Youcef Baadja. Ce nom ne vous dit peut-être rien, mais dans les milieux des affaires et les salons controversés fréquentés par les businessmans les plus influents en Algérie, cet homme d’affaires suscite une énorme controverse.  Le 19 mars 2018, Algérie Part avait publié un article intitulé : « Youcef Baadja, l’histoire d’un millionnaire algérien pas comme les autres ». Algérie Part a poursuivi ses investigations pour obtenir des documents exclusifs retraçant le parcours de cet homme qui se retrouve au coeur d’un énorme scandale depuis 2013. Accusé d’escroquerie, vilipendé par les uns, diabolisé par les autres, Youcef Baadja rompt le silence et se confie exclusivement à Algérie Part à propos de toutes ses affaires qui défraient la chronique. Enquête. 

« Je ne suis pas un escroc ! Je suis juste un homme d’affaires qui dérange des intérêts occultes. Un entrepreneur qu’une véritable mafia veut détruire parce qu’il ne veut pas donner de la tchipa ». C’est avec ces mots sincères, francs et directs que Youcef Baadja se confie tout de go à Algérie Part lorsqu’il est interrogé à propos de son passé mystérieux et de son empire composé de plusieurs entreprises. Pour éviter toute ironie déplacée, notre interlocuteur prend un air sérieux afin de nous parler de son passé qui suscite tant de spéculations.

« J’ai quitté mon pays natal l’Algérie à l’âge de 10 ans. Je me suis exilé à cet âge-là en Allemagne où j’ai été recueilli par une famille d’accueil. J’ai étudié en Allemagne où j’ai remporté le baccalauréat. J’ai intégré ensuite  une grande école à Frankfurt pour suivre des études supérieures en commerce. Après trois ans de cycle intensif, j’ai obtenu ma licence en droit de commerce international. Je détiens également un master en finance (Master Financial and Money focussed publications) et une maîtrise en administration des affaires (MBA in Supply Chain Management) », s’enorgueillit l’homme d’affaires, né à Oran en 1975, selon lequel son parcours a suscité des jalousies et des envies dés qu’il décide de revenir en Algérie à partir de 2011.

« J’ai commencé ma carrière professionnelle à la Deutsche Bank en tant que superviseur à la bourse. J’ai rejoint, ensuite, la bourse de Londres pour occuper le poste de surveillant et trader pendant deux ans et demi. Quelque temps après, j’ai acheté des actions afin d’intégrer Al Wasseet Group dans lequel j’étais membre du conseil administratif et conseiller pour une durée de trois ans. Juste après j’ai été nommé P-dg du groupe Al Wasseet à Dubaï durant la période allant de 2006 à 2009 », confie encore Youcef Baadja qui  ne manque pas de crier haut et fort : « Pendant 25 ans, je n’ai jamais entendu parler de l’Algérie. J’ai travaillé durement pour réussir à l’étranger et créer des entreprises cotées en bourse. En 2005-2006, j’ai été classé par Tageszietung et la Tribune de Genève parmi les Tops Manager et les jeunes arabes multi-millionnaires les plus influents en Suisse ».

Youcef Baadja pèse, effectivement, plusieurs dizaines, voire des centaines, de millions de dollars. Il possède officiellement la Baadja Consulting Group, une entreprise basée à Genève. En 2007, il créé Nobel Group, une entreprise de négoce spécialisée dans le commerce des matières premières à travers le monde. « Nous sommes présents dans 26 pays à travers le monde et nous employons pas moins de 1300 employés. Nous sommes cotés en bourse à hauteur de 350 millions de dollars », indique ce businessman algérien qui a vécu longtemps en Suisse pour fructifier ses affaires. En plus des 18 diverses entreprises appartenant à son holding, le Nobel Group, Youcef Baadja lance Vision Trading à Zurich, une entreprise spécialisée dans le rachat et la restauration des biens immobiliers.

« En 2011, je décide de revenir investir dans mon pays. Après 25 ans de vie à l’étranger, j’ai ressenti le besoin de renter dans mon pays pour investir. Mais je me suis engagé à dire non à toutes les pratiques immorales et illégales comme la corruption », assure Youcef Baadja qui se fait rapidement remarquer lors de sa participation à un appel d’offres pour l’importation de pas moins d’un million de tonnes.

En dépit de quelques blocages et de certaines tentatives d’intimidation qu’il affirme avoir subi de la part de plusieurs cercles liés au lobby des importateurs, Youcef Baadja réussit à débarquer plusieurs navires de ciment dans les ports de Béjaïa, Djen Djen (Jijel) et Skikda. Il avait acheté du ciment à bon prix chez Heidelberg Cement, Lafarge, Cemex, Italcementi et d’autres groupes internationaux. « J’avais plusieurs années d’expérience dans le négoce et la gestion de la logistique des navires, je maîtrisais très bien ce créneau », rassure Youcef Baadja qui jure ne pas avoir bénéficié du moindre coup de pouce pour importer son ciment et le distribuer en Algérie à partir de 2011 au moment où le pays traversait une véritable crise de pénurie de cette matière première essentielle aux chantiers du BTP.

Mais la success story va vite s’arrêter pour cet homme d’affaires qui va terriblement déchanter à partir d’octobre 2013. A cette époque, ces deux entreprises déployées en Algérie, Cimento et Nobel Trade Finances Import/Export brassent plusieurs millions d’euros. La première réalisait un chiffre d’affaires de 3,5 millions d’euros par mois et la deuxième, ses revenus flirtaient avec les 4 millions d’euros. Youcef Baadja avait lancé une troisième entreprise en Algérie. Il s’agit de la G.C.C qu commercialisait les matériaux de construction à travers une flotte de 35 camions dont 10 cocottes à ciment.

Cet élan fut brutalement stoppé lorsque les services des douanes algériennes bloquent aux ports de Béjaïa, Mostaganem et Jijel 3 navires commandés par les entreprises de Youcef Baadja. Les navires transportant du ciment et du fer à béton sont immobilisés pendant 3 mois. Youcef Baadja doit payer 1,5 million de dollars de surestaries pour chaque navire. « Chaque jour, je perdais 7800 dollars à cause de cet incroyable blocage ». Les douanes algériennes accusent l’homme d’affaires algérien établi en Suisse depuis de longues années de fausses déclarations de valeurs en douane, d’utilisation de fausses factures et d’infraction de change avec des transferts de fonds vers des fournisseurs fictifs. La charge est lourde et le businessman risque plusieurs années d’emprisonnement comme le montrent ces documents exclusifs en notre possession :

Les enquêteurs des services des douanes vont fouiner dans toutes les opérations d’importation menées entre 2011 et octobre 2013 par les entreprises appartenant à Youcef Baadja. Leur constat est sans appel : ils détectent des fausses déclarations et des transferts illicites de devises à travers des factures gonflées dans 120 opérations d’importation.

Mais l’homme d’affaires crie au scandale et à l’injustice. Il met en exergue son innocence et l’affaire est transférée à la justice. En attendant, il aura fallu une intervention de l’ancien Premier-ministre, Abdelmalek Sellal, pour libérer les navires bloqués dans les trois ports algériens. « J’ai perdu 50 % de la marchandise et cet épisode m’a coûté un préjudice financier évalué à près de 5 millions de dollars », s’indigne Youcef Baadja qui va se retrouver devant les tribunaux de Jijel, Tlemcen et Chlef pour défendre son innocence face aux douanes algériennes et à la Banque d’Algérie dans 120 affaires qui concernent 120 navires affrétés r pour commercialiser du ciment et du rond à béton.

Les procès commencent à partir de 2014 et vont durer jusqu’à 2016 et 2017. A la surprise générale, les services des douanes algériennes sont déboutés et leurs accusations sont jugées infondées par les juges. Youcef Baadja obtient à la suite d’une rude bataille judiciaire pas moins de 120  jugements qui lui sont favorables comme le démontrent ces documents obtenus au cours de nos investigations. La justice algérienne va innocenter quasiment dans toutes ces affaires les sociétés SARL Cimento et Nobel Trade Finances Import/Export.

La défaite est cuisante pour les douanes algériennes qui ont été ridiculisées lorsqu’elles ont essayé de saisir les douanes suisses et l’office antifraude douanière de la fédération helvétique pour prouver leurs accusations de fausses déclarations et d’utilisation de sociétés fictives par Youcef Baadja. Les organismes suisses vont rejeter les demandes algériennes en raison de l’absence d’une convention d’assistance mutuelle entre la Suisse et l’Algérie.  En plus, Youcef Baadja n’a rien exporté depuis la Suisse car les marchandises embarquées dans les navires affrétés par les entreprises de l’homme d’affaires algérien ont été acheminées depuis les ports de Pozzallo en Italie et d’Antalya en Turquie. Les douanes algériennes ne pourront donc récupérer aucun élément concret pour étayer leurs accusations. Et la justice algérienne tranchera en faveur de Youcef Baadja.

Cependant, jusqu’à aujourd’hui encore, le combat n’est pas encore terminé pour ce milliardaire qui dénonce encore et toujours des injustices. « J’attends que le ministère du Commerce me délivre la mainlevée pour introduire une nouvelle plainte contre les douanes algériennes au niveau de la justice. Je vais réclamer 800 milliards de centimes d’indemnités pour compenser tout le préjudice financier que j’ai subi durant toutes ces années où j’étais accusé à tort et bloqué dans mon travail », assure enfin Youcef Baadja sur un ton acharné. Déterminé et convaincu par son innocence, l’homme d’affaires pointe du doigt plusieurs ennemis qu’il accuse d’avoir comploté à son encontre pour l' »abattre » et « l’éliminer » du très juteux marché algérien.

« Je ne suis pas comme eux ! Je ne donne pas de la tchipa, je mélange pas la politique aux affaires. Je ne mange pas de ce pain. C’est pour cette raison qu’ils ont voulu me détruire », s’écrie en dernier lieu ce businessman qui ne s’avoue pas vaincu. Aujourd’hui, il continue toujours ses affaires en Algérie. A Khenchela, à l’extrême est du pays, il a aménagé à lui-seul une zone industrielle dotée d’une superficie de 15 hectares où il domicilié plusieurs projets  dans la fabrication de panneaux solaire et voltaïques, dans le recyclage de plastique, dans le ciment et le métal industriel et enfin dans la transformation de fruits. L’hôtellerie, l’agriculture et l’immobilier l’intéresse activement. Mais à 42 ans, Youcef Baadja est encore cité dans plusieurs autres affaires qui sont toujours en cours de traitement par la justice algérienne. Algérie Part reviendra prochainement sur ces nouveaux dossiers dans ses prochaines investigations.