On massacre les femmes et les enfants de Gaza et on fait sauter au même moment les bouchons de champagne à Jérusalem, à l’ambassade des Etats-Unis, dès la fin du discours officiel du meilleur ami du Prince régnant en Arabie Saoudite.

Les mots ne sont pas assez forts pour dire la honte et le déshonneur. Nous devrions tous, sans exception et sans excuses, nous couvrir la tête de cendre et boire notre honte jusqu’à plus soif ; jusqu’à réveiller nos chouhada pour ne rien leur cacher de nos turpitudes et de notre lâcheté.

 

On abandonne la Palestine, ou ce qu’il en reste, en déshérence, après s’en être servi comme cache-misère et comme conscience à bon marché. Pas nous, pas les Algériens. Pas nous qui avons affronté en 1960 les soldats de la coloniale, la poitrine au vent, les mains nues et du courage à revendre comme le font depuis toujours les Palestiniens.

 

Hier encore, nous avons tous vu en direct la boucherie à ciel ouvert. Un peuple qui ne se laisse pas aller à l’abattoir et qui affronte à mains nues les snippers d’en face sous l’œil baissé, mais pas seulement, de nos dirigeants ventrus, repus et amnésiques à la demande.

 

Les autres, les monarchies, les vendus et les achetés ; s’ils le veulent. Mais pas nous ! Pas les Algériens qui ont connu les affres de l’humiliation, qui ont aidé tant de pays africains à retrouver leurs fiertés et qui savent le prix de la liberté.

Pas nous !

Mais alors où sont passés chez nous ceux qui ont pris le relais de leurs ainés. Que n’ont-ils appelé le peuple à crier son soutien ? Ont-ils peur ? Et de qui ? Et de quoi ?

Et tous ces pays musulmans ou arabes toujours prompts à pleurer Jérusalem les vendredis dans les mosquées et à tout oublier les samedis ?

D’ordinaire dans ces pays, on rompt les relations diplomatiques pour beaucoup moins que ça ; beaucoup moins que ce génocide qui dure depuis 70 ans.

Aujourd’hui, ils soutiennent le bourreau et ne pleurent même plus pour faire semblant. Ils se terrent, se nichent, se cachent, protestent en cachette et regardent par terre.

Et nous ? Connus comme le peuple qui a forcé l’admiration du monde pour n’avoir jamais baissé la tête. Pourquoi nous taisons-nous ?

Que les autres le fassent ; honte à eux.

Mais pas nous.

 

Et un grand merci de reconnaissance à Sara Daniel pour cet acte de justice, dont le courage devrait nous inspirer.

L’Editorial de Sara Daniel publié par Le Nouvel Observateur 

Pendant qu’une petite fille palestinienne mourait d’avoir inhalé des gaz lacrymogènes à Gaza, à Jérusalem, à moins d’une heure et demie de là par la route, on sablait le champagne, lundi, pour fêter le déménagement de l’ambassade américaine.

Malgré les snipers israéliens, les Gazaouis auront donc continué à se presser devant la clôture de séparation de cette prison maudite et à ciel ouvert que représente l’enclave de Gaza, honte d’Israël et de la communauté internationale, pour achever la “Marche du grand retour”, entamée le 30 mars et censée se conclure ce 15 mai. Une marche pour réclamer les terres perdues au moment de la création d’Israël, il y a soixante-dix ans, mais surtout la fin du blocus israélo-égyptien qui étouffe Gaza.

Au cours de ce lundi noir, 59 personnes ont été tuées, et plus de 2.400 ont été blessées par balles.

Une violence inouïe et inutile

Encore une fois le conflit israélo-palestinien a joué la guerre des images, au cours de ce jour si symbolique. Les Israéliens fêtaient les 70 ans de la naissance de leur Etat, le miracle de son existence, l’incroyable longévité de ce confetti minuscule entouré de nations hostiles. Les Palestiniens commémoraient, eux, leur “catastrophe”, leur Nakba, qui les a poussés sur les routes de l’exil, dans l’indifférence d’une communauté internationale lassée par un conflit interminable, happée par d’autres hécatombes plus pressantes.

C’est avec cette Marche que les Gazaouis ont tenté de revenir sur la carte des préoccupations mondiales et de rappeler leur agonie à un monde qui les oublie. Pendant ce temps, Israéliens, Américains, Saoudiens et Egyptiens célèbrent leur alliance sur le dos de ces vaincus de l’histoire, les pressant d’accepter un accord, ce que Donald Trump a appelé le “deal ultime”, dont les contours sont encore flous mais dont on peut être certain qu’il entérinerait leur déroute.

Mais pourquoi les Israéliens ont-ils cédé à cette violence inouïe et inutile alors que, de leur aveu même, le vrai sujet de leurs inquiétudes était le front du Nord avec le Hezbollah et l’Iran ? Est-ce l’hubris des vainqueurs ? En tout cas, Israël n’a pas entendu l’avertissement de Houda Naim, députée du Hamas.

“Nous considérons que ces marches pacifiques sont aujourd’hui le meilleur moyen d’atteindre les points faibles de notre ennemi”, disait-elle au début du mouvement.

Une population excédée, désespérée

Dans le même esprit que les campagnes BDS qui prônent le boycott de produits israéliens, la nouvelle génération de militants a pensé que c’était par cette approche non violente dans la filiation de Gandhi que la cause palestinienne aurait une chance de revenir sur le devant de la scène internationale.

Alors, les manifestants ont-ils été manipulés par leurs organisations politiques ? La question est obscène lorsque que la marche, commencée il y a six semaines, a déjà fait plus de 100 morts. Bien sûr, le Hamas, débordé par cette manifestation civile et pacifique, a rejoint le mouvement. A-t-il encouragé les Gazaouis à provoquer les soldats israéliens, les conduisant à une mort certaine ? Peut-être, et le gouvernement israélien l’affirmera. Mais cela ne suffirait pas à expliquer la détermination d’une population excédée, désespérée par ses conditions d’existence. Ce qui vient de se passer à Gaza est un rappel à l’ordre, tragique, à une communauté internationale qui a abandonné ce peuple palestinien à la brutalité israélienne, à l’incurie de ses dirigeants engagés dans une guerre fratricide, à ses alliés arabes historiquement défaillants, à son sort dont nous portons tous la responsabilité.