Le mercredi 18 Avril 2018 s’est tenue au sénat en France, une réunion de la Commission des Affaires Etrangères, de la Défense et des Forces Armées Françaises, présidée par Mr Christian Cambon.

Le but de cette réunion était de rendre compte de la situation après une mission auprès de la principale opération extérieure de l’armée française à l’étranger lancée le 1er août 2014 : l’opération Barkhane, dont le budget est de 600 Millions d’euros par an.

Cette opération, qui fait suite à l’opération Serval de Janvier 2013 lancée par l’ex Président français François Hollande pour contrer l’avancée de troupes djihadiste au Mali, repose sur une approche globale (politique, sécuritaire et de développement) et une logique de partenariat avec les principaux pays de la bande sahélo-saharienne.

Le volet militaire porté par l’opération Barkhane, est conduit par 4500 soldats de l’armée française et en partenariat avec les armées des pays concernés à travers le G5 (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad.), pour lutter contre les Groupes armés terroristes sur l’ensemble du territoire compris entre le Sahara et le Sahel, mais principalement au Mali.

Cette commission constate que les accords d’Alger de 2015 sont au point mort et que l’insécurité risque de se propager – et peser sur nos frontières – alors que l’Algérie s’est toujours accordée à penser que seule une solution politique malienne pourrait stabiliser le Sahel.

Lors d’entretiens politiques au Niger et au Mali, Mr Olivier Cigolotti, secrétaire de la Commission des Affaires Etrangères, de la Défense et des Forces Armées Françaises, a déclaré au sénat avoir abordé la question de l’Algérie, sans laquelle rien ne peut se régler au sahel.

”…On ne peut pas concevoir la paix et la stabilité de cette immense région sans l’Algérie…’’ affirme-il face aux élus.

Ces déclarations flatteuses dans le discours sont plus nuancées un peu plus loin dans ses déclarations ou pointe un reproche à peine voilé.

L’Algérie a joué un rôle positif quand elle a autorisé le survol de son territoire par des avions de guerre français, quand elle a livré de l’essence, quand elle a parrainé les accords d’Alger en 2015. Mais elle est aujourd’hui en arrière de la main, et c’est une préoccupation forte’’

Pour enfin poser un jugement hâtif sur le rôle de l’Algérie et une question qui renvoie notre pays à un pays désengagé de la lutte contre le terrorisme….

L’Algérie joue un rôle ambigu pour la mise en œuvre de l’accord de paix dont elle est pourtant garante. Au-delà de la collaboration de façade sur le dossier malien, certains se demandent quel est son engagement réel pour le retour de la stabilité politique et la lutte contre le terrorisme.’’

Ladislas Poniatowski, autre membre de la même commission sénatoriale et membre du parti présidentiel affirme même que l’Algérie ‘’c’est un pays essentiel qui devrait s’impliquer davantage pour la sécurité régionale’’

Le Président de la commission, Christian Cambon, clôt enfin les débats en insistant sur le rôle crucial de l’Algérie avec ses 3 millions de soldats…

Pourquoi insiste-t-on tant en France pour que l’Algérie s’implique au Sahel ?

La peur de voir un islamisme violent faire tomber les gouvernements actuels et créer une zone de déstabilisation majeure à la frontière de l’Europe ?

C’est possible. Mais la France, à travers cette mission du sénat, a dressé un tableau bien pessimiste de la présence française dans cette zone sahélo-saharienne.

Barkhane est impuissante à faire émerger une solution politique et souligne le manque d’efficacité de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) créée par le conseil de sécurité de l’ONU le 25 avril 2013.

Photos UNMISS Martine Perret 6 March 2013.

L’accord de paix qui prévoyait un désarmement et un renoncement des rebelles armées aux revendications d’indépendance de l’Azwad, qui représente les territoires nord du Mali, n’a pas été respecté.

La mission Barkhane, en sécurisant le Nord du Mali, n’a pas éliminé la menace qui pesait sur ce territoire malien, elle a juste poussé les groupes terroristes en Mars 2017 à tous s’unir autour de Iyad Ag Ghali, l’ex fondateur du mouvement salafiste Ansar Dine, devenue chef du Rassemblement pour la Victoire de l’Islam et des Musulmans (RVIM), proche d’El Qaida et d’AQMI, et à se déployer dans le centre et le sud-est du pays.

Iyad Ag Ghali . AFP PHOTO / ROMARIC OLLO HIEN (Photo credit should read ROMARIC OLLO HIEN/AFP/GettyImages)

Alors même que le Ministre français de l’Intérieur Gérard Collomb avait affirmé, lors de son passage à Alger mi-mars 2018, que “Les Algériens, qui ont souffert du terrorisme, nous ont confirmé qu’il n’y a pas de terroristes chez eux”, Iyad Ag Ghali est considéré par la presse en France comme l’homme des algériens.

Ces mêmes sources indiquent que ce personnage aurait de tous temps été soutenu par les services de sécurité algériens afin d’avoir main mise sur cette zone d’influence qu’est l’Azwad et de pouvoir l’utiliser pour contrer les poches terroristes au sud du pays.

Les raisons de cette pression médiatique dirigée sont simples.

La France fait face à une impasse politique à quelques mois des élections présidentielles au Mali, tout comme elle subit une méfiance locale grandissant, confortée par certaines déclarations de parlementaires maliens qui n’hésitent pas à critiquer son action, l’accusant d’avoir pour motivation principale d’assurer sa mainmise sur les ressources naturelles dont le nord du Mali regorgerait !

Cet amer constat des élus du peuple français donne encore une fois raison à l’Algérie et à son Armée, dans ce principe érigé en doctrine, tant décrié par la communauté étrangère, qui consiste à ne jamais aller combattre hors de ses frontières.

L’échec français au Mali ravive le réalisme des déclarations algériennes que toute intervention militaire serait un échec.

La France embourbée dans ce conflit souhaiterait comme ultime alternative, à l’image de la communication de cette commission sénatoriale, impliquer l’Algérie dans le Sahel et s’extirper d’une mission qui a montré ses limites.

A Alger, personne n’est dupe et cela irrite en haut lieu…