Très peu d’Algériens le savent : la fédération équestre algérienne (FEA) est devenue  ces derniers temps la deuxième plus riche fédération sportive en Algérie. Ce nouveau statut lui vaut une série de crises internes qui s’expliquent, selon nos investigations, par toutes les convoitises que suscitent la bonne trésorerie de cette fédération. Enquête. 

Le 14 mai dernier, plusieurs membres du bureau exécutif de la fédération équestre algérienne (FEA) se rebellent et crient leur colère. Dans un courrier adressé au Président de la FEA, certains de ses membres demandent une réunion d’urgence pour étudier leur “malaise” et “désarroi”. Ces membres du bureau exécutif dénoncent, comme le démontrent le document en notre possession, “le mode de gestion de la FEA” ainsi que les “dysfonctionnements qui ont abouti à discréditer notre fédération ».

La charge est lourde et ces membres contestataires utilisent un vocabulaire guerrier qui vise à rallier la tutelle dans un engrenage inquiétant, allant jusqu’à parler de “massacre” qu’il faut arrêter en urgence.  Mais que se passe-t-il exactement au sein de la FEA ?

35 milliards de centimes contre 4 milliards de centimes

Contactées pour les besoins de nos investigations, des sources proches du président de la Fédération Équestre Algérienne, l’homme d’affaires M’hamed Zoubir Metidji, expliquent que tout ce tintamarre est lié à une question de “sous”. En effet, nous avons pu confirmer que la FEA a dans son escarcelle en 2018, sans la subvention de l’année en cours, 35 milliards de centimes contre 4 milliards de centimes chapitrés en 2013. Cette petite fédération qui diversifie ses sources de financements s’est imposée aujourd’hui, en terme de trésorerie, comme étant la deuxième fédération, la plus riche après la fédération algérienne de football (FAF). En 5 ans, elle multiplie sa cagnotte par 8. Une évolution que l’on aurait aimé voir dans les autres fédérations sportives.

Une aisance financière qui attise les convoitises

“C’est pour cette raison que la FEA vit depuis quelques temps aux grès des compagnes de désinformation et de déstabilisation visant son président”, déplore une source au sein du bureau exécutif de la FEA.

Selon notre source, cette compagne entamée il y a quelques mois déjà, par une  “coalition” dénigrant la gestion et toutes les décisions  du président de la Fédération Équestre Algérienne, M’hamedZoubir Metidji, s’est amplifiée ces derniers jours. “Jusque-là concentrée à un noyau bien identifié œuvrant à jeter le discrédit sur le président de la FEA, en décriant toutes ses actions, voilà qu’elle prend  d’autres propensions”, accuse toujours notre source.

 

L’argent avant le sport 

 

Comme cela a été rapporté plus haut, cette semaine, une lettre dont nous détenons une copie, de six des treize membres du bureau de la FEA, sollicite une réunion d’urgence avec le président pour, disent-ils, “avoir des éclaircissements sur certaines décisions prises par le président”.

 

Un des membres signataires que nous avons joint et qui requiert l’anonymat, soutient que les intentions de cette démarche ne sont pas celles des dissidents dont les motivations sont à chercher ailleurs que dans l’intérêt du sport équestre, refusant d’être associé à une quelconque « cabale » contre le jeune président de la fédération. Comme il dément l’information selon laquelle les signataires ont été « mandatés » par la tutelle pour déstabiliser de l’intérieur le président de la Fédération. Une autre source au MJS nous apprend que dans un passé récent, il a eu un diffèrend avec le tout nouveau directeur général des sports, qui, pour rappel, avait fait un passage par la FEA, avant de rejoindre la FAF. La tutelle souhaite déstabiliser l’actuelle président de la FEA d’une façon indirecte ? Selon notre source la question reste posée.

