La gestion opaque de l’argent qui rentre et sort des caisses des banques algériennes aggrave les fléaux de la corruption et le détournements des fonds en Algérie. C’est en tout cas ce que démontre cette nouvelle affaire sur laquelle a enquêté Algérie Part. Nous avons obtenu des documents exclusifs qui épinglent trois importantes banques très connues en Algérie.

Il s’agit de deux influentes banques étrangères établies dans notre pays : la BNP Paribas et l’AGB. Et une grosse banque étatique : la Banque de l’Agriculture et du Développement Rural (BADR). Le président du tribunal de Chéraga a adressé depuis février 2018 des correspondances à ces trois banques pour les instruire de dévoiler toutes les opérations bancaires qui ont été accomplies dans trois de leurs agences locales avec une société mixte algéro-chinoise spécialisée dans les travaux publics et le bâtiment.

Cette société mixte s’appelle la SARL Wenzheng Construction. Le partenaire chinois minoritaire de 49 %, madame GAO Ling, fait l’objet en ce moment d’une plainte déposée auprès du tribunal de Chéraga par son associé algérien Zitouni Messai pour détournements et pratiques illicites de fonds, falsifications de documents telles que des pièces comptables mettant en place ainsi un vaste système de détournements et vols d’argent causant un lourd préjudice financier à la SARL Wenzheng Construction.

Pour les besoins de l’enquête judiciaire déclenchée par le procureur de la République près le tribunal de Chéraga, la justice a instruit l’agence BNP Paribas d’Ain-Benian de lui communiquer tous les virements, encaissements ou versements effectués à partir du compte numéro 00052 001 45 ouvert par GAO Ling au profit de la société Wenzheng Construction.

La même requête judiciaire a été adressée à l’agence Ain Benian de l’AGB. Le président du tribunal de Chéraga a demandé aux administrateurs de cette agence bancaire de mettre à la disposition de la justice et du nouveau gérant de Wenzheng Constructon tous les relevés bancaires et les chèques émis ou encaissés afin de repérer les traces de tous les flux financiers suspects de cette société mixte algéro-chinoise.

L’agence de Chéraga de la BADR a été destinataire également de cette correspondance du tribunal de Chéraga. La justice a cruellement besoin de tous les relevés bancaires pour étudier soigneusement la situation budgétaire par laquelle est passée l’entreprise Wenzheng Construction qui a fait l’objet d’un énorme scandale de corruption en raison de son implication dans le projet controversé d’une promotion immobilière lancée sur les hauteurs d’Alger, plus exactement à Bouzaréah. 

Il faut savoir que les trois banques avec lesquelles a travaillé cette société algéro-chinoise sont tenues d’enregistrer toutes les opérations effectuées sur ses divers comptes bancaires.

La BNP Paribas, l’AGB et la BADR inscrivent au « crédit » du compte de cette entreprise, toutes les sommes qu’elle remet (dépôt d’espèces, remises de chèques, etc.) ou qui lui sont remises par d’autres personnes (virements de salaires, pensions, prestations sociales…).

Les trois agences bancaires ont enregistré également les sommes qui sont retirées du compte soit du fait de retraits d’espèces au guichet ou à un distributeur, soit conformément à leur utilisation via d’autres moyens de paiement (chèques émis, prélèvements automatiques, virements, factures cartes bancaires…). Le relevé de compte retrace toutes ces opérations. Il indique la nature, le montant et les dates d’opération et de valeur pour chacune des opérations effectuées par les gérants de cette entreprise sur leur compte.

Toutes ces données précieuses pour la justice, l’AGB, la BADR et la BNP Paribas ont refusé de les communiquer au tribunal de Chéraga. Jusqu’à aujourd’hui encore, ces trois banques ont refusé de collaborer avec la justice algérienne pour comprendre les tenants et aboutissants de la gestion financière troublante de Wenzheng Construction. Aucune de ces banques n’a pris en considération l’instruction et correspondance du président du tribunal de Chéraga.

La justice ne fait donc pas peur à ces banques puissantes qui pèsent énormément sur l’échiquier des finances en Algérie. Et pourtant, de nombreuses pratiques occultes ont été accomplis au niveau de leurs trois agences à Ain Benian et Chéraga. Selon nos investigations, au moins 15,5 milliards de centimes ont été retirés en espèces entre 2009 et 2017 par les responsables chinois de Wenzheng Construction. La destination de ces espèces demeure encore méconnue et aucune justification fiable n’a été fourni aux agences de ces trois banques pour autoriser ces retraits d’espèces. Les dépôts d’espèces sur les comptes bancaires de cette entreprise algéro-chinoise ont dépassé, durant la même période, les 48 milliards de centimes. Et ces mouvements d’espèces sur les comptes de cette société privée ciblée par une enquête judiciaires attisent de nombreux soupçons car très peu de justificatifs ont été présentés pour expliquer les origines de ces fonds.

6,9 milliards de centimes ont été déposés le 28/07/2016 au niveau de l’agence 6034 BADR de Chéraga par des administrateurs chinois de la Wenzheng Construction. Le lendemain, les mêmes interlocuteurs ont retiré cette même somme avec une facilité déconcertante. Et jusqu’à aujourd’hui, la BADR refuse de fourni les justificatifs qui lui ont été remis pour permettre une telle opération extravagante.

Cette opacité a permis de nourrir tout un circuit de corruption qui intrigue toujours les enquêteurs de la gendarmerie nationale. Quant au partenaire algérien de la Wenzheng Construction, Zitouni Messai, toutes ces oppositions sur les comptes bancaires de sa société se sont avérées vaines. Les banques refusent de collaborer. Elles ne craignent ni la justice ni les services de sécurité. Comment peut-on lutter réellement dans ces conditions contre le blanchiment d’argent et la corruption en Algérie ?