Le 15 septembre 2017, l’Association française de normalisation (AFNOR), sous la tutelle du ministère chargé de l’Industrie, a mis en place une norme expérimentale pour définir le caractère « halal » d’un produit alimentaire, à la demande des industriels pour qui le juteux marché du halal représente de magnifiques opportunités d’exportations.

L’AFNOR avait alors déclaré qu’elle « ne livre aucune définition nouvelle d’ordre religieux », et ne fait que s’appuyer sur les directives du codex alimentarius de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), publiées en 1997 à l’initiative de la Malaisie.

Les représentants musulmans du Conseil français du culte musulman (CFCM) ainsi que les principales mosquées impliquées dans la certification halal auraient, selon l’AFNOR, été associés à la commission.

Pourtant Le CFCM, nie ces déclarations en affirmant ne pas « être associé, ni de près ni de loin, a toute manœuvre d’ingérence par l’Afnor, dans la définition du halal qui est du ressort exclusif des instances religieuses musulmanes » comme il rappelle qu’il avait annoncé publiquement, déjà en avril 2015, son retrait des travaux menés par l’Afnor.

Les trois grandes mosquées qui ont le monopole du halal en France et qui en tirent de substantiels revenus ont elles aussi réagi et dénoncé une « escroquerie morale ».

Effectivement en 2010, le conseil français du culte musulman avait annoncé une « charte du halal », obéissant à un référentiel religieux, et d’un « label » sans qu’on ne puisse, encore en 2015, s’entendre sur la manière de le délivrer.

Mais devant cette contestation générale des instances musulmanes en France, le 19 Avril 2018, l’AFNOR a décidé de retirer la norme halal.

Des observateurs s’étaient inquiétés de voir le gouvernement d’un pays laïc comme la France s’immiscer dans une norme halal et déroger à la loi 1901 sur les associations qui permet d’exprimer une liberté fondamentale : celle de se grouper pour s’entraider, se défendre ou pour « créer ensemble »…

Alors pourquoi cet intérêt pour le marché du halal ?

En France, ce marché avait été estimé en 2010 à plus de 5 Milliards d’euros annuellement par le cabinet Solis.

La progression du marché halal, en croissance continue, selon le cabinet Nielsen : + 7,3 % entre 2015 et 2016, + 20 % depuis 2013 s’explique par une importante immigration maghrébine, mais aussi de nombreux musulmans originaires d’Afrique subsaharienne, de Turquie ou d’Asie.

A l’export, les Industriels français sont conscients par ailleurs que leurs concurrents prennent des parts de marché dans des pays où ils auraient une légitimité, mais où il est reproché à la France l’absence de norme.

Le marché international du halal est estimé à 600 milliards de dollars (un peu plus de 500 milliards d’euros) dans le monde. Il pourrait atteindre les 2 000 milliards de dollars par an en 2025 ce qui aiguise l’appétit des industriels français.

Les substantielles marges que pourrait engranger l’industrie française dans les exportations de produits halal passerait forcément par le ministère du développement islamique de la Malaisie (Jabatan Kemajuan Islam Malaisie ou JAKIM) qui a élaboré la norme N°1 mondiale des produits halal.

En 2011, la Malaisie avait signé avec la France un accord de partenariat entre le port de Marseille-Fos et le port de Keelang. Le hub ainsi créé doit constituer une plateforme pour améliorer les échanges des produits certifiés halal entre les deux pays.


Cet accord qui profite surtout à la Malaisie, devait fournir des produits halal à la grande distribution profitant ainsi d’un marché halal européen évalué à 22.5 milliards d’euros !

L’Algérie ne pourrait-elle pas constituer une alternative aux produits halal malaisien dans un marché mondial estimé en 2018 à 1870 Milliards de Dollars ?

Les instances algériennes en France, ne pourraient-elle pas s’organiser autour d’un label halal et permettre ainsi l’échange avec l’Algérie de produits halal pourvoyeurs de richesses ?

Dommage…