C’est une affaire unique en son genre ! La direction générale d’Air Algérie a déposé plainte le 12 avril dernier au tribunal de Dar El-Beida contre 7 leaders syndicaux du syndical national personnel navigant commercial (SNPNCA), une organisation qui défend les intérêts et  les droits des 1200 hôtesses et stewards de la compagnie Air Algérie.

Comme le démontrent ces documents judiciaires obtenus exclusivement par Algérie Part, Air Algérie poursuit en justice les 7 syndicaux pour démontrer l’illégalité de leur mouvement de grève enclenché le 22 janvier 2018. Mais les responsables de la compagnie battant pavillon national ne s’arrêtent pas là et réclament aux leaders du SNPNCA d’indemniser toutes les pertes provoquées par ce mouvement de grève. Les 7 syndicaux sont appelés à rembourser une facture salée établie à plus de 1,3 million de dollars !

Une somme tout simplement astronomique ! Les 7 employés d’Air Algérie seront présentés devant le juge du tribunal de Dar El-Beida demain dimanche 20 mai. Ces 7 syndicaux vivent un véritable feuilleton abracadabrantesque. Et pour cause, leur syndicat est totalement reconnu par les autorités publiques. Et l’article 57 de la Constitution algérienne précise clairement que : “le droit de grève est reconnu, Il s’exerce dans le cadre de la loi”. En dépit de tout cet arsenal juridique, les 7 leaders syndicaux d’Air Algérie sont suspendus de  leurs fonctions et privés de salaires depuis le 25 janvier 2018.

4 mois sans salaires. 4 mois sans aucun travail. Tout a commencé le 22 janvier 2018 lorsque le tribunal de Dar El-Beida s’est prononcé sur l’illégalité de la grève enclenchée par le SNPNCA. Une grève qui avait cloué au sol tous les avions d’Air Algérie. La direction générale d’Air Algérie, représentée par Reda Toubal Seghir, chef de division des affaires générales de la compagnie nationale, affirme devant ce tribunal que les grévistes ne lui ont transmis aucun préavis de grève comme le dicte la loi en vigueur.

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Une affirmation infondée et mensongère puisque le SNPNCA le 26/12/2017 a organisé une Assemblée Générale Extraordinaire au cours de laquelle 353 avaient voté pour un préavis de gréve en présence d’un huissier de justice. Le 31/12/2017, un préavis de grève en bonne et due forme a bel et bien été déposé au niveau du ministère des Transports et des Travaux Publics ainsi que la direction générale d’Air Algérie. Le 02/01/2018, une séance de travail est organisée au ministère des Transports entre les représentants du SNPNCA et la direction générale d’Air Algérie. Le lendemain, le 03/01/2018, une autre séance est organisée au niveau de l’Inspection de Travail d’Alger à Mohammedia. Le 08/01/2018, les syndicalistes d’Air Algérie ont été reçus une nouvelle fois par le ministère des Transports.

Toutes ces réunions n’ont pas abouti et aucune volonté de dialogue n’a été manifestée par la direction générale d’Air Algérie. Les hôtesses et syndicalistes réclament une revalorisation salariale comme le permet un accord convenu entre le SNPNCA et l’ancien PDG d’Air Algérie, Mohamed Abdou Bouderbala qui a été démis de ses fonctions en février 2017.

La protestation était donc inévitable et intervient après 22 jours du dépôt du préavis de grève alors que la loi algérienne permet aux travailleurs algériens d’entrer en grève après 8 jours qui suivent le dépôt d’un préavis de grève.

Suspendus de leurs fonctions et privés de leurs salaires après avoir exercé leur droit légitime, les 7 leaders du SNPNCA rencontrent Bakhouche Alleche, le PDG d’Air Algérie, qui les rassure et leur fait la promesse de les réintégrer dans leurs postes de travail. Une promesse qui ne sera jamais tenue.

Et pourtant, le 19 mars 2018, la Cour de justice d’Alger va procéder à l’annulation du premier jugement prononcé le 25 janvier par le tribunal de Dar El-Beida.

Le 10 mai 2018, les syndicalistes d’Air Algérie obtiennent une nouvelle victoire lorsque l’Inspection régionale du travail d’Alger adresse une correspondance à la direction générale d’Air Algérie pour lui exiger de respecter les droits syndicaux de ces 7 travailleurs et de les réintégrer dans leurs postes.  

Mais la direction générale de la compagnie aérienne fera fi de cette correspondance de l’Inspection du Travail. Les 7 employés et délégués syndicaux sont toujours rejetés, méprisés et suspendus de leurs fonctions. Un cas inédit et une injustice rarement égalée. Le SNPNCA adresse plusieurs lettres aux autorités du pays pour les interpeller et leur exposer ce cas flagrant de violation du code du travail et des libertés syndicales consacrées par la loi algérienne. Ces lettres sont restées sans lendemain. Et en plein mois sacré du Ramadan, des travailleurs algériens sont privés de leur gagne-pain qui nourrit leurs familles. Algérie Part reviendra sur ce dossier brûlant avec de nouvelles révélations dans ses prochaines investigations.