Au début du mois de janvier 2018, les services des douanes du Port d’Annaba ont fait une saisie étonnante : pas moins de 11215 téléviseurs LED ont été interceptés alors qu’ils étaient stockés dans 17 containers. 

Cette grosse marchandise appartient à un opérateur privé appelé Universel Light. Cet importateur a été arrêté en flagrant délit de fausse déclaration et de falsification de factures. En effet, dans son dossier présenté aux douanes, cet importateur privé a déclaré qu’il ramenait dans ses containers des panneaux photovoltaïques.

La fraude est gravissime d’autant plus que cet importateur figurait d’ores et déjà sur le fichier national des fraudeurs. La marchandise est saisie et l’importateur véreux est instruit de s’acquitter d’une amande record de 2,5 milliards de Da, soit près de 23 millions de dollars !

Jusque-là, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes .Mais le 5 avril dernier, tout le port d’Annaba fut ébranlé par une brutale et surprenante décision.  Le chef de l’inspection divisionnaire des douanes d’Annaba ainsi qu’un inspecteur de contrôle ont été suspendus de leurs fonctions. A Annaba, les rumeurs les plus folles ont été propagées pour expliquer ces suspensions.

Des médias locaux comme nos confrères du quotidien Le Provincial ont accusé ouvertement l’homme d’affaires Mohamed Djemaï, l’homme qui a occupé la fonction du chef du groupe parlementaire FLN et patron de la marque électroménager Starlight, d’avoir fomenté un complot pour exercer des pressions visant à obtenir les têtes de ces douaniers qui refusent de cautionner ses « importations déguisées » en fabrication qui permettent au bénéficiaire de cette procédure illégale de contourner les restrictions sur l’importation de certains produits, tout en bénéficiant des avantages fiscaux réservés aux industries créatrices de richesses.

« Le directeur des douanes d’Annaba, connu pour son intégrité et sa droiture avait à l’époque de l’affaire refusé de se plier aux innombrables pressions exercés par le richissime député Djemai, propriétaire du groupe Starlight », avait expliqué notre confrère.

A la direction générale des douanes, une source bien placée a balayé d’un revers de main ces accusations jugées infondées. Selon notre source, ces suspensions sont uniquement « provisoires ». Et elles font suite aux conclusions d’une mission d’inspection qui a constaté de nombreuses irrégularités et erreurs administratives. « La sanction est, certes, sévère, mais il fallait donner l’exemple et montrer que l’on ne doit pas jouer avec la réglementation en vigueur. Il y a tout un travail que nous sommes en train de faire pour améliorer les conditions de travail des douaniers afin de lutter efficacement contre la tentation de la corruption », explique notre source.

« C’est très difficile pour une personne payée à 35 mille DA par mois de résister à la tentation des pots-de-vin lorsqu’elle assiste chaque jour dans son bureau au défilé de dossiers contenant plusieurs milliards de Da », conclut enfin notre source pour nous convaincre qu’une nouvelle dynamique est insufflée en ce moment au sein des corps des douanes pour réduire au maximum le fléau de la corruption et les pratiques de la fraude.