 

 

 

“L’intérêt de la fédération et de la discipline passe avant toute autre considération”

 

De son côté, M’hamed Zoubir Metidji,  a affirmé  lors d’une réunion à la Fédération  que “les membres sont en droit de solliciter une réunion et il est de ma responsabilité d’y répondre, l’intérêt de la fédération et de la discipline passe avant toute autre considération”. Il refusera, par ailleurs, de faire un quelconque commentaire sur le rôle que pourrait jouer le nouveau Directeur général des sports dans sa déstabilisation.

Un personnage qui se démarque par sa personnalité 

 

Le monde équestre étant petit, on peut à loisir y récolter toutes sortes d’informations, les unes fustigeant M’hamed Zoubir Metidji, qualifié d’arrogant, les autres vantant sa témérité et sa démarche pour hisser le sport équestre à la place qui doit être la sienne. Ainsi, nous apprenons  que les foudres sont tombés sur le président de la FEA au moment où il a décidé de rationaliser les dépenses pour concrétiser un projet structurant à Alger, englobant, le siège de la FEA et un Centre Technique et de compétition internationale avec une capacité d’accueil 500 chevaux. Un projet estimé selon les études préliminaires à 30 milliards de centimes.

 

Une « cagnotte » qui fait saliver aussi la mafia du sport  

Certains souhaitent utiliser la richesse de la fédération pour des frais de missions injustifiés,  pour des subventions illégitimes liées à  des clubs déficitaires,  pour des déplacements à l’étranger ou encore pour régler des factures de prestations surévaluées, indiquent plusieurs membres de l’entourage de M’hamed Zoubir Metidji.

 

On apprend, par ailleurs, que la bonne santé financière de la FEA est le résultat d’un long parcours administratif et judiciaire pour recouvrer les créances de la fédération auprès de la société algérienne des courses. Parcours entamé dès  l’élection de M’hamed Zoubir Metidji à la tête de la FEA et une poignée d’autres bénévoles amoureux du cheval. Ce Dossier a fait l’objet, a-t-on appris, même d’un Conseil Interministériel.

 

D’aucuns auraient-t-ils choisi l’intérêt personnel, contre l’intérêt général, menaçant au passage la stabilité d’une fédération qui en 2013 comptait une trentaine de clubs, contre une soixantaine aujourd’hui, en majorité privés, dont le dernier a été inauguré le 03 mai courant par le ministre de la jeunesse et des sports ?

 

La question reste posée, quand on sait que le nombre de cavaliers internationaux est passé de 30 à 300, que sur le plan technique la discipline a connu une nette progression passant d’un niveau de sauts de 1m 10 à 1m 45, niveau des Jeux Méditerranéens, alors que le niveau des Jeux Olympiques est de 1m 60.

 

La participation au JM de Tarragone en Espagne, prévus le mois prochain, est un autre point de discorde. La fédération a décidé, sur la base de la ranking-list, d’envoyer les 05 meilleurs cavaliers alors que les « dissidents » bataillaient pour en envoyer 12, pour permettre au fils de l’un d’entre eux, qui n’est pas dans le top cinq d’y participer. Un top 5 qui se décide sur l’aspect de la stratégie sportive mais que d’autres voudraient transformer en un voyage de bien-être au frais de la fédération.

De 0 compétition internationale en Algérie, nous sommes passés à 18 par an.  Autant de données que l’on peut consulter sur le site de la Fédération Équestre internationale FEI et dont le président s’est déplacé à Alger, en juillet 2017 à l’occasion de la finale mondiale du challenge FEI où l’Algérie a remporté la médaille d’argent.

Il est bien dommage que cette fédération ne communique pas davantage sur ses réussites. Cependant, son président est aussi un homme d’affaires connu pour sa discrétion.

Enfin de compte, le malaise qui prévaut en ce moment au sein de la FEI illustre parfaitement cette tendance à vouloir tirer des profits personnels au détriment de la collectivité. Une pratique qu’il ne faut cesser de dénoncer pour préserver l’intérêt général en Algérie.