 10 euros, la majorité des fruits dépasse 2 euros le kilo sans oublier les produits de première nécessité comme la pomme de terre ? Les détails sur :

Comment cet algérien peut-il faire face aux dépenses incontournables : alimentation, transport, santé, éducation ? La cellule familiale, paradoxalement, la crise du logement (même marmite, même charges) et les subventions et transferts sociaux mal ciblées et mal gérés  jouent temporairement et imparfaitement comme tampon social, encore qu’il faille pas seulement se focaliser  sur les subventions aux produits de première nécessité car il faut prendre en considération également le montant  des surcoûts  des projets, la mauvaise gestion et  la corruption  qui alourdissent le prix final aux consommateurs.

L’inflation joue comme vecteur de redistribution et de concentration du revenu national au profit des revenus variables et pénalise les revenus fixes. Nous sommes dans un cercle vicieux : l’inflation accélère les revendications sociales pour une augmentation des salaires qui à leur tour en cas de non productivité accélère l’inflation. Comme la détérioration du pouvoir d’achat accroît soit l’endettement des ménages ou accélère la dé-thésaurisation des ménages notamment les couches moyennes qui se paupérisent en la mettant en circulation, leur épargne gonflant la masse monétaire en circulation, accélérant, en cas de rigidité de l’offre, le processus inflationniste. Qu’en sera t-il avec l’éclatement de la cellule familiale et en cas de chute du cours des hydrocarbures ne pouvant plus subventionner ?

En Algérie, force est de constater qu’un couple avec deux enfants devant percevoir minimum entre 45.000 et 60.000 dinars/mois pour uniquement couvrir les besoins de subsistance.

Mais quelles sont donc les raisons essentielles de l’inflation en Algérie ?  

Bien que dialectiquement solidaires, je recense trois raisons essentielles.

 -Premièrement, l’inflation provient de la faiblesse de la production et de la productivité interne du fait que 97/98% des exportations sont le résultat des hydrocarbures à l’état brut et semi-brut tenant compte des déchets d’hydrocarbures comptabilisés dans la rubrique exportation hors hydrocarbures. En outre, plus de 95% du tissu économique algérien est constitué de PMI/PME organisées sur des structures familiales ne possédant pas de management stratégique, ne pouvant pas faire face à la concurrence internationale. Les importations couvrent 70/75% des besoins des ménages et des entreprises dont le taux d’intégration ne dépasse pas 10/15%. On peut démontrer facilement que le taux de croissance officiel hors hydrocarbures de 5/6% a a été obtenu uniquement via la dépense publique et qu’il ne reste pour les entreprises véritablement autonomes créatrices de richesses, pouvant évoluer dans un environnement concurrentiel mondial, moins de 20% du produit intérieur brut.

Nous avons évidemment la croissance démographique et le versement de salaires sans contreparties productives. Le taux de chômage officiel est biaisé incluant les sureffectifs des administrations, des entreprises publiques, les emplois dans la sphère informelle et les activités temporaires de moins de six mois ainsi qu’une partie des emplois improductifs. Or, le taux d’emploi est calculé en fonction du taux de croissance et des structures des taux de productivité. Car la vrai richesse ne peut apparaître que dans le cadre de la transformation du stock de monnaie en stock de capital, et là réside toute la problématique du développement.

Avec l’importance de la dépense publique, le  taux de croissance aurait du dépasser les 10% entre 2004/2017. Malheureusement la moyenne a été de 3%. Cela est dû à quoi ? Mauvaise allocation des ressources, mauvaise gestion, corruption ?  En réalité, l’Algérie dépense deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats ce qui démontre une mauvaise gestion pour ne pas dire une corruption socialisée. Et l’Etat algérien continue de dépenser sans compter en lançant des projets qui ne sont fiables économiquement et souvent pour des raisons de prestige.

Tant qu’il y a la rente. Mais l’Algérie peut-elle continuer dans cette voie suicidaire de subventions généralisées sans ciblage, de versements de salaires sans contreparties productives, des assainissement répétées des entreprises publiques avec des recapitalisations répétées des banques publiques contrôlant 80% du crédit global, malades de leurs clients souvent non bancables, au risque sans relèvement des taux d’intérêt d’une faillite du système bancaire freinant l’investissement ? Cette masse monétaire sans contreparties productives alimente le processus inflationniste.

La suite de ce décryptage réalisé par le professeur Abderrahmane Mebtoul à lire dans la deuxième partie