C’est incontestablement l’une des plus faibles bourses du monde entier.  Créée en 1997 et lancée officiellement en 1999, la Bourse d’Alger ne compte dans son portefeuille que 5 titres.  Sa capitalisation des valeurs après 20 ans d’existence reste inférieure à 40 milliards de dinars, soit même pas 400 millions de dollars, un encours des obligations du Trésor autour de 400 mds de dinars et quelques 13.000 investisseurs. 

Ces chiffres sont ridicules si on les compare avec les autres bourses des pays africains ou arabes.  En 2014, en Egypte, on compte pas moins de 550 à 600 sociétés cotées à la Bourse du Caire), au Maroc 80 entreprises sont cotées à la Bourse de Casablanca et dans la petite Tunisie, il y a au moins 60 à 65 entreprises cotées à la Bourse de Tunis.

Et pourtant, le potentiel est énorme en Algérie. Notre pays peut devenir une place boursière importante dans la toute région. Preuve en est, les résultats d’une étude réalisée en 2011 par la Bourse d’Alger et le Pnud (Programme des Nations unies pour le développement), ont démontré que l’Algérie dispose des atouts nécessaires pour atteindre une capitalisation boursière de 40 milliards (mds) de dollars, avec 150 sociétés cotées en Bourse et un taux de rotation annuel de 10%, soit 4 mds de dollars.

Tout cet argent aurait pu permettre à l’Algérie de solutionner de nombreux problèmes de financements provoqués par l’actuelle crise financière qui paralyse le pays depuis 2015/2016.

Malheureusement, ces problèmes structurels sont aggravés par les dysfonctionnements internes de la Bourse d’Alger. Des dysfonctionnements qui ont donné naissance à des pratiques très opaques. Algérie Part a obtenu au cours de ses investigations des documents exclusifs qui relatent une mauvaise gestion criante de cet établissement financier stratégique pour l’avenir de l’Algérie. Favoritisme, détournements de fonds, promotions fictives au profit des copains et copines des cadres dirigeants, la Bourse d’Alger patauge dans un scandale étouffé depuis 2014/2015.

Des hauts responsables dénoncés à la DGSN 

Le 27 janvier 2015, le chef de sûreté de la wilaya d’Alger de la DGSN reçoit tout un rapport détaillé sur les pratiques sombres et illicites qui causent un énorme préjudice à  la Commission d’organisation et de surveillance des opérations en Bourse (COSOB). Il s’agit de l’autorité de régulation indépendante qui a pour mission de gérer globalement le marché boursier en Algérie.

Dans ce document, des employés de la COSOB ont fait part de toute leur inquiétude et indignation à cause des pratiques immorales constatées au quotidien dans la gestion de la COSOB par son premier responsable : Abdelhakim BERRAH. Celui-ci est accusé depuis 2015 de mettre en péril le fonctionnement de la COSOB à cause de ses pratiques de favoritisme. Abdelhakim Berrah a été dénoncé au service de sécurité par ses propres employés pour avoir recruté un ancien gardien de parking à Said Hamdine, et ex-éboueur, pour lui confier le poste de responsable de la logistique et chargé du “protocole” du Président de la COSOB !

En plus de certaines pratiques immorales dénoncées vivement aux services de sécurité, les employés de la COSOB relèvent dans ce document des pratiques de détournements des deniers publics à l’image de cette affaire des véhicules de l’institution qui ont été vendus aux enchères. En réalité, ce sont des proches collaborateurs du président de la COSOB qui ont bénéficié de certaines de ces voitures comme un certain Farouk Hacène qui s’est approprié une Laguna de l’entreprise laquelle valait à l’époque des faits pas moins de 220 000 DA.

Certains marchés attribués par la COSOB ont soulevé de nombreux soupçons de malversation comme le changement du site internet de cette institution étatique. Le marché a été attribué à l’épouse du chef de protocole de la COSOB. Un conflit d’intérêt flagrant. Le marché a été signé le 26 janvier 2015. Pour vérifier la fiabilité de ces informations, Algérie Part a obtenu également le rapport intérimaire de commissariat aux comptes pour l’exercice de 2014.

Ce rapport confirme l’existence de plusieurs pratiques illicites. A titre d’exemple, lors de la cession des trois véhicules de services de la COSOB au profit de certains de ses employés, tous des collaborateurs proches du premier responsable de cette institution, il a été relevé par le commissaire aux comptes qu’un des hauts responsables de la COSOB a payé l’acquisition d’un véhicule de service, une Laguna Renault, avec un chèque sans provision.  Un paiement en espèce a été, néanmoins, effectué le 02 octobre 2014.

Plusieurs autres anomalies ont été relevées par le commissaire aux comptes. La gestion des lignes téléphoniques de la COSOB a suscité des interrogations et le taux d’amortissement de certains téléphones portables a été jugé “excessif”. Par ailleurs, plusieurs créances sur clients n’ont pas fait l’objet de recouvrement jusqu’au 30/09/2014. Ce qui a suscité l’étonnement du commissaire aux comptes. Seule une seule créance détenue sur la banque ABC a été provisionnée à 100 % comme le démontre notre document.

Plusieurs prêts ont été accordés aussi aux cadres dirigeants de la COSOB. Or, la gestion des remboursements de ces prêts demeure particulièrement opaque. Les retenues sur salaire ne s’effectuent pas systématiquement au sein de la COSOB, une pratique de favoritisme dont jouissent certains dirigeants de la COSOB et qui cause préjudice financier à leur entreprise.

Certains agents de la COSOB ont même été poursuivis devant le tribunal d’Hussein Dey pour obtenir le remboursement de l’argent prêté comme le montre ce document en notre possession :

Une intrigante mauvaise gestion 

La mauvaise gestion qui mine l’institution dirigeant la Bourse d’Alger ne s’arrête pas-là. Des contrôles opérés concernant plusieurs chèques délivrés par la COSOB ont dévoilé de nombreuses opérations irrégulières et douteuses. Des chèques barrés ont été payés au guichet, des importations de services comptabilisées de manière étrangement maladroite, des paiements non-justifiés de plusieurs prestations comme ces repas consommés pour près de 30 millions de centimes au niveau du très chic restaurant l’Auberge du Moulin. Ce document en notre possession relate très précisément tous ces détails :

Ces pratiques très douteuses ont incité les services de sécurité à convoquer les cadres dirigeants de la COSOB. Algérie Part a obtenu également les P.V d’audition dressés en mai 2015 par la brigade économique et financière de la police judiciaire de la sûreté de la wilaya d’Alger. Des correspondances ont été également adressées par les enquêteurs des services de sécurité au procureur de la République près le Tribunal de Bir-Mourad-Raïs en juin 2015.  Tout un rapport résumant les dépassants constatés au sein de la COSOB ont été remis à ce juge comme le démontre ce document en notre possession :

Nous avons découvert enfin plusieurs autres irrégularités qui font beaucoup de tort à la Bourse d’Alger. Par exemple, la modernisation lancé en 2008 en collaboration avec le PNUD qui a coûté à l’Etat en 2011 pas moins de 100 millions de DA n’a pas été mise en oeuvre et ses recommandations n’ont pas été suivies. D’autre part, toutes les opérations d’assistance technique dont avait joui depuis des années la COSOB auprès de plusieurs organismes internationaux n’ont obtenu aucun impact positif sur le marché financier algérien.

Des délits d’initiés ont été constatés également lors de la gestion de plusieurs marchés financiers. Une société appelée SOFIRES  a situé son offre financière en dessous d’une offre concurrente. La manager générale de cette société n’est autre que le conjoint d’un membre influent du personnel de la COSOB ! Le plus étrange demeure en dernier lieu les missions à l’étranger du Président de la COSOB, Abdelhakim BERRAH dont la famille réside à Paris. Ce dernier effectue presque chaque week-end des séjours dans la capitale parisienne alors que son institution, la Bourse d’Alger, traîne encore dans les retards de développement. Un flou total entoure aussi les frais de missions accordés aux responsables de la COSOB pour des séjours à l’étranger dont les justifications professionnelles ne sont guère convaincantes.

Algérie Part reviendra encore sur ce dossier complexe avec de nouvelles révélations dans les jours à venir. Affaire à suivre…