Pour les sociétés chinoises de BTP, l’Algérie est un véritable paradis. Et pour cause, très peu d’Algériens le savent, mais dans leur pays, les sociétés chinoises qui réalisent presque tous les logements financés par l’Etat en Algérie jouissent de plusieurs cadeaux financiers. Des privilèges qui soulèvent des interrogations et permettent, selon de nombreuses sources très bien renseignées, de mettre en place un mécanisme de redistribution des rétrocommissions. 

Les logements ADDL, LPP ou les logements sociaux financés par les deniers publics sont construits majoritairement en Algérie par les grands groupes chinois comme la China State Construction & Engineering Corporation (CSCEC), ZCIGC, China State et BTP, ainsi que d’autres compagnies internationales chinoises. Selon les plus récentes données du Centre national du registre du commerce (CNRC), il y a au moins 879 entreprises chinoises installées en Algérie. La majorité de ces sociétés activent bien entendu dans le secteur du BTP et de la construction des logements.

Mais pourquoi une telle affluence des sociétés chinoises vers le marché algérien ? Il est vrai que l’Etat algérien consacre des budgets colossaux pour construire divers logements sociaux. Cette manne financière attise la convoitise des sociétés chinoises. A titre d’exemple, le projet portant sur le budget de l’Etat pour l’année 2018 révèle que le coût  de réévaluation des projets, en particulier ceux concernant le logement, atteindra 144 milliards de dinars, soit l’équivalent de 1,2 milliard de Dollars.

L’Algérie a prévu également de construire 1,6 million de logements, dont la moitié en logement public locatif, entre 2015 et 2019. L’Algérie a dépensé depuis 2012 pas moins de 404.98 milliards de dinars, à savoir plus de 4 milliards de dollars, soit 14.21% du budget de l’équipement total, pour financier les programmes de logements promotionnels aidés comme l’AADL, LSP et les autres programmes.

Les sociétés chinoises sont les premières bénéficiaires de cet argent puisque les sociétés nationales ont réalisé un nombre dérisoire de logements publics. Il faut savoir que pour chaque projet confié à une entreprise de BTP chinoise, celle-ci réalise une marge bénéficiaire de 25 % du montant du marché qui lui a été accordé.

Un bénéfice que la société chinoise touche pratiquement avant-même de commencer les travaux de son chantier grâce à un étrange mécanisme qui s’appelle « la part transférable » en devise. Pour bien comprendre les tenants et aboutissants de ce mécanisme, Algeriepart s’est procuré la copie exclusive d’un marché conclu le 9 juillet 2017 entre le géant chinois CSCEC et l’Entreprise Nationale de Promotion Immobilière (ENPI) pour la réalisation de 1200 logements LPP à Rahmania-Sidi Abdellah.

Comme le démontre ce  document exclusif en notre possession, la société chinoise  a bénéficié dés le départ d’une part transférable calculée en devise sur la base d’un taux de 12,5 % du montant en hors-taxe de la partie réalisation du marché.

Le montant total de ce marché de 1200 logements est de 929 milliards de centimes.  La partie réalisation de ce marché dépasse les 833 milliards de centimes alors que la partie études a été évaluée à près de 14 milliards de centimes. 22 milliards de centimes ont été consacrés à la réalisation des locaux commerciaux de cette future cité de 1200 logements.

Ainsi, bien avant d’entamer la pose de la première pierre de ce chantier, les chinois vont toucher 12,5 % des 833 milliards de centimes du marché. La société chinoise sélectionnée pour le marché des logements de Rahmania-Sidi Abdellah va donc bénéficier du transfert de l’équivalent en dollars de pas moins de 104 milliards de centimes. Pourquoi accorder tout cet argent alors qu’aucune pierre n’a été encore posée dans le chantier de ces futurs logements ?

Aucune source officielle ou officieuse n’a su nous expliquer le bien-fondé de cet impressionnant avantage financier. Rare sont les pays à travers le monde où une société étrangère touche de l’argent pour un montant qui peut correspondre à 50 % de son bénéfice avant même de commencer à travailler.

Mais les avantages et cadeaux financiers ne s’arrêtent pas-là puisque la société chinoise profite encore de plusieurs autres versements prévus par d’autres mécanismes. Il s’agit des avances forfaitaires. En France par exemple, l’avance forfaitaire est un versement effectué aux titulaires avant le début d’exécution des marchés. Elle constitue une dérogation au principe du service fait. C’est une disposition destinée à faciliter l’exécution des marchés et assurer l’égalité d’accès aux marchés entre les entreprises disposant d’une trésorerie suffisante pour démarrer l’exécution des prestations et celles qui n’en disposent pas.

Tel est le cas notamment des petites et moyennes entreprises et de la majorité des associations qui œuvrent dans des secteurs économiques susceptibles de se voir appliquer les règles du code des marchés publics. En Algérie, ce sont surtout les grosses entreprises étrangères notamment chinoises qui profitent de ces avances forfaitaires alors que leur situation financière n’est pas forcément difficile pour nécessiter un tel coup de pouce. L’avance forfaitaire est calculée à hauteur de 15 % du montant du marché.

Dans le cas du marché des 1200 logements de Rahmania-Sidi Abdellah, c’est 15 % des 833 milliards de centimes évoqués ci-haut. La société chinoise est autorisée à demander cette avance forfaitaire qui peut lui parvenir dans un délai de dix jours.

Et ce n’est pas encore fini ! Le règlement de l’Habitat dans notre pays prévoit un autre « cadeau ». C’est un autre mécanisme qui s’appelle « Avance sur Approvisionnement ». Il s’agit, en fait, d’un autre chèque qui sera remis à la société chinoise pour lui permettre d’acheter les matériaux de construction dont elle a besoin pour construire les futurs logements. Et ce chèque représente jusqu’à 35 % du montant total du marché, à savoir 35 % des 833 milliards de centimes du marché des logements de Rahmania-Sidi Abdellah.

Ainsi, avant même de commencer les travaux de ce chantier, la société chinoise CSCEC a touché jusqu’à 62,5 % du montant total du marché ! Les chinois ont été donc payés avant même de commencer à travailler. Une situation inédite qui épuise les réserves du Trésor Public et enrichit les sociétés chinoises qui disposent ainsi de sommes colossales entre leurs mains. Pourquoi un tel dispositif ? Y-a-t-il une logique rationnelle derrière toutes ces facilités ? A quoi bon confier des projets de logements à des sociétés étrangères puissantes s’il faut leur payer au préalable 62,5 % du montant global du marché ?

Selon plusieurs sources bien introduites dans le secteur de l’habitant et du BTP, ce mécanisme permet en réalité de dégager des fonds conséquents pour « arroser » avec des enveloppes ensuite tous les intermédiaires qui militent pour la cause de ces sociétés chinoises dans notre pays. Une sorte de corruption généralisée avalisée et validée par un règlement instauré par l’Etat algérien. Du jamais vu ailleurs dans le monde